1 déc. 2011

Hara-Kiri : mort d'un samouraï

Un samouraï est bien décidé à venger la mort de son beau-fils...

Film présenté en compétition officielle au 64ème Festival International de Cannes

Remake du film de Masaki Kobayashi, Hara-Kiri : mort d'un samouraï voit le réalisateur barré et provocateur Takashi Miike, auteurs de films étranges ou survoltés comme Visitor Q ou Dead or alive proposer un film classique de samouraïs où les 2/3 du récit sont consacrés au récit d'une tragédie familiale où la pauvreté provoque la mort d'une grande partie d'une famille modeste.

Le découpage simple, le jeu en retenue des comédiens, le ton relativement apaisé contrastent avec la folie dérangeante de Audition ou la barbarie provocatrice de Crows Zero. Excepté une scène éprouvante de sacrifice rituel au sabre en bambou, le récit privilégie la description des émotions humaines aux actes d'ultra-violence, Miike adoptant un point de vue plein de compassion pour la souffrance de ses personnages.

La technologie 3D, très sobre jusqu'à l'épilogue, amplifie l'intensité dramatique de l'affrontement final où, sous un fin rideau neigeux, le personnage principal entend, dans la tradition du genre, régler ses comptes et laver l'honneur de sa famille outragée.

Le choix d'une épure et d'une certaine solennité dans la façon de raconter l'histoire confère à ce nouveau film de Takashi Miike une certaine beauté funèbre.

MAJ : le distributeur Rezo Films n'exploitera pas le film en 3D pour sa sortie française

20 oct. 2011

Le complexe du castor en vidéo

L'attachant Le complexe du castor de et avec Jodie Foster et un étonnant Mel Gibson est désormais disponible en dvd et blu-ray chez M6 Interactions.

Au programme de l'édition HD :

"Everything is Going to Be O.K." : making of (HD - 12'08" - VOST)/2 scènes coupées avec commentaire audio optionnel (VOST) de Jodie Foster (HD - 1'51" + 2'57" - VOST/Commentaires audio de Jodie Foster (VOST)/"I'm Alive" : clip campagne d'aide aux dépressifs (HD - 2'18" - VOST/Conférence de presse de Jodie Foster et Kyle Killen au Festival de Cannes 2011 (14'50" - VO traduite)

Ma critique du film est à lire ICI

19 oct. 2011

X-Men: Le Commencement / Matthew Vaughn

Avant que les mutants n’aient révélé leur existence au monde, et avant que Charles Xavier et Erik Lehnsherr ne deviennent le Professeur X et Magneto, ils n’étaient encore que deux jeunes hommes découvrant leurs pouvoirs pour la première fois. Avant de devenir les pires ennemis, ils étaient encore amis, et travaillaient avec d’autres mutants pour empêcher la destruction du monde, l’Armageddon. Au cours de cette opération, le conflit naissant entre les deux hommes s’accentua, et la guerre éternelle entre la Confrérie de Magneto et les X-Men du Professeur X éclata…
X-Men : le commencement nous entraîne aux origines de la saga X-Men, révélant une histoire secrète autour des événements majeurs du XXe siècle.

Le prequel de la saga X-Men, X-Men : Le commencement (X-Men First Class) réalisé par Matthew Vaughn est désormais disponible en blu-ray en édition combo ( Blu-ray + DVD + Copie digitale) chez l'éditeur FPE.


Mon avis sur le film

Après un troisième épisode de facture nettement inférieure aux deux premiers volets réalisés par Bryan Singer, la nécessité de rebooter la saga des X-Men était pressante. La tâche a été confiée à l'anglais Matthew Vaughn à qui l'on doit le jubilatoire Kick-Ass où la mythologie du super-héros était triturée entre humour irrévérencieux et actions violentes.

Ce retour aux sources des héros Marvel s'accompagne d'une nouvelle esthétique, l'intrigue se situant fin des années 60 en pleine guerre froide. L’ambiance rétro, pop et classe où les références à James Bond se multiplient avec bonheur, des costumes à la panoplie du méchant en passant par la menace soviétique, s’accommode bien d’un déluge d’effets spéciaux pour illustrer la lutte entre mutants puis entre mutants et humains qui culmine lors du spectaculaire blocus de Cuba.

Le récit, bien construit, approfondit l’histoire d’amitié entre Charles Xavier/ProfesseurX et Erick/Magneto et introduit divers personnages pour traiter de thèmes, déjà développés dans les films de Singer, comme l’exclusion, la dualité présente en l’homme avec références à des figures mythologiques comme Frankenstein ou Dr Jekyll et Mr Hyde.

Vaughn n’oublie pas d’injecter de l’humour à base de situations décalées (le recrutement des nouveaux mutants par exemple) ou des cameos (apparitions irrésistibles de Hugh Jackman et Rebecca Romijn) dans ces aventures spectaculaires et divertissantes.

Avec sa mise en scène punchy et décomplexée, son casting hype (Michael Fassbender, James McAvoy, Jennifer Lawrence, Rose Byrne), Vaughn fait de ce X-Men First class un chapitre parmi les plus réussis des aventures des super-héros Marvel.



13 oct. 2011

The artist / Michel Hazanavicius

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L'arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l'oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l'histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l'orgueil et l'argent peuvent être autant d'obstacles à leur histoire d'amour.

L’équipe de OSS117 s’est reformée pour un projet audacieux : un film muet en n&b sur une star du muet déchue. On connaissait la prédisposition de l’acteur Jean Dujardin pour le burlesque et le mime comme le talent de mise en scène de Serge Hazanivicius pour récréer avec jubilation des univers cinématographiques passés de mode.

Leur nouvelle association fonctionne à merveille : hommage brillant (photo et réalisation de grande classe) et émouvant (emploi d’une autre narration basée sur le langage du corps pour créer de l’émotion) au cinéma, à une période magique de Hollywood, porté par un acteur sensationnel, The artist réussit haut la main son pari audacieux de dépoussiérer et rendre accessible au public contemporain un genre oublié.

On ressort de ce mélo magique, comme on en fait plus, le cœur léger. Jean Dujardin a remporté un Prix d'interprétation amplement mérité au 64ème festival de Cannes pour son interprétation incroyable de George Valentin.

