23 févr. 2011

127 heures / Danny Boyle

Parti pour une randonnée en solitaire dans les gorges de l’Utah, Aron Ralston, jeune alpiniste expérimenté, se retrouve bloqué au fond d’un canyon isolé lorsqu’un rocher s’éboule, lui emprisonnant le bras. Pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie, il est en proie à des hallucinations avec pour seule compagnie le souvenir des siens. Cinq jours plus tard, comprenant que les secours n’arriveront pas, il va devoir prendre la plus grave décision de son existence…

Après le triomphe de Slumdog Millionnaire aux Oscars 2010 avec 8 statuettes, Danny Boyle a choisi de mettre en images avec 127 heures une histoire vraie, une histoire de survie, celle de Aron Ralston, un randonneur américain qui, malgré son expérience, s'est retrouvé coincé pendant 127 heures dans un canyon dans l'Utah en 2003.

Le défi en terme de mise en scène était de taille pour le réalisateur anglais : faire ''un film d’action dans lequel le héros est immobile''. Les 20 premières minutes, très toniques, traduisent, par un montage nerveux avec split-screen, accélérés, musique rock, la vitalité et la fougue animant le personnage principal vite attachant. L'énergie de cette ouverture, tout en mouvements et lumières éblouissantes contraste idéalement avec la situation immobile et sombre du personnage piégé au fond d'une crevasse durant l'essentiel du récit.
Le drame déclenché, Boyle va se servir de différents outils narratifs et visuels comme le flashback, le flashforward et différents régimes d'images (images cinéma, images vidéo et photographies prises par Aron) pour matérialiser et rendre compte de l'attente insupportable, le remords dévorant, la douleur hallucinatoire. Les bidouillages visuels qui pouvaient agacer par moments dans le précédent Slumdog Millionnaire se trouvent ici complètement justifiés car utilisés pour matérialiser hallucinations, rêves d'un homme qui n'a que l'imagination pour s'évader. Une des thématiques du film, la prise de conscience de l'image que l'on s'est construite et que l'on renvoie aux autres, est ainsi illustrée par ces plans de différentes sources, ceux de l'opérateur du film comme ceux de la caméra amateur du personnage.
Inserts objets, gros plans visage et corps, le calvaire de Aron est détaillé dans la moindre de ses manifestations : douleur physique, désespoir profond, folie rampante. Filmant au plus près de son acteur stupéfiant, James Franco, Danny Boyle installe une tension qui va crescendo, les heures s'égrenant lentement pour notre héros menacé de déshydratation, d'hypothermie et qui voit tout espoir de secours s'envoler.
Sur une histoire qui fait littéralement du surplace, le réalisateur évite l'ennui avec des micro situations dramatiques (se protéger du froid, composer avec l'absence d'eau) et des envolées fantasmagoriques permettant de prendre de la distance avec cette prison naturelle, magnifique décor de canyon, où il s'est enfermé lui-même par, comme il l'avouera, égoïsme. Le sujet principal du film peut se résumer en effet à une remise en question, dans le dépassement de soi et la douleur, de sa propre existence.

Danny Boyle livre avec 127 heures un de ses meilleurs films, une expérience intense, les expérimentations visuelles et sonores coutumières du réalisateur étant comme jamais en adéquation avec le sujet bouleversant d'un homme face à la mort.

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