4 déc. 2012

The impossible / Juan Antonio Bayona

L’histoire d’une famille prise dans une des plus terribles catastrophes naturelles récentes. The Impossible raconte comment un couple et leurs enfants en vacances en Thaïlande sont séparés par le tsunami du 26 décembre 2004. Au milieu de centaines de milliers d’autres personnes, ils vont tenter de survivre et de se retrouver. D’après une histoire vraie.

Après le remarqué L'orphelinat (2007) le réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona passe à la vitessse supérieure pour son second film ; interprété par deux pointures (Naomi Watts et Ewan Mac Greggor) The impossible est le récit dramatique, basé sur une histoire vraie, d'une famille prise dans le terrible tsunami de 2004 en Thaïlande.

Ultra-réaliste la première partie de The impossible consacrée au déroulement de cette catastrophe naturelle est un peu ce que Il faut solder le soldat Ryan est au film de guerre : une expérience de l'horreur, immersive, redoutable, inoubliable. La séquence du raz-de-marée est en effet vraiment bluffante de réalisme douloureux grâce à un mélange de prise de vues réelles, d'effets sonores dévastateurs et des acteurs remarquables qui donnent visiblement beaucoup d'eux. A côté la mise en scène de ce même évènement traumatique dans l'Au-delà de Clint Eastwood parait bien pauvre avec ses images de synthèse peu convaincantes et son montage placide.

La suite du long-métrage consacrée à la tentative de survie et de retrouvailles de la famille séparée par cette énorme déferlante  est tout aussi intense notamment grâce au jeu exceptionnel de Naomi Watts, sans doute l'actrice contemporaine la plus simplement émouvante. Bayona, pris à quelques reprises en flagrant délit de flirt avec le pathos (musique emphatique, mise en avant pas toujours mesurée dans ses effets dramatiques de l'innocence des enfants vs l'horreur de la situation), réussit ce grand film cathartique en se reposant sur son plus efficace vecteur d'émotion, la Watts, une nouvelle fois renversante.

Thérèse Desqueyroux / Claude Miller

Dans les Landes, on arrange les mariages pour réunir les terrains et allier les familles. Thérèse Larroque devient Madame Desqueyroux ; mais cette jeune femme aux idées avant-gardistes ne respecte pas les conventions ancrées dans la région. Pour se libérer du destin qu’on lui impose, elle tentera tout pour vivre pleinement sa vie…

Dernier film du regretté Claude Miller, Therese Desqueyroux est l'adaptation très soignée du roman de François Mauriac.

La direction artistique impeccable, décors et costumes bien choisis, est au service du développement d'un drame intérieur, celui d'une femme étouffée par un quotidien, en apparence privilégié. Par petites touches, en privilégiant les non-dits et les manifestations sensibles du tumulte intérieur de son héroïne secrète, Miller raconte un drame anxiogène où une femme corsetée par les traditions et les usages de sa classe, la bourgeoisie provinciale, va payer cher sa soif de liberté.

Les acteurs brillants, Audrey Tautou très juste dans l'expression de la douleur rentrée et bonne surprise Gilles Lelouche touchant en mari trahi qui révèle une sensibilité inattendue, font palpiter cette histoire tragique qui malgré sa facture classique (récit linéaire, mise en scène épurée) marque par son intensité dramatique, surtout dans le dernier tiers et interpelle par son sujet somme toute intemporel.

1 déc. 2012

2 days in New-York / Julie Delpy

Marion (Julie Delpy) est désormais installée à New York, où elle vit avec Mingus (Chris Rock), un journaliste de radio, leurs deux enfants qu’ils ont eus de relations antérieures et un chat. Le couple est très amoureux ! Marion est toujours photographe et prépare son exposition. Son père, sa sœur et son petit copain (qui est en fait l’ex de Marion et qui n’était pas prévu du tout) débarquent à New York pour le vernissage. Le choc des cultures mais surtout les personnalités débridées des trois arrivants vont provoquer un véritable feu d’artifice entre Mingus, un vrai « newyorker », Marion disjonctée sur les bords, son père qui ne parle pas un mot d’anglais, sa sœur toujours en phase avec ses problèmes freudiens, et son petit ami… no comment ! Vous pouvez deviner la suite, ou pas…


Suite 4 ans après de 2 days in Paris, 2 days in New-York toujours signé Julie Delpy recèle à nouveau pour notre plus grand plaisir de nombreux dialogues savoureux débités avec énergie, des situations délurées où l'absurde est souvent convoqué (la séquence hallucinante avec Vincent Gallo en guest, apparition de Daniel Bruhl en fée alter mondialiste) et des personnages bien cintrés (une famille française légèrement envahissante).

Si l'histoire fait du surplace, Julie Delpy dynamise sa comédie par un verbiage constant, des dialogues souvent crus, un esprit farcesque où le portrait, croqué par la réalisatrice expatriée, de ces français est assez chargé : père rabelaisien joué par le propre père de Julie Delpy, soeur exhibitionniste légèrement nympho, beau-frère glandeur, cet échantillon de frenchies, révélés entre autres sales et sans-gêne, est le vecteur d'un comique assez redoutable. La comédie s'articule en effet autour de l'intervention d'éléments perturbateurs au sein d'un foyer tranquille (un véritable débarquement de français dans une famille recomposée new-yorkaise) et de fait du décalage culturel entre les deux groupes. Les quiproquos s'enchaînent alors avec générosité entre un Chris Rock, pour qui Delpy a écrit ce scénario, désolé par l'attitude de sa belle-famille et des français décomplexés et/ou névrosés .