29 sept. 2011

Drive / Nicolas Winding Refn

Un cascadeur tranquille et anonyme se métamorphose dès que la nuit tombe : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia. La combine est bien rodée jusqu’au jour où l'un des casses tourne mal et l’entraîne dans une course-poursuite infernale. Il veut se venger de ceux qui l’ont trahi…

Nicolas Winding Refn, le cinéaste danois dont la cote ne cesse de monter depuis les impressionnants Bronson et Valhalla Rising, s’est vu confier l'adaptation d’un récit policier de James Sallis.

Héros taiseux, hold-up foireux, mafieux énervés, règlement de compte sanglant, Drive présente tous les ingrédients du bon film policier, tendance vintage avec une excellente b.o pop années 80. Fern confirme avec le personnage du Driver son attachement pour les héros jusqu’au-boutiste et son attrait pour les éclairs d’ultra-violence.

Ryan Gosling amène à ce Driver solitaire et peu causant, à mi-chemin entre Franck Bullitt et le Joseph Costello du Samouraï, une profondeur inespérée grâce à son jeu intense où derrière une attitude détachée se dissimule une sensibilité et une générosité envers sa jeune voisine (Carey Mulligan) et sa famille qui pourrait lui coûter cher. De même Refn transcende une histoire classique de vengeance avec une maestria visuelle qui rend chaque séquence d’action mémorable (voir celle étonnante de l’ascenseur).

Avec ses allures de série B sophistiquée, Drive a assurément détonné dans le reste de la compétition du 64ème festival de Cannes. Il y a d'ailleurs remporté un très mérité Prix de la mise en scène.

11 sept. 2011

Le nouveau film de sf de Ducan Jones est disponible en vidéo

Le second film de Ducan Jones, Source code, est désormais disponible en DVD & blu-ray.

Ce très recommendable film de sf interprété par Jake Gyllenhall a enregistré un joli succès salles en France avec 700 000 entrées.

Au programme des suppléments des deux éditions M6 VIDEO :
Commentaire audio de Duncan Jones, Jake Gyllenhaal et Ben Ripley (VOST)
Interviews de l'équipe du film : 11 modules (HD - 35'59" - VOST)
"Quand la réalité dépasse la fiction" : 5 modules (HD - 6'50" - VOST)

Ma critique de Source code est à lire ICI

29 août 2011

Cowboys & Envahisseurs / Jon Favreau

Arizona, 1873. Un homme qui a perdu tout souvenir de son passé se retrouve à Absolution, petite ville austère perdue en plein désert. Le seul indice relatif à son histoire est un mystérieux bracelet qui enserre son poignet. Alors que la ville est sous l’emprise du terrible colonel Dolarhyde, les habitants d’Absolution vont être confrontés à une menace bien plus inquiétante, venue d’ailleurs...

Avec son high concept détonnant (un western avec des aliens), son duo de stars charismatiques (Daniel"James Bond"Craid meet Harrison"Indiana Jones"Ford), un réalisateur in (Iron Man 1 & 2) et un wonder boy (Steven Spielberg) à la production, Cowboys & Aliens (en vf Cowboys & Envahisseurs) a de solides atouts pour être le blockbuster de l'été 2011.

Le mélange de western et de science-fiction prend agréablement, la beauté des paysages du Nouveau-Mexique et l'efficacité des effets spéciaux dûs à ILM agissant de concert pour un plaisir jubilatoire entretenue depuis le premier face-à-face entre Craig et Ford.

Si le dernier tiers est un peu faiblard en raison de quelques incohérences scénaristiques et d'un certain manque d'inspiration quand des indiens sont convoqués dans la bataille finale pour dégommer un max d'aliens comme dans un jeu vidéo, ce western du 3ème type offre sufisamment de grands moments d'action décomplexée et de savoureux numéros d'acteur (Daniel Craig en pistolero amnésique, Ford en rude propriétaire terrien et Sam Rockwell en doc valeureux) pour s'imposer comme le blockbuster le plus fun de cet été.


23 août 2011

This must be the place / Paolo Sorrentino

Cheyenne est une ancienne star du rock. A 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. Il décide de poursuivre, à travers l'Amérique, la vengeance qui hantait son père.

Paolo Sorrentino, de retour dans la compétition caanoise après Il Divo, Prix du Jury en 2008, propose avec This must be the place l'intrigue la plus étrange de la sélection : Sean Penn y incarne un rocker gothique sur le retour qui entreprend à la mort de son père la recherche à travers les Etats-Unis d'un ancien nazi afin de donner un sens à sa vie.

Après avoir posé le cadre irlandais du quotidien dépressif de la rock-star entre parties de pelote avec sa femme (Frances Mc Dormand amusante en pompier volontaire) dans sa piscine vide et déjeuners au centre commercial en compagnie d'une ami aussi torturée que lui, Paolo Sorrentino lance ce dernier sur les routes américaines pour une quête peu commune.

Inspirée par Paris Texas (hommage dans le film à Harry Dean Stanton le temps d'une courte scène) et Une histoire vraie, cette seconde partie en forme de road movie multiplie les rencontres insolites et attendrissantes jusqu'à la fin du voyage. Néanmoins cette succession de tranches de vie ne forme pas une aventure humaine vraiment mémorable pour qui a déjà goûté à ce sous-genre cinématographique. De plus la morale de l'histoire n'est pas amenée avec subtilité.

L'originalité du sujet, la sympathique b.o composée par David Byrne et la composition étonnante de Sean Penn en clone de Robert Smith (look de corbeau maquillage inclus, démarche trainante, voix chevrotante) valent néanmoins de s'embarquer dans cette quête personnelle.

22 août 2011

La piel que habito / Pedro Almodovar

Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire. Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…

Après avoir débuté avec une série de comédies pop puis enchainé les mélodrames flamboyants, le cinéma de Pedro Almodovar explore depuis Les étreintes brisés le genre du thriller dont cette adaptation d’un texte de Thierry Jonquet intitulé Mygale révèle un parfum vénéneux et un vertige troublant.

En prenant pour personnage principal un Dr Frankenstein moderne dont les expériences de transgénèse le conduisent à créer un substitut à la peau humaine grâce à un cobaye humain, La piel que habito renvoie par son atmosphère oppressante et ses révélations troublantes aux Yeux sans visage de Franju comme aux films noirs de Fritz Lang des années 40.

