29 août 2011

Cowboys & Envahisseurs / Jon Favreau

Arizona, 1873. Un homme qui a perdu tout souvenir de son passé se retrouve à Absolution, petite ville austère perdue en plein désert. Le seul indice relatif à son histoire est un mystérieux bracelet qui enserre son poignet. Alors que la ville est sous l’emprise du terrible colonel Dolarhyde, les habitants d’Absolution vont être confrontés à une menace bien plus inquiétante, venue d’ailleurs...

Avec son high concept détonnant (un western avec des aliens), son duo de stars charismatiques (Daniel"James Bond"Craid meet Harrison"Indiana Jones"Ford), un réalisateur in (Iron Man 1 & 2) et un wonder boy (Steven Spielberg) à la production, Cowboys & Aliens (en vf Cowboys & Envahisseurs) a de solides atouts pour être le blockbuster de l'été 2011.

Le mélange de western et de science-fiction prend agréablement, la beauté des paysages du Nouveau-Mexique et l'efficacité des effets spéciaux dûs à ILM agissant de concert pour un plaisir jubilatoire entretenue depuis le premier face-à-face entre Craig et Ford.

Si le dernier tiers est un peu faiblard en raison de quelques incohérences scénaristiques et d'un certain manque d'inspiration quand des indiens sont convoqués dans la bataille finale pour dégommer un max d'aliens comme dans un jeu vidéo, ce western du 3ème type offre sufisamment de grands moments d'action décomplexée et de savoureux numéros d'acteur (Daniel Craig en pistolero amnésique, Ford en rude propriétaire terrien et Sam Rockwell en doc valeureux) pour s'imposer comme le blockbuster le plus fun de cet été.


23 août 2011

This must be the place / Paolo Sorrentino

Cheyenne est une ancienne star du rock. A 50 ans, il a conservé un look gothique, et vit de ses rentes à Dublin. La mort de son père, avec lequel il avait coupé les ponts, le ramène à New York. Il décide de poursuivre, à travers l'Amérique, la vengeance qui hantait son père.

Paolo Sorrentino, de retour dans la compétition caanoise après Il Divo, Prix du Jury en 2008, propose avec This must be the place l'intrigue la plus étrange de la sélection : Sean Penn y incarne un rocker gothique sur le retour qui entreprend à la mort de son père la recherche à travers les Etats-Unis d'un ancien nazi afin de donner un sens à sa vie.

Après avoir posé le cadre irlandais du quotidien dépressif de la rock-star entre parties de pelote avec sa femme (Frances Mc Dormand amusante en pompier volontaire) dans sa piscine vide et déjeuners au centre commercial en compagnie d'une ami aussi torturée que lui, Paolo Sorrentino lance ce dernier sur les routes américaines pour une quête peu commune.

Inspirée par Paris Texas (hommage dans le film à Harry Dean Stanton le temps d'une courte scène) et Une histoire vraie, cette seconde partie en forme de road movie multiplie les rencontres insolites et attendrissantes jusqu'à la fin du voyage. Néanmoins cette succession de tranches de vie ne forme pas une aventure humaine vraiment mémorable pour qui a déjà goûté à ce sous-genre cinématographique. De plus la morale de l'histoire n'est pas amenée avec subtilité.

L'originalité du sujet, la sympathique b.o composée par David Byrne et la composition étonnante de Sean Penn en clone de Robert Smith (look de corbeau maquillage inclus, démarche trainante, voix chevrotante) valent néanmoins de s'embarquer dans cette quête personnelle.

