21 mars 2011

Route Irish / Ken Loach

En septembre 2004, Fergus (ancien des SAS) persuade son ami d’enfance Frankie (ancien para) d’intégrer son équipe d’agents de sécurité, à Bagdad, pour un salaire mensuel de 12.000 livres, non imposable. C’est leur dernière chance de “se faire du blé” dans cette guerre dont la privatisation va croissant. Ensemble, ils vont risquer leur vie dans une ville où règnent la violence, la terreur, l’impunité et l’avidité. Une ville par ailleurs inondée de milliards de dollars américains.
En septembre 2007, Frankie meurt sur la “Route Irish”, la route la plus dangereuse de Bagdad. Fergus rejette l’explication officielle et, brisé par le chagrin, retourne à Liverpool où il entame sa propre enquête sur la mort de son alter ego.

Après avoir traité de la guerre d'Espagne dans Land of freedom ou de la guerre d'indépendance de l'Irlande en 1920 dans Le vent se lève, Palme d'or 2006, le britannique Ken Loach s'attelle au conflit irakien avec Route Irish, récit d'une guerre privée. Celle que mène un ancien agent de sécurité ou contractor pour découvrir les responsables de la mort de son meilleur en ami en mission à Bagdad et par extension la guerre privatisée menée par les sociétés d'agents privés qui engragent des fortunes en moyennant leurs services dans ce pays en crise.

Selon les estimations au plus fort de l'occupation 160 000 agents privés étrangers officiaient dans le pays. Ces agents bénéficiaent alors de l'immunité vis-à-vis de la loi irakienne, par le biais de l'ordonnance 17 imposée au nouveau parlement irakien de 2003 à 2009. Des massacres de civils ont été perprétés ainsi en toute impunité (17 civils en plein Bagdad par la société Blackwater). Tueries dont certains agents professionnels sont dégoûtés à vie. Pendant que les agents risquent leur peau sur le terrain comme la Route Irish les dirigeants de leur société comme Halliburton engrangent des fortunes.

Le film de Loach raconte l'enquête menée à Liverpool par cet ancien contractor, marqué par l'horreur du conflit irakien, sur la mort de son meilleur ami dans des circonstances mystérieuses. Son obstination le mènera à s'opposer à ses anciens patrons.

Loach s'attache comme d'habitude au portrait de gens modestes évoluant dans un milieu social âpre et un quotidien grisâtre (les personnages principaux, le musicien irakien qui aide le personnage principal dans sa recherche de vérité) qu'il place dans une intrigue policière avec un sous-texte politique. L'angle d'approche du dossier irakien est particulièrement intéressant avec l'univers des contractors en s'attachant à dépeindre les répercussions psychologiques, morales de leurs actions; le sous-texte engagé avec critique du système et des politiques toujours salutaire.

Le parcours du personnage principal en quête de vérité et de morale le verra emprunter la voie glissante de la justice expéditive avec notamment une scène de torture où on sent son auteur peu à l'aise. Le cheminement intérieur de cet homme de guerre en quête de rédemption prend le pas sur le déroulement de l'enquête policière expédiée.

Dommage que Loach ne parvienne pas à trouver le bon équilibre entre le drame social centré sur un personnage en crise et le thriller politique avec une enquête policière convenue et prévisible.

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