Ce créateur dégénéré, privé d’émotions comme la compassion envers la souffrance d’autrui depuis qu’une série de drames familiaux l’a profondément affecté, s’oppose au personnage d’Elena dont la capacité de survie, la force intérieure font d’elle une héroïne forte parmi les plus réussies du cinéma d’Almodovar.

La qualité du script jusqu'à un twist implacable, la froideur malfaisante du personnage de Antonio Banderas (très convaincant) de retour 20 ans après dans l’univers de l’acclamé cinéaste madrilène assure à La piel que habito une tension dramatique entretenue par une mise en scène d’une grande précision.


15 août 2011

Mélancholia / Lars Von Trier

Une planète nommée Melancholia se dirige droit vers la Terre et menace d'entrer en collision avec elle...

Le danois Lars Von Trier qui n’a jamais caché ses humeurs dépressives comme moteur de la création (Antichrist a ainsi été conçu en réaction à une profonde crise personnelle) fait de cet état de spleen la matière de ce nouveau film mettant en scène deux sœurs réunies pour le mariage de la plus jeune sur fond de menace d’apocalypse.

Alors que le mariage arrangé par l’aînée est censé couler de source et être inoubliable, des tensions familiales à base de problèmes de communication entre les parents et la mariée conjuguées au trouble profond perceptible chez cette dernière en proie des démons intérieurs dévorants, tirent cet évènement vers le fiasco et l’implosion. Un clash familial couve alors qu’une autre catastrophe cette fois-ci planétaire se prépare : la planète Mélancholia se dirige dangereusement vers la Terre.

Le découpage du récit en 2 parties, plutôt sobre pour une fois, se concentre tout d’abord sur le personnage de Justine (incroyable Kirsten Dunst dans un des ses meilleurs rôles), ses états d’âmes polluant son bonheur lors du mariage puis sur celui de Claire épaulant sa sœur tant bien que mal à la suite de cet échec sentimental. Au fur et à mesure que le danger se précise toutes deux envisagent différemment la fin du monde selon leur sensibilité : Justine résignée, déjà morte, pense que la Terre ne manquera à personne, Claire consciente de ce qu’elle va perdre (une famille heureuse, un cadre de vie idyllique) panique.

Lars Von Trier influencé par le romantisme allemand et Wagner livre des séquences picturales très impressionnantes intégrées à une histoire de famille bancale avec douleurs rentrées et folie rampante où l’interprétation de Charlotte Gainsbourg et de Kirsten Dunst bouleverse jusqu’à un dernier plan parmi les plus déchirants vus dans un film apocalyptique.

Le réalisateur déjà palmé pour Dancer in the dark livre avec Mélancholia une de ses plus réussites, un film puissant, visuellement très abouti comme implacable sur le plan dramatique.


18 juil. 2011

The Murderer / Hong-jin Ha

Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les «Joseon-Jok.» 50% de cette population vit d’activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l’aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie il devra simplement… y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

Auteur du remarqué The chaser présenté au festival de Cannes en 2008, Hong-jin Na reprend les mêmes acteurs Kim Yun-seok et Kim Yun-seok en inversant les rôles (le chasseur devenant la proie et inversément) pour un polar qui à nouveau a la forme d’une implacable chasse à l’homme. Cette fois-ci la traque n’est pas circonscrite à un quartier mais s’étend de la Chine à la Corée.

Bénéficiant d’un budget confortable (8M d’euros financés en partie par la Fox) le réalisateur sud-coréen multiplie dans The murder les affrontements violents à main nus ou à l’arme blanche avec une prédilection pour le couteau de boucher ou la hachette, les carambolages automobiles et les poursuites à pied (une spécialité depuis son premier film) avec une maestria visuelle amplifiée.

La mise en scène énergique, entièrement tendue vers la captation du mouvement, de la fuite comme moyens de survie, couplée à un montage fait de The murderer un cousin coréen de la Vengeance dans la peau et de A bout portant.

S’il n’est pas exempt d’invraisemblances et d’une surenchère dans le gore et la violence qui pourrait lasser sur la durée, The murderer tient assez bien la distance (2h20 au compteur) grâce à un savoir-faire indéniable en terme de mise en scène trépidante comme d’écriture des personnages maléfiques, Kim Yun-seok dans un rôle déjà anthologique de brute rustre increvable.

(sortie le 20 juillet en salles)
Justifier

15 juin 2011

Blue valentine / Derek Cianfrance

A travers une galerie d’instants volés, passés ou présents, l’histoire d’un amour que l’on pensait avoir trouvé, et qui pourtant s’échappe… Dean et Cindy se remémorent les bons moments de leur histoire et se donnent encore une chance, le temps d’une nuit, pour sauver leur mariage vacillant.

Premier film, Blue Valentine est la triste histoire de la fin d’un couple très attachant interprété par les excellents Ryan Gosling et Michelle Williams.

Filmé caméra légère à la manière d’un documentaire sur un vraie couple en crise, la vie de ce jeune couple avance par flashs-back efficaces sur le plan dramatique : le début de cette liaison nous est conté à travers des situations joyeuses ou plus tristes mis justement en opposition avec leur situation actuelle.

Si les motivations du personnage joué par Michelle Williams sont parfois trop obscures, Derek Cianfrance parvient sans peine, en serrant au plus près des émotions de ses personnages, à provoquer de l’empathie pour son duo. Cru dans les étreintes passionnées comme dans la fureur des disputes conjugales, le délitement progressif de ce jeune couple marque par l'intensité de son interprétation et la mélancolie générée par sa conclusion.


13 juin 2011

Une séparation / Asghar Farhadi

Lorsque sa femme le quitte, Nader engage une aide-soignante pour s'occuper de son père malade. Il ignore alors que la jeune femme est enceinte et a accepté ce travail sans l'accord de son mari, un homme psychologiquement instable…

Triplement primé à la Berlinale 2011 (Ours d'or pour le réalisateur et 2 Ours d'argent pour les 2 comédiens principaux), cette chronique iranienne d’un divorce annoncé déploie une force dramatique remarquable redevable au jeu des acteurs que la mise en scène sous tension enferme dans un enchaînement redoutable de faits tragiques, dans une spirale de malheur.

