9 mai 2010

Babel / Alejandro Gonzales Inarritu

En plein désert marocain, un coup de feu retentit. Il va déclencher toute une série d'événements qui impliqueront un couple de touristes américains au bord du naufrage, deux jeunes Marocains auteurs d'un crime accidentel, une nourrice qui voyage illégalement avec deux enfants américains, et une adolescente japonaise rebelle dont le père est recherché par la police à Tokyo. Séparés par leurs cultures et leurs modes de vie, chacun de ces quatre groupes de personnes va cependant connaître une même destinée d'isolement et de douleur...

Diffusé ce soir sur France 2, Babel est l'avant-dernier film, sublime, de Alejandro Gonzalez Inarritu qui présentera son nouveau film Biutiful en compétition au prochain Festival de Cannes.


Après Amours chiennes et 21 grammes Alejandro Gonzalez Inarritu livre avec Babel, prix de la mise en scène au 59ème festival de Cannes, un nouveau film choral éblouissant qui dit à travers le parcours de différents personnages sur trois continents (Amérique, Asie, Afrique) l’universalité de la souffrance.

Un coup de fusil, seulement tiré par deux enfants marocains pour vérifier la portée de l’arme, bouleverse en peu de temps la vie d’un couple de touristes américains en crise (Brad Pitt et Cate blanchett), de leur gouvernante mexicaine contraint d’emmener les enfants au mariage de son fils au Mexique et d’un homme d’affaires japonais qui, malgré lui, a provoqué le drame dans un geste d’amitié quelques mois auparavant lors d’une partie de chasse dans le désert marocain et tente de gérer au quotidien le spleen de sa fille sourde-muette depuis le décès de son épouse.

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Babel reprend avec une ambition décuplée le procédé narratif (fragmentation du récit, multiples personnages unis par un événement dramatique) mis au point par Inarritu et son scénariste Guillermo Arriega depuis Amours Chiennes et 21 grammes : des personnages de nationalités différentes sont touchés sur trois continents par les conséquences inattendues d’un micro événement.

L'auteur est moraliste et son propos universel : le moindre de nos actes peut avoir une incidence dramatique sur l’ordre du monde et rappeler que la souffrance est le lot de chacun. Ce nouveau film est à nouveau l’imbrication parfaite de plusieurs histoires, un puzzle émotionnel dont chaque partie est liée subtilement à l’autre par la profonde humanité de son créateur.

La mise en scène ample relie avec intensité dans différents lieux de la planète les douleurs, les angoisses, les humiliations mais aussi les désirs, les lueurs d’espoir.

L’excellence du casting hétéroclite rassemblant stars (jeu profond de Brad Pitt, vieilli par le chagrin) comme non professionnels (les jeunes marocains) rappelle quel grand directeur d’acteurs est Inarritu.


Ce magnifique chant polyphonique de la douleur invite à la tolérance, au respect des cultures et de la différence et à davantage de communication entre les êtres qui n’ont jamais eu, en ce début de 21ème siécle, autant de moyen de communiquer et paradoxalement si peu échangé.

Une virtuose séquence japonaise où un savant travail sur l’image et le son rend palpable l’isolement d’une jeune sourde-muette dans un club bondé à Tokyo illustre parfaitement cette solitude de l’homme moderne chantée par Richard Ashcroft : Alone with everybody.

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