24 août 2009

Un prophète / Jacques Audiard

62ème Festival de Cannes-Compétition officielle

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena, ne sait ni lire, ni écrire. À son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des " missions ", il s'endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...

Après sa consécration il y a 4 ans aux Césars grâce à De battre mon cœur s’est arrêté, le nouveau Jacques Audiard débarquait sur la Croisette avec des échos flatteurs.

Un prophète a été pour beaucoup de festivaliers le coup de coeur de ce 62ème festival de Cannes qui méritait la Palme d'or et a obtenu un Grand Prix. Un film de genre dense, protéiforme, à la fois film carcéral, film de gangster, récit d’apprentissage, qui asseoit définitivement Audiard comme un des grands auteurs français.

Audiard qui s’amusait à triturer les codes du film noir dans ses précédents films réussit ici un film de genre éblouissant, le meilleur film de prison français, qui n’a rien envier visuellement et dramatiquement au cinéma ou à la série TV américain qui de L’évadé d’Alcatraz à la série Oz a fourni de solide fiction en milieu carcéral.

Audiard impressionne par la maîtrise de son récit qui maintient une tension constante, anxiogène dans cet univers clos, dur où un petit délinquant analphabète va apprendre les ficelles du métier de bandit. Sans concessions la violence consusbstancielle au décor (Audiard a reconstitué la prison de la Centrale en plateau) est filmée de manière brutale et froide.

Audiard oppose le milieu vieillissant de la mafia corse représentée par l’impeccable Niels Arestup à une nouvelle génération de prisonniers musulmans dont Malik fait partie mais n’est pas le représentant, lui qui ne travaille que pour sa pomme.

A travers cette ascension faite dans la douleur intra muros apparaît un sombre tableau de l’institution pénitentiaire qui produit encore plus de la violence au lieu de la contenir, des criminels en puissance aidée par la corruption des matons où les trafics en tous genres sont légions, la prison métaphore de la société où la violence est quotidienne selon Audiard.

Pour contrebalancer cette noirceur Audiard sème des échappées oniriques fortes (apparition fréquente d’un mort pour traduire le taraudement de la conscience), prophétiques (l’intervention miraculeuse des cerfs), des moments de tendresse (avec la famille de son meilleur ami) pour ajouter de l’humanité dans cet espace aliénant où les permissions sont vécue comme des échappatoires, bouffées d’oxygène salvatrices, comme des moyens d’étendre son business et se faire une place au soleil.

Dans le rôle de Malik, Tahar Rahim, aperçu dans la série La commune impressionne dans le rôle principal face au mentor\père joué par Niels Arestup dont les scènes communes sont très fortes, intenses.


Mise en scène inspirée, précise, Un prophète est un film tranchant comme la lame d’un rasoir, percutant, un très grand film criminel comme en produit trop peu notre cinéma donc à voir absolument.


(sortie le 26 août)

1 commentaire:

audrey a dit…

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