2 nov. 2010

La princesse de Montpensier / Bertrand Tavernier

1562, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage... Marie de Mézières, une des plus riches héritières du royaume, aime le jeune Duc de Guise, celui que l'Histoire prénommera plus tard "le Balafré". Elle pense être aimée de lui en retour. Son père, le Marquis de Mézières, guidé par le souci d'élévation de sa famille, le pousse à épouser le Prince de Montpensier qu'elle ne connaît pas. Ce dernier est appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants. Le pays étant à feu et à sang, afin de protéger sa jeune épouse, le prince l'envoie en compagnie du Comte de Chabannes), dans l'un de ses châteaux les plus reculés, Champigny. Il charge le comte, son ancien précepteur et ami, de parfaire l'éducation de la jeune princesse afin qu'elle puisse un jour paraître à la cour...

63ème Festival de Cannes-Compétition officielle

Après s’être plongé dans les bayous de la Louisiane pour son adaptation très réussie de Dans la brume électrique de James Lee Burke, Bertrand Tavernier situe son nouveau film dans la France du XVIè en plein conflits religieux avec cette histoire de passions amoureuses, chez des gens bien nés, inspirées d’un écrit de Madame La Fayette.

Si Christophe Honoré avait récemment proposé une intéressante relecture moderne de La Princesse de Clèves, Tavernier transpose, avec panache et lyrisme, le récit original deux siècles après les faits relatés par l'auteur.

Sa mise en scène ample avec nombreux plans-séquences que le réalisateur de Capitaine Conan affectionne est au service d’une histoire tragique charriant des sentiments universels qui parleront sans doute au spectateur du troisième millénaire : jalousie, douleur face à la non-réciprocité des sentiments, fièvre de la passion clandestine.

Incarnation lumineuse de cette valse des sentiments, la princesse de Montpensier jouée par Mélanie Thierry cristallise tous les regards et tous les désirs. Le parcours et l’évolution de cette jeune fille qui fait à ses dépens l’apprentissage de la vie (apprendre à refouler ses sentiments, composer avec des choix dictés par ses parents) sont celui d’un personnage résolument moderne qui s’interroge sur le monde dans lequel elle évolue et lutte pour sa liberté. Face à elle, Leprince- Ringuet en mari dévoré par la jalousie, Ulliel en amant fougueux, Personnaz en duc d'Anjou ébloui par sa beauté et surtout Wilson en confident secrètement amoureux de son élève sont parfaits. Ce dernier peut être vu comme le double masculin de l’héroïne : l’humaniste Chabannes refuse la guerre, l’intolérance qui y règne et prend son destin en main sans peur des conséquences.

Mise en scène d’un classicisme vigoureux (belle utilisation des grands espaces), distribution impeccable, ce nouveau voyage proposé par Tavernier est intelligent, raffiné et lyrique en diable.


(chronique cannoise, sortie le 03/11/2010)

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