Les nombreux échanges verbaux entre les personnages constamment en train de se déchirer affectivement, de s’affronter psychologiquement, installent un climat nerveux et dramatique ne se relâchant que dans les ultimes plans où le réalisateur Asghar Farhadi dit avec une sobriété désarmante d’efficacité dramatique toute la tristesse de cette situation familiale dont les enfants sont les premières victimes.

Cette douloureuse séparation est d'une redoutable puissance émotionnelle qui emporte sans effets appuyés ni manichéisme le spectateur dans cette histoire simple à portée universelle.

27 mai 2011

The tree of life / Terrence Malick

Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l'oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu'il affronte l'individualisme forcené d'un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu'au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire...

Tree of life
, le tant attendu nouveau film de Terrence Malick, frappe d’emblée par sa beauté visuelle et son lyrisme enlevé pour raconter à la fois la vie d’une famille américaine dans les années 50 et la naissance de l’univers.

Ce poème empli de spiritualité est parcouru d’envolées mystiques et réflexions métaphysiques chères à son réalisateur qui ici met en parallèle la formation de l’univers et la naissance d’une famille dont le bouleversement intérieur d’un des leurs incarné par Sean Penn amène un questionnement sur le sens de la vie.

Drame intime d’un fils essayant de comprendre le comportement autoritaire de son père par opposition à la douceur de sa mère, d’un frère meurtri par la mort d’un des siens et épopée cosmique aux évènements spectaculaires se répondent dans un montage parallèle convoquant des images inédites du big-bang, l’apparition des premiers organismes unicellulaires puis des dinosaures, la fin de l’univers et des morceaux choisis de bonheur familial comme de doute existentiel.

L’expérience visuelle mêlant ballet d’étoiles, spectacle d’une nature frémissante et scènes familiales va de pair avec un voyage émotionnel où l’histoire de Jack s’inscrit dans le cycle de l’univers. Comme l’explique la mère au début du récit, dans l’univers sont à l’œuvre la nature et la grâce : d’un côté l’une est imprévisible et exigeante, l’autre n’est que bonté et ne demande rien en retour. Ces deux concepts sont représentés par le père sévère mais aimant joué par Brad Pitt et la mère douce, complice à qui la délicieuse Jessica Chastain prête ses traits.

Avec son récit éclaté plongeant le spectateur aux confins de l’espace et du temps, du Texas des années 50 à l’Amérique d’aujourd’hui où un homme cherche un sens à sa vie en se remémorant son enfance, de la création du cosmos à son extinction, The tree of life constitue une expérience cinématographique singulière dont la poésie visuelle et la puissance émotionnelle libérées par ce ballet d’images sublimes sur lesquelles des voix questionnent le sens de la vie et de la foi sont assez extraordinaires.


26 mai 2011

Le complexe du castor / Jodie Foster

La vie de Walter n’est plus ce qu’elle était. Déprimé, vivant au ralenti, il s’éloigne de sa famille et de ses proches. Sa femme finit par le chasser de la maison pour le bien de leurs enfants. Touchant le fond, il s’accroche malgré lui à une marionnette de castor trouvée un soir par hasard. Par jeu ou par désespoir, il utilise cette marionnette pour extérioriser toutes les choses qu’il n’ose pas dire à sa famille et ses collègues. La marionnette devient alors comme une nouvelle personnalité, un nouveau Walter, plus positif et sûr de lui. Rapidement il reprend le contrôle de sa vie mais découvre peu à peu qu’il ne peut plus vivre sans son castor. Parviendra-t-il à se débarrasser de lui ?

Avec son héros en peluche et son acteur principal de retour sur les écrans après des soucis personnels très médiatisés, le nouveau film de la réalisatrice Jodie Foster avait de quoi intriguer.

Le thème de la dépression, central dans Le complexe du castor (The Beaver), est personnifié par le personnage incarné par Mel Gibson, un chef d’entreprise et un chef de famille largué, en plein spleen, qui, après une soirée particulièrement noire où il a été mis à la porte du domicile conjugal par sa femme lasse de le voir dans un état léthargique, invite dans sa vie un castor en peluche pour lui remonter le moral. Ce jouet en peluche va devenir un outil de survie, un moyen de mettre à distance ses démons intérieurs et peut-être devenir l’instrument de la reconquête de sa famille et de soi. Mais la présence permanente de ce double à l’étrange apparence peut dérouter son entourage et produire des effets dramatiques.

Jodie Foster examine les conséquences du comportement maladif du père sur le reste de la famille. Mel Gibson en dépressif chronique trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, son regard désespéré et son attitude auto-destructrice provoque une émotion durable dont le paroxysme est atteint dans un dernier quart d’heure particulièrement sombre pour une comédie dramatique grand public.

6 mai 2011

Love & autres drogues / Edward Zwick

New York, les années 90. Jamie est un jeune commercial redoutable dont l’assurance - et le physique avantageux - sévissent aussi bien auprès des femmes que dans l’univers implacable de l’industrie pharmaceutique où, entre antidépresseurs et dopants sexuels, il parvient finalement à tout vendre. Mais il y a une personne qui semble insensible aux charmes de Jamie : Maggie. Une jeune femme très séduisante et furieusement indépendante qui, comme Jamie, fuit l’engagement émotionnel, mais pour des raisons très différentes. Elle est atteinte d’une maladie chronique et a décidé de vivre uniquement au jour le jour.
Malgré eux, ce qui devait être une histoire sans lendemain va alors s’intensifier. Tous deux vont bientôt voir leurs principes respectifs malmenés et devenir accros à la plus puissante des drogues qui soit : l’amour.

Le réalisateur Edward Zwick, habitué des films épiques (Le dernier Samouraï, Les insurgés), s'essaie à la comédie romantique avec Love et autres drogues.

Avec en toile de fond une peinture amusante de l'industrie pharmaceutique des 90's avec le boom du Viagra, l'histoire forcément compliquée de deux jeunes personnes différentes mais complémentaires est dynamisée par l'alchimie de son couple d'acteurs charismatiques aussi à l'aise dans le registre de l'émotion que dans la séduction avec de nombreuses scènes de nudité peu courantes dans ce genre de production. Le versant mélodramatique pris dans le dernier tiers passe d'autant mieux que l'histoire crédible est rendue attachante par ce charmant duo incarné par Anne Hathaway et Jake Gyllenhaal.

