9 nov. 2009

A l'origine / Xavier Giannoli

Philippe Miller est un escroc solitaire qui vit sur les routes.
Un jour, il découvre par hasard un chantier d'autoroute abandonné, arrêté depuis des années par des écologistes qui voulaient sauver une colonie de scarabées.
L'arrêt des travaux avait été une catastrophe économique pour les habitants de cette région.
Philippe y voit la chance de réaliser sa plus belle escroquerie. Mais son mensonge va lui échapper.

31ème CINEMED-Avant-première

Ce nouveau film de Xavier Giannoli est présenté en avant-première dans une version raccourcie d'une vingtaine de minutes du montage cannois.

A l’origine du projet se trouve cette histoire incroyable d'un escroc qui s'est fait passer pour un chef de chantier et a construit une autoroute au milieu d'un champ en embarquant toute une région dans son aventure.

Pour ce projet qu’il porte depuis 13 ans Giannoli devait tourner sur un vrai chantier. Mais le groupe de BTP s’est désengagé du projet. Alors que la production allait s’arrêter pour des raisons budgétaires, Giannoli rencontra un ancien paysan devenu loueur indépendant de machines de chantier qui accepta de lui prêter ses engins pour construire un tronçon d'autoroute. Ainsi Giannoli se lança dans un tournage difficile où son équipe dût affronter sensiblement les mêmes contraintes climatiques, financières, techniques que le héros du film dont il a partagé le fol enthousiasme et l’énergie viscérale pour mener à terme ce chantier.

Le tournage se déroula dans le Pas de Calais à Cambrai pendant 3 mois et demi alors que l’intrigue se déroule dans la région du Mans. Giannoli explique avoir voulu « mettre à distance la réalité » pour s’emparer de cette histoire. Porté par « un désir de romanesque » le réalisateur de Quand j’étais chanteur voulait avant tout raconter « l'histoire d'un escroc, donc d'un insoumis, d'un rebelle ».


Mon avis sur le film

Si l’intrigue s’inscrit dans une localité durement touchée par le chômage et présente bon nombre de personnages en détresse sociale, A l’origine n’est pas un drame social mais un drame personnel, celui d’un homme qui voit dans le mensonge un moyen d’exister quel qu’en soient les conséquences.

Ce personnage va être pris dans la spirale de son mensonge : alors qu’il tente de fuir sa nouvelle vie inventée, lesté d’une jolie somme d’argent prise aux entrepreneurs du coin ,son destin va le placer sur la même route que celle d'un jeune du chantier en panne automobile. Et donc retour à la case départ.

Ce projet bâti uniquement sur des motivations pécunières va devenir une obsession personnelle comme un geste altruiste (donner de l’espoir aux gens du coin en leur donnant du travail) qui conduit à une libération, si on peut dire avec ironie. Ironie que le film manie à merveille : un arnaqueur devient source d’espoir, les policiers venus l’arrêter emprunte le morceau d’autoroute qu’il a construit illégalement…

A l’origine est donc un grand film sur le mensonge élevé au rang d’art pour exister, le récit captivant d’une arnaque sur le papier à priori peu romanesque que la mise en scène nerveuse de Giannoli transcende en thriller intimiste.

En effet on retrouve pas mal d’éléments du film noir (l’étranger débarque dans un lieu dont il va être aimanté, l’idée de fatum soit l’impossiblité d’échapper à son passé incarné par la menaçante présence de Gérard Depardieu…) dispersés dans cette histoire dramatique. Sa caméra en mouvement se cale sur Cluzet pour capter son instabilité, sa fébrilité nerveuse et ainsi accentuer la tension dramatique.

Cette recherche de proximité avec ses personnages coexiste avec un désir d’ampleur avec ces plans larges sur l’espace ouvert de l’autoroute en construction.

En outre l’histoire d’amour avec la maire incarnée par Emmanuelle Devos apporte un contrepoint touchant à la froideur et au mutisme du personnage de Cluzet que sa condition éloigne des autres, les gens normaux.


Après avoir distillé dans Quand j’étais chanteur une douce mélancolie, Xavier Giannoli réalise avec A l’origine un drame compact et tendu sur un incroyable mensonge incarné par un François Cluzet une nouvelle fois épatant.


Sortie le 11 novembre 2009

1 commentaire:

dasola a dit…

Bonsoir, ce film dégage une atmosphère particulière qui vous colle à la peau. A part quelques longueurs et des personnages pas très utiles à l'histoire (Depardieu pour le citer), c'est un bon film dont on se souvient. Cluzet est remarquable comme souvent et les autres acteurs aussi. Bonne soirée.