23 nov. 2010

Outrage / Takeshi Kitano

Plusieurs caïds de second rang se réunissent lors d'un festin avec «Monsieur le Président», chef de l'organisation mafieuse Sanno-kai qui règne sur Tokyo et son agglomération. Kato, numéro 2 de Sanno-kai, déconseille à Ikemoto de trafiquer au grand jour avec Murase, un ancien avec qui il a scellé un pacte en prison. Afin d'atténuer les soupçons de M. le Président, Ikemoto confie à son acolyte Otomo une sale besogne : s'attaquer, en douceur, à Murase. Les agissements d'Otomo marquent le début d'une longue série de divisions et de trahisons. Très vite, les clans de yakuza noient dans le sang leur quête impérieuse de pouvoir et d'argent. Les caïds se défient pour monter dans les rangs de l'organisation à coups de complots et d'accords mort-nés. Dans ce monde corrompu dépourvu de héros, seuls s'affrontent les méchants dans une guerre ultraviolente.

63ème Festival de Cannes-Compétition officielle

Après une parenthèse introspective qui flirtait parfois avec l’expérimentation (Takeshis’) et où il était souvent question de la création (Glory to the filmaker! et Achille et la tortue), le plus célèbre réalisateur japonais contemporain revient, 10 ans après Brother, aux films de yakusas qui ont fait sa gloire au début de sa carrière de réalisateur (entre autres casquettes Kitano est aussi animateur TV, peintre…).

N’ayant pas la rigueur dramatique de Violent Cop ni la mélancolie noire de Sonatine, deux grandes réussites inscrites dans cet univers violent, ce nouveau polar, Outrage, produit par la branche nippone de Warner, joue la surenchère dans la violence en multipliant les meurtres et les tortures gore (à base d’instrument de dentiste ou de corde) comme dans les coups-bas auxquels se livrent les mafieux pour qui la parole donnée ne signifie plus rien. Peu diserts dans ses précédents films, les yakusas montrés ici par Kitano parlent sans arrêt, se coupent la parole, un égocentrisme auquel s’ajoute un infantilisme marqué.

Délitement de la morale (si tant que cela existe dans ce milieu), perte des traditions (se couper un doigt en signe d’allégeance ne signifie plus rien), diversification des trafics (la drogue, les casinos, la Bourse) sont constatés avec amertume par Otomo, le yakusa à l’ancienne interprété par Kitano. C’est dans ce traitement plein de cynisme de l’univers des yakusas que réside l’intérêt principal de ce polar ultra-violent parsemé de giclées d’humour noir traversé par un Kitano mutique, brute mélancolique qui attend en guerrier zen sa mort prochaine.

(chronique cannoise; sortie le 24/11/2010)

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