Ajouter une poignée de seconds rôles réussis comme Oliver Platt ou Hank Azaria et vous obtiendrez une comédie romantique à la fois polissonne et attendrissante à laquelle il est difficile de résister.

Test blu-ray

Un master de belle facture avec une bonne définition couplé à une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 avec un mix juste et dynamique entre des dialogues bien aérés et une B.O.sympathique assurent une très bonne note technique à ce blu-ray.

Bonus

Une poignée de scènes inédites, 3 modules à base d'interviews promos des deux acteurs, du réalisateur et d'un producteur insistant sur l'alchimie et la complicité du duo Hathaway/Gyllenhaal et un court focus sur l'inspiration du personnage principal, Jamie Reidy, l'auteur de Hard Sell, un livre plein de révélations sur l'industrie pharmaceutique constituent les suppléments de cette édition combo FPE.

3 mai 2011

Voir la mer / Patrice Leconte

C'est 2 frères. Qui habitent Montbard, en Bourgogne. Et qui, pour les vacances d'été, ont décidé d'aller voir leur mère à Saint Jean de Luz. Parce que ça fait longtemps. Parce que ça lui fera plaisir. Ce ne sont pas les parce que qui manquent. Ils ont trouvé un motor-home d'occasion, et vont faire la route au rythme du bitume, au gré des envies. C'est ça l'idée : une diagonale de France entre frères.
Sauf que leur tombe dessus une fille qui n'était pas prévue. Une fille attachante. Inattendue. Et qui n'a jamais vu la mer. Ils font donc la route à trois. Et tout doucement, entre désirs diffus et envies cachées, ils réalisent que d'être un trio n'empêche pas de s'aimer. Sans jalousie. Plaisirs partagés.

Après une série de comédies impersonnelles et poussives (La guerre des miss, Mon meilleur ami, Les bronzés 3), Patrice Leconte s’est attelé à un projet de facture plus modeste renouant avec l’inspiration de La fille sur le pont et de Tandem pour ce road-movie sentimental.

Triangle amoureux sous la lumière chaude de l’été, Voir la mer est centré sur trois jeunes personnages en quête d’amour, un amour finalement libre, la fille renonçant très vite à choisir entre les deux frères.

Le film, léger et lumineux, manque de substance scénaristique pour convaincre totalement mais les comédiens visiblement complices (Clément Sibony, Nicolas Giraud et Pauline Lefevre, délicieuse dans un premier rôle solaire et sensuel) apportent de la fraicheur et un enthousiasme à un cinéaste qui semble avoir retrouvé l’inspiration.

(sortie en salles le 04/05/2011)

28 avr. 2011

Source code / Duncan Jones

Colter Stevens se réveille en sursaut dans un train à destination de Chicago. Amnésique, il n’a aucun souvenir d’être monté dedans. Pire encore, les passagers du train se comportent avec lui avec familiarité alors qu’il ne les a jamais vus. Désorienté, il cherche à comprendre ce qui se passe mais une bombe explose tuant tout le monde à bord.
Colter se réveille alors dans un caisson étrange et découvre qu’il participe à un procédé expérimental permettant de se projeter dans le corps d’une personne et de revivre les 8 dernières minutes de sa vie. Sa mission : revivre sans cesse les quelques minutes précédant l’explosion afin d’identifier et d’arrêter les auteurs de l’attentat.
..

Comme dans
Moon (2009), son excellent premier film de S-F injustement privé d'une sortie salles en France, il est question dans le nouveau long-métrage de Ducan Jones, Source code, d'un personnage masculin isolé dans un endroit confiné et en plein questionnement existentiel.
Ici aussi le héros se rebelle contre sa condition pour espérer changer son futur apparemment bouché. Par là se pose la question du libre arbitre (l'illusion?) et celle de l'identité, idées déjà développées dans
Moon.

Ducan Jones réussit à nouveau à allier sens de l'
entertainment et psychologie des personnages. On trouve ici un personnage principal complexe, attachant, isolé dans un espace inquiétant : cobaye d'un programme expérimental, il va s'attacher à éclaircir cette situation angoissante et aliénante. Se déploie en effet une double enquête : découvrir l'identité, les motivations de ces geôliers dont le QG est un mystérieux Château assiégé et démasquer l'auteur d'un attentat terroriste dans ce programme révolutionnaire qui permet les repositionnements dans le temps afin d'influer sur l'avenir, le passé ne pouvant être changé.

Source code mélange habilement des ingrédients de Un jour sans fin et de Déjà Vu : un homme est condamné à revivre les mêmes 8 minutes jusqu'à trouver le coupable d'un attentat (le côté SF ludique) et profite de cette boucle temporelle pour séduire une passagère (le versant romantique).
La répétition d'une même séquence n'est pas incompatible avec une rigoureuse progression dramatique et un certain suspense (au niveau visuel multiplication des angles et des espaces de jeu; au niveau du récit multiplication des personnages suspects et des micro-situations dramatiques) même si la découverte de l'identité du terroriste importe moins que la description de l'état psychologique du héros qui au fil de son enquête s'attache à une inconnue qu'il ne peut sauver.

Jake Gyllenhaal incarne parfaitement le tragique de la situation dans ce brillant polar existentiel qui devrait positionner Duncan Jones dans la liste des réalisateurs incontournables.

20 avr. 2011

Détective Dee : Le mystère de la flamme fantôme / Tsui Hark

L’histoire se déroule en Chine, en l’an 690, durant la période trouble correspondant à l’ascension de l’impératrice Wu Ze Tian.
Tout est prêt pour la cérémonie du couronnement et la petite ville de Chang-An est dans ses habits de fête. Mais une série de morts mystérieuses menace l’intronisation de Wu Ze Tian. L’impératrice décide alors de faire appel au seul homme capable de percer ce mystère : Le juge Ti, de retour après huit ans de prison pour insolence et insubordination…

Avec Détective Dee, le mystère de la flamme fantôme, Tsui Hark est de retour au premier plan après une série de projets mineurs depuis 10 ans et l’excellent Time and tide (2001) nonobstant l’efficace Seven Swords (2005).

Avant d’être mise en images par Tsui Hark, la légende du juge-détective Dee qui termina sa carrière comme chancelier de l'impératrice Wu au VIIès est connue chez nous grâce aux romans écrits par le diplomate néerlandais Robert van Gulik qui le renomma le juge Ti.

