11 nov. 2010

Potiche / François Ozon

En 1977, dans une province de la bourgeoisie française, Suzanne Pujol est l’épouse popote et soumise d’un riche industriel Robert Pujol. Il dirige son usine de parapluies d’une main de fer et s’avère aussi désagréable et despote avec ses ouvriers qu’avec ses enfants et sa femme, qu’il prend pour une potiche. À la suite d’une grève et d’une séquestration de son mari, Suzanne se retrouve à la direction de l’usine et se révèle à la surprise générale une femme de tête et d’action. Mais lorsque Robert rentre d’une cure de repos en pleine forme, tout se complique…

32ème CINEMED-Avant-première

François Ozon est un petit provocateur : faire jouer la potiche du titre par la grande Catherine (Deneuve) est plutôt gonflé!Mais l'actrice du Dernier métro a prouvé dans 8 femmes ou Palais royal qu'elle était très à l'aise dans le registre de la comédie.

Les premiers plans de Potiche d'un kitch assumé donnent le ton : Suzanne Pujol (Deneuve) fait son footing, en jogging rouge aux trois bandes et bigoudis, dans la propriété de sa maison bourgeoise tout en s'extasiant, avec la naïveté et la candeur d'une héroïne de Disney, devant la beauté de la nature!Moment de détente avant le retour dans sa prison dorée. Le film raconte l'émancipation d'une femme au foyer effacée (au passé sulfureux comme nous le découvrirons progressivement!) et régulièrement humiliée par son mari (Fabrice Luchini).

Ozon a adapté une pièce de boulevard jouée par Jacqueline Maillan tout en injectant une modernité avec l'évocation, sur un mode léger, de sujets d'actualité comme la place de la femme dans la société, les grèves, les séquestrations de patrons. Des références irrésistibles au vocabulaire sarkozyste sont également faites durant l'ascension de cette femme dans la société. Ozon reprend en partie l'univers théâtralisé de 8 femmes avant d'ouvrir le récit vers le monde du travail et la société civile. Tout l'enjeu du récit est en effet de faire sortir le personnage de Suzanne de son emprisonnement domestique pour la confronter au monde extérieur. Le film a beau être marqué années 70 (costumes, intérieurs, importance du parti communiste dans le paysage politique) il dialogue, sur le mode de la causticité, avec notre temps.

Le ton oscille allègrement entre cruauté amusée (le mari ignoble qui ne perd jamais une occasion de se moquer de sa femme) et rire jubilatoire (le face à face entre Suzanne et les délégués syndicaux de son usine, le numéro de danse au Badaboum sur la musique de Il était une fois) sans oublier une tendresse touchante (les manifestations d'affection du maire communiste joué par Gérard Depardieu envers cette femme de notable).

Les acteurs sont tous excellents dans leurs registres; on s'amuse beaucoup devant cette success story incarnée par la formidable Catherine Deneuve.


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