22 août 2011

La piel que habito / Pedro Almodovar

Depuis que sa femme a été victime de brûlures dans un accident de voiture, le docteur Robert Ledgard, éminent chirurgien esthétique, se consacre à la création d’une nouvelle peau, grâce à laquelle il aurait pu sauver son épouse. Douze ans après le drame, il réussit dans son laboratoire privé à cultiver cette peau : sensible aux caresses, elle constitue néanmoins une véritable cuirasse contre toute agression, tant externe qu’interne, dont est victime l’organe le plus étendu de notre corps. Pour y parvenir, le chirurgien a recours aux possibilités qu’offre la thérapie cellulaire. Outre les années de recherche et d’expérimentation, il faut aussi à Robert une femme cobaye, un complice et une absence totale de scrupules. Les scrupules ne l’ont jamais étouffé, il en est tout simplement dénué. Marilia, la femme qui s’est occupée de Robert depuis le jour où il est né, est la plus fidèle des complices. Quant à la femme cobaye…

Après avoir débuté avec une série de comédies pop puis enchainé les mélodrames flamboyants, le cinéma de Pedro Almodovar explore depuis Les étreintes brisés le genre du thriller dont cette adaptation d’un texte de Thierry Jonquet intitulé Mygale révèle un parfum vénéneux et un vertige troublant.

En prenant pour personnage principal un Dr Frankenstein moderne dont les expériences de transgénèse le conduisent à créer un substitut à la peau humaine grâce à un cobaye humain, La piel que habito renvoie par son atmosphère oppressante et ses révélations troublantes aux Yeux sans visage de Franju comme aux films noirs de Fritz Lang des années 40.

Ce créateur dégénéré, privé d’émotions comme la compassion envers la souffrance d’autrui depuis qu’une série de drames familiaux l’a profondément affecté, s’oppose au personnage d’Elena dont la capacité de survie, la force intérieure font d’elle une héroïne forte parmi les plus réussies du cinéma d’Almodovar.

La qualité du script jusqu'à un twist implacable, la froideur malfaisante du personnage de Antonio Banderas (très convaincant) de retour 20 ans après dans l’univers de l’acclamé cinéaste madrilène assure à La piel que habito une tension dramatique entretenue par une mise en scène d’une grande précision.


15 août 2011

Mélancholia / Lars Von Trier

Une planète nommée Melancholia se dirige droit vers la Terre et menace d'entrer en collision avec elle...

Le danois Lars Von Trier qui n’a jamais caché ses humeurs dépressives comme moteur de la création (Antichrist a ainsi été conçu en réaction à une profonde crise personnelle) fait de cet état de spleen la matière de ce nouveau film mettant en scène deux sœurs réunies pour le mariage de la plus jeune sur fond de menace d’apocalypse.

Alors que le mariage arrangé par l’aînée est censé couler de source et être inoubliable, des tensions familiales à base de problèmes de communication entre les parents et la mariée conjuguées au trouble profond perceptible chez cette dernière en proie des démons intérieurs dévorants, tirent cet évènement vers le fiasco et l’implosion. Un clash familial couve alors qu’une autre catastrophe cette fois-ci planétaire se prépare : la planète Mélancholia se dirige dangereusement vers la Terre.

Le découpage du récit en 2 parties, plutôt sobre pour une fois, se concentre tout d’abord sur le personnage de Justine (incroyable Kirsten Dunst dans un des ses meilleurs rôles), ses états d’âmes polluant son bonheur lors du mariage puis sur celui de Claire épaulant sa sœur tant bien que mal à la suite de cet échec sentimental. Au fur et à mesure que le danger se précise toutes deux envisagent différemment la fin du monde selon leur sensibilité : Justine résignée, déjà morte, pense que la Terre ne manquera à personne, Claire consciente de ce qu’elle va perdre (une famille heureuse, un cadre de vie idyllique) panique.

Lars Von Trier influencé par le romantisme allemand et Wagner livre des séquences picturales très impressionnantes intégrées à une histoire de famille bancale avec douleurs rentrées et folie rampante où l’interprétation de Charlotte Gainsbourg et de Kirsten Dunst bouleverse jusqu’à un dernier plan parmi les plus déchirants vus dans un film apocalyptique.

Le réalisateur déjà palmé pour Dancer in the dark livre avec Mélancholia une de ses plus réussites, un film puissant, visuellement très abouti comme implacable sur le plan dramatique.