Son nouveau film à l’agréable parfum de serial offre un spectacle total en mixant le film policier, le film fantastique, le film de wu xia pian avec une maestria visuelle très jubilatoire.

Avec ses personnages bondissants, le film propose un travail très intéressant sur les lignes verticales : le plan est composé de nombreux détails (forêt de bambous, rondins de bois, champ de flèches, épées ou lances dressées dans le combat, statue géante de Boudha) disant cette volonté d’aller toujours plus haut, plus loin dans l’orchestration des scènes d’action que Tsui Hark étire un maximum pour le plus grand plaisir des amateurs de ce genre de divertissement.

On sort de l’aventure, détonnant mélange de Sherlock Holmes et Tigre et dragon, complètement groggy.

19 avr. 2011

Mon père est femme de ménage / Saphia Azzeddine

Polo a 16 ans et les complexes d’un ado de son âge. Entre une mère alitée et une soeur qui rêve d'être miss, le seul qui s’en sorte à ses yeux, c’est son père. Hélas, il est femme de ménage...

Adapté de son roman homonyme, Mon père est femme de ménage réalisé par Saphia Azzeddine mélange chronique adolescente et comédie sociale dans une histoire centrée sur les relations tragi-comique entre un père et son fils.

Si le duo père-fils est le pivot du récit, de nombreuses scènes mettant en scène les copains du héros façon Les beaux gosses offrent de beaux moments comiques, vannes souvent politiquement incorrectes mais reflétant de manière juste les échanges piquants tels qu’ils peuvent circuler au sein d’une bande d’ados, additionnés aux répliques savoureuses du personnage de François Cluzet. Le reste de la famille n’est pas oublié, les interventions de la mère alitée et de la sœur bimbo se rêvant miss nationale ponctuent, de manière inégale dans l’efficacité comique, cette histoire attachante quand elle se focalise sur ses deux personnages masculins.

Pour toucher un large public, ce sympathique premier film peut compter sur son duo d’acteurs complices et son histoire aux dialogues réussis s’inscrivant dans un cadre, la banlieue, envisagée ici une fois n’est pas coutume comme un espace social où la solidarité, l’amitié, l’espoir ont droit de cité au quotidien.


18 avr. 2011

Rio / Carlos Saldanha

Blu, un perroquet bleu d’une espèce très rare, quitte sa petite ville sous la neige et le confort de sa cage pour s’aventurer au cœur des merveilles exotiques de Rio de Janeiro. Sachant qu’il n’a jamais appris à voler, l’aventure grandiose qui l’attend au Brésil va lui faire perdre quelques plumes ! Heureusement, ses nouveaux amis hauts en couleurs sont prêts à tout pour réveiller le héros qui est en lui, et lui faire découvrir tout le sens de l’expression « prendre son envol ».

La nouvelle pépite du cinéma d’animation par les créateurs de l’Age de glace a pour nom Rio, une aventure trépidante, festive, pleine de couleurs et de musique à Rio de Janeiro où les morceaux de bravoure s’enchaînent à une cadence soutenue pour notre plus grand plaisir : rencontre amoureuse de deux aras (le personnage principal est un ara bleuté domestiqué d’un petit bled du Minnesota parachuté dans un Rio en pleine effervescence) sur fond de Lionel Richie, chorégraphie endiablée de ouistitis bling bling, survol à haut risque de la baie de Rio, poursuite effrénée dans les ruelles des favelas le tout sur fond de carneval.

Rio constitue une prouesse technique assez impressionnante (pour chaque plan un travail remarquable sur les textures, les mouvements, les couleurs rehaussé par une 3D particulièrement efficace) en même temps qu’une belle histoire sur la liberté, l’amitié.

Ce film planant et euphorisant est sans doute une des plus belles réussites artistiques du studio Blue sky à voir par toute la famille.


17 avr. 2011

D'un film à l'autre / Claude Lelouch

Un documentaire retraçant toute la filmographie de Claude Lelouch. Pour les 50 ans des Films 13, le cinéaste y dresse un bilan de sa carrière, assumant échecs et succès, et y montre des images inédites...

Produit par Claude Lelouch pour l’anniversaire des 50 ans de sa société Les Films 13, D’un film à l’autre est un documentaire rétrospectif sur sa carrière : mélange d'extraits de films, d’interviews d’images de tournage agrémenté d’une voix-off en fil rouge, ce bilan-confession passe en revue un demi-siècle de cinéma, le cinéma d’un artiste amoureux des acteurs à la carrière atypique.

Si le film n’est pas exempt de complaisance, écueil par essence de ce genre d’exercice qu'est l’autobiographie (introduction très étirée sur un « exploit » sportif du cinéaste dans les rues de Paris, mise en avant des prix gagnés et de la pléïade des acteurs ayant participé à ses films,) force est de reconnaître que Lelouch n'hésite pas à recourir à l’autocritique, évoquant ses échecs, ses coups de blues après les échecs commerciaux d’une partie de sa filmo. En effet il n’hésite pas à parler du succès planétaire de Un homme et une femme comme de la mauvaise réception de sa suite 20 ans après. Cinéaste inspiré par l’Amour et les acteurs, Lelouch n’aura de cesse de multiplier les projets de différentes ampleurs sur les hasards et les conséquences de la vie, la ronde des sentiments avec une exaltation et une envie de cinéma patentes pour le meilleur et pour le pire.

Si certaines images d’archives comme celles émouvantes montrant Patrick Dewere sur le plateau de Edith et Marcel et certaines informations ne manquent pas d’intérêt, on pourra regretter que le documentaire soit avare en interventions d’acteurs et en infos techniques pour développer la méthode Lelouch, le doc in fine ressemblant à un collage d’extraits et images making-of avec commentaire audio en supplément. Les fans apprécieront, les autres risquent de juger le projet complaisant et vain.

12 avr. 2011

Young guns / Christopher Cain

Dans l’Ouest américain, un éleveur recueille de jeunes marginaux, pour la plupart des as du pistolet, pour l’aider à travailler à son ranch. Mais l’éleveur va être assassiné, et ses amis veulent le venger. Très vite, ils tombent dans l’illégalité. L’un d’eux n’est autre que William Bonney - alias le célèbre Billy le Kid…

Sorti en 1988, le western Young guns jouait sur son casting jeune (Kiefer Sutherland, Charlie Sheen, Emilio Estevez) tout autant que sa réalisation tonique à la sauce MTV pour plaire à un maximum de public.
Si le casting auquel s'ajoutent les cadors Terence Stamp et James Coburn offre un capital sympathie indéniable le récit patine souvent (les moments de comédie s'intercalent mal entre les situations dramatiques) et la réalisation s'avère trop imprécise dans l'orchestration des scènes d'action où la gestion de l'espace est très laborieuse.
Les plus nostalgiques devraient néanmoins prendre du plaisir face aux aventures rocambolesques, basées sur des faits réels, de la bande de Billy le Kid.

Test DVD
Cette édition remasterisée propose une image très acceptable en terme de piqué. Au niveau de l'étalonnage, le rendu des contrastes et de la colorimétrie est également satisfaisant pour une image SD.
La piste vo est particulièrement dynamique avec de nombreux effets percutants (coups de feu, bruits de sabot, éléments déchaînés).

En bonus le disque propose un documentaire sur le véritable Billy the Kid.

Chronique réalisée grâce à un partenariat avec
Cinetrafic.fr où vous pouvez retrouver cette critique et d'autres infos liées au film (http://www.cinetrafic.fr/film/15780/young-guns).
Egalement sur le site une page dédiée aux films d'action comique (http://www.cinetrafic.fr/liste-film/2293/1/le-film-d-action-comique)
.

10 avr. 2011

Dècès de Sidney Lumet

Le réalisateur Sidney Lumet vient de nous quitter ce samedi 09 avril, à l'âge de 86 ans, des suites d'un cancer.

Après avoir débuté au cinéma avec 12 hommes en colère, il signera des films inspirés par la télévision comme Le gang Anderson (1971) ou Network (1977) et une remarquable liste de films policiers devenus des classiques comme Serpico (1974), Un après-midi de chien (1976) et Le prince de New-York (1982).

Les plus grands se sont succédés devant sa caméra : Marlon Brando (L'homme a la peau de serpent, 1959), Al Pacino (Serpico, Un après-midi de chien), Paul Newman (Le verdict, 1983), River Phoenix (A bout de course, 1988), Sean Connery et Dustin Hoffman (Family business, 1989).

Récemment Sidney Lumet avait réalisé la comédie Jugez-moi coupable (2006) et le drame 7h58 ce samedi-là (2007) dont vous pouvez lire ma critique ICI

The Verdict / Sidney Lumet

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu'au jour où il accepte de travailler sur l'affaire d'une jeune femme victime d'une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l'hôpital, va être pour l'avocat l'occasion de retrouver sa dignité... ou de la perdre définitivement.

The Verdict (1983) est un sommet dans la carrière du grand Sidney Lumet, atteint avec la complicité de Paul Newman qui a sans doute trouvé là son meilleur rôle. Nominé aux Oscars pour son interprétation de Franck Galvin, le comédien décrochera finalement la statuette, après huit nominations, grâce à un autre maître, Martin Scorsese qu’il fit tourner dans La couleur de l’argent (1987).

Avocat déchu après une affaire de corruption de juré pour laquelle il fut injustement incarcéré, Franck Galvin est au début du récit un être torturé par ses échecs noyant son spleen dans l’alcool. "Suiveur d’ambulances", il s’incruste, sans succès, dans les veillées funéraires pour proposer ses services aux familles endeuillées. Jusqu’au jour où la sœur d’une jeune femme victime d’une erreur médicale vient frapper à sa porte. Cette affaire miraculeuse lui permettrait de se relancer et d’effacer ses échecs.

The Verdict est avant d’être un film de procès passionnant l’histoire d’une rédemption, d’une renaissance. Au plus bas, sur la voie de la déchéance, Franck, en acceptant de représenter cette cliente dans le coma, va "changer de vie aujourd’hui " comme il l’annonce au personnage énigmatique de Charlotte Rampling. Il espère ainsi retrouver sa dignité comme venger celle de sa cliente bafouée par deux médecins réputés de l’hôpital Ste Catherine lié à l’archevêché de Boston. Emu par le sort de la jeune femme il va refuser l’arrangement juteux proposé par l’archevêché pour aller au procès et défendre l’honneur de sa cliente…comme le sien. Lumet a l’intelligence de laisser planer le doute au début sur les motivations de son personnage principal en souffrance : qui de l’orgueil ou de l’empathie dicte vraiment ses choix.

Aidé de son ami et mentor, Franck s’engage dans une bataille juridique contre une armada d’avocats, menés par le glacial James Mason, au service de l’archevêché. Avec cette affaire Franck entend donner justice aux faibles écrasés par les forts, les puissants incarnés par l'archevêché et sa cohorte d'avocats et par extension le système judiciaire.
The Verdict
narre la lutte d’un homme contre ses démons comme la lutte de David contre Goliath, de l’indépendance contre le corporatisme avec une progression dramatique maîtrisée.

De Douze Hommes en colères (1957) jusqu’à Jugez-moi coupable (2006) Sidney Lumet s’est fait un spécialiste du film de procès. The Verdict est à cet égard une réussite incontestable : quête effrénée de témoins, preuves cruciales non recevables, trahisons amicales, le récit est porteur d’une tension dramatique qui ne se relâche jamais jusqu’au verdict attendu avec fébrilité. Les scènes de plaidoiries sont d’autant plus prenantes que le portrait du personnage principal est fort et attachant.

Dans The Verdict Paul Newman que Lumet place souvent à l’image, à la manière du Carravage, dans une lumière en clair-oscur pour traduire son état délité, offre une large palette d’émotions au service d’un rôle qui restera comme un de ses plus marquants, celui qui a faconné sa légende avec Luke Jackson, Butch Cassidy ou bien encore « Fast » Eddie Nelson.

Le Verdict est disponible en DVD zone 2 dans une édition comprenant un commentaire audio intéressant de Sidney Lumet (en VOST) et un court documentaire réalisé à l’époque de la sortie du film, dans lequel Paul Newman intervient.

6 avr. 2011

Le nom des gens en DVD

La sympathique comédie Le nom des gens de Michel Leclerc est disponible en DVD depuis le 06 avril chez TF1 Vidéo.

Couronné par deux César (meilleur actrice pour Sara Forestier, meilleur scénario), Le nom des gens a attiré en salles près de 800000 spectateurs.

Ma critique du film est à lire ICI

30 mars 2011

L'homme qui voulait vivre sa vie / Eric Lartigau

Paul Exben a tout pour être heureux : une belle situation professionnelle, une femme et deux enfants magnifiques. Sauf que cette vie n'est pas celle dont il rêvait. Un coup de folie va faire basculer son existence, l'amenant à endosser une nouvelle identité qui va lui permettre de vivre sa vie.

D’après un roman de Douglas Kennedy, L’homme qui voulait vivre sa vie offre au réalisateur Eric Lartigau sa première incursion dans le registre du thriller existentiel après trois comédies dont le sympathique Prête-moi ta main.

Porté par un épatant Romain Duris de tous les plans, le récit se divise en deux parties articulées autour du parcours du personnage de Duris : un drame conjugal à Paris puis un road movie existentiel du côté du Monténégro. Lartigau illustre avec application les thématiques chères à Kennedy comme la question de l’identité, l’imprévisibilité de la vie. Si la seconde partie manque un peu de rythme mais il est vrai que les choix d’adaptation ne manquent pas d’audace narrative, l’ensemble séduit par la composition intense de Duris et le soin apporté à l’image : des beaux quartiers aux paysages du Monténégro la fuite en avant et le parcours intérieur de cet homme en crise ne peuvent laisser indifférent jusqu’à un épilogue assez surprenant.

Test blu-ray

Technique

Le transfert Blu-ray comme souvent chez l'éditeur est soigné avec des images très détaillés, une colorimétrie riche et un léger grain cinéma respecté. On notera toutefois des noirs parfois trop prononcés. Le travail notable sur le cadre se voit ainsi magnifié par ce transfert HD de belle facture.

La piste en DTS HD Master Audio 5.1 offre des dialogues très clairs et une partition musicale bien aérée.


Bonus

Débutons par un bon making-of qui a la forme d'un carnet de voyage où une petite caméra s'infiltre dans l'équipe pour montrer en toute simplicité et vérité le quotidien du tournage (HD, 47 minutes).

L'interview de Douglas Kennedy et du réalisateur Eric Lartigau (SD, 6 minutes) se focalise sur les thèmes de l'histoire et les choix des acteurs.

La rencontre, proposée par Laurent Weil, avec le réalisateur et les acteurs Romain Duris et Marina Foïs (HD, 20 minutes) permet d'approfondir sensiblement les informations données dans le module précédent : les intervenants, décontractés, reviennent sur l'écriture, l'expérience du tournage.

Enfin plusieurs galeries (photos, projets d'affiches, storyboards) et un module interactif assez ludique sur le développement photo complètent cette édition FPE.

29 mars 2011

La bande annonce de Minuit à Paris

Après le dévoilement de sa belle affiche la première bande-annonce de Minuit à Paris est enfin visible.

Une famille se rend à Paris pour affaires. Parmi ses membres : un couple récemment fiancé, qui se rend compte que leur vie ne sera pas meilleure...

Cette histoire de famille américaine se rendant à Paris pour affaires réunira Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard, Michael Sheen, Adrien Brody, Kathy Bates et Carla Bruni.

Le nouveau film de Woody Allen sera présenté en ouverture du prochain festival de Cannes et sortira en salles dans la foulée le 16 mai 2011.

L'avant-dernier film du réalisateur new-yorkais, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (critique ICI), sera disponible en DVD & Blu-ray chez Warner le 30 mars prochain.


Midnight in Paris (2011) - Official Trailer

Le 23ème James Bond en tournage en novembre

Judi Dench a révéle récemment au Sunday Express que le 23ème James Bond se tournera à partir de novembre prochain : "Je vais faire le prochain Bond en novembre," déclara-t-elle. "Je ne connais pas encore le lieu du tournage."

Dans ce nouvel opus Judi Dench reprendra son rôle de M aux côtés de Daniel Craig.

Ralph Fiennes et Javier Bardem sont pressentis pour des rôles de méchants.

Sam Mendes réalisera ce 23ème James Bond prévu dans les salles en novembre 2012.

Ma critique du 22ème James Bond, Quantum of solace, est à lire ICI

28 mars 2011

L'agence / George Nolfi

Sommes-nous maîtres de notre destin ? Ou sommes-nous manipulés par des forces invisibles ? David Norris entrevoit l'avenir que le Sort lui réserve et se rend compte qu'il aspire à une autre vie que celle qui lui a été tracée. Pour y parvenir, il va devoir poursuivre la femme, dont il est tombé follement amoureux, à travers les rues de New York et ses réseaux souterrains...

Pour sa premier long-métrage le scénariste de La Vengeance dans la peau George Nolfi a adapté une nouvelle du
maître de la s-f Philip K.Dick avec une volonté de proposer une fable romantique grand public avec Matt Damon.

Sur une toile de fond de thriller d'anticipation où les effets spéciaux se font relativement discrets le réalisateur se focalise sur une histoire d'amour contrariée par le Destin qui a la forme d'une cavalcade amoureuse dans les rues de N-Y où le couple interprété par Emily Blunt et Matt Damon lutte contre une mystérieuse organisation pour écrire leur histoire.

Une fois l’argument fantastique (l’Agence veille depuis des siècles à la bonne application du plan choisi pour chacun par le Grand Patron) et certains choix visuels comme le look rétro très Mad Men des membres de l’Agence assimilés, le parcours dramatique et les émotions traversés par le personnage de Damon devraient interpeller chacun.

L’acteur, très convaincant, une fois n’est pas coutume en héros romantique, nous embarque dans cette aventure passionnelle où il devra braver son destin et faire des choix dramatiques impliquant l’idée du libre-arbitre pour retenir son Amour (Emily Blunt dont le personnage est un peu fade passé le premier tiers).

L’agence, étrange et original croisement entre le récit amoureux à la Capra et le film d’action paranoïaque à la Minority Report ou Matrix (belle exploitation ludique des décors urbains avec multiplication de portes/passages ouvrant vers une autre réalité), séduit agréablement en laissant l’histoire romantique et les sentiments amoureux prendre le pas sur tout discours pompeux sur le déterminisme et le libre-arbitre potentiellement rehaussé par une avalanche d’effets spéciaux sous lesquels on pouvait craindre que se dilue ce genre de film hollywoodien.