Avec 2 days in New-York, la touche à tout Julie Delpy qui, en véritable auteur signe outre le texte, la mise en scène et la musique, confirme une écriture comique percutante (art du dialogue qui claque) avec un attachement pour les personnages border-line et n'oublie pas de glisser quelques notes tendres en abordant avec un mélange de poésie et d'humour décalé le sujet de la mort expliquée aux enfants grâce à un théâtre de marionnettes.

Test blu-ray
Bien définies et détaillées, les images de cette comédie aux décors en majorité intérieurs sont dans la norme d'une respectable édition hd d'un film récent. 
Pas d'ambiances riches pour ce film dont l'architecture sonore est essentiellement composé de dialogues bondissants restitués avec clarté.

Bonus
L'unique bonus de cette édition hd France télévisions est une masterclass, à l'ambiance décontractée, avec l'attachante Julie Delpy (44'). DVD et copie digitale du film sont inclus dans le boitier.

Sorti en DVD le 31 août 2012, édité par France Télévisions Distribution.
Chronique réalisée en partenariat avec Cinetrafic.fr

4 nov. 2012

Skyfall / Sam Mendes

Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel… 

Pour ses 50 ans de cinéma, le célèbre agent secret 007 s'est offert la crème des professionnels du cinéma : à la mise en scène Sam Mendes reconnu pour ses drames psychologiques (Les noces rebelles), à la photographie le chef op des frères Coen Roger Deakins et un casting en or avec entre autres Ralph Fiennes et Javier Bardem aux côtés des impeccables Daniel Craig et Judi Dench.

Encadré par un prologue situé en Turquie, parmi les plus spectaculaires de la saga et une partie de campagne écossaise d'une grande intensité dramatique, Skyfall séduit par l'élégance de sa mise en scène qui exploite à merveille le potentiel cinématographique de magnifiques décors où se déroule l'intrigue de ce Bond qui à bien des égards est un retour aux sources.

A l'image du travail effectué par Christopher Nolan sur le dark knight qui nous a présenté les origines du mythe dans Batman Begins avant de le faire vaciller dans The dark knight rises, Sam Mendes évoque la résurrection d'un homme, renaissance dont le prix est l'affrontement avec les fantômes du passé : le passé de M en la personne du psychopathe Silva revient la hanter, l'enfance de Bond a une grande place dans le dernier acte. Excellent directeur d'acteurs, Mendes s'appuie sur un magnifique trio pour constituer le coeur dramatique de son récit qui est avant tout une histoire de famille complexe où se débattent pour survivre Daniel Craig, Judi Dench et Javier Bardem. Les silences et les regards ont toute leur place dans ce Bond qui propose de nombreuses respirations pour mieux dégainer des scènes d'action très bien orchestrées (oublié le montage frénétique des scènes d'action peu inspirées de Quantum of solace).
Ce troisième Bond sous l'aire Craig, décidément le meilleur interprète de 007 avec Sean Connery, est le retour jubilatoire aux fondamentaux de la saga, des personnages phares (Q,  miss Moneypenny) aux gadgets et véhicules (le Walter PPK version 5.1.1, l'Aston Martin DB5) en passant par quelques brins d'humour. De plus un James Bond qui se respecte se doit de présenter un méchant redoutable : Javier Bardem compose un bad guy d'anthologie, hacker péroxydé très dérangé entre le Joker et Max Zorin.

Tous les ingrédients d'un Bond réussi ont été réunis dans un shaker manipulé avec un grand professionnalisme par Sam Mendes. Le résultat tient de l'excellence. Bon anniversaire, Mr Bond.

22 oct. 2012

Amour / Michael Haneke

Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l’étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d’une petite attaque cérébrale. Lorsqu’elle sort de l’hôpital et revient chez elle, elle est paralysée d’un côté. L’amour qui unit ce vieux couple va être mis à rude épreuve.

Chronique cannoise

Trois ans après sa Palme d’or pour le Ruban Blanc l’autrichien Michael Haneke est de retour en compétition avec Amour, film plus modeste centré sur un couple de personnages âgées devant faire face à la maladie de l’épouse.
Haneke a choisit de raconter l’histoire simple et tragiquement ordinaire mais assez rare au cinéma d’un couple dont l’un des membres s’éteint peu à peu devant l’autre, condamné par la maladie.

Le quotidien du couple avant et après le drame est détaillé de manière clinique : le début du film nous montre le bonheur d’assister à un concert de musique, la complicité à la table du petit déjeuner puis, après l’hospitalisation, la répétition des soins médicaux, des gestes et des mots apaisants pour faire oublier la douleur qui va croissant.
Le sujet de la fin de vie comme la forme dictée par le huis clos avait de quoi inquiéter. Pourtant l’apparente sécheresse de ton liée au choix d’un dispositif cinématographique (absence de musique, plans fixes) qui bannit le chantage à l’émotion ou une dramatisation spectaculaire n’empêche pas le film d’être très émouvant grâce au travail des deux acteurs principaux, sans oublier la fidèle Isabelle Huppert.

Le grand Jean-Lous Trintignant qui n’avait pas tourné depuis de nombreuses années et la formidable Emmanuelle Riva forment ce couple attachant dont l’histoire dramatique, montrée frontalement par Haneke qui s’autorise une poignée de scènes rêvées bien intégrées au récit, sonne douloureusement juste.

Amour et son histoire universelle est le film le plus accessible de son auteur, un de ses plus réussis où la forme épurée, sans artifices est au service d’une interprétation magistrale et renversante.


MAJ : Amour a remporté la Palme d'Or du 65ème festival de Cannes

18 oct. 2012

In another country / Hong Sang-soo

Dans un pays qui n’est pas le sien, une femme qui n’est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite...

Poursuivant ses expériences de cinéma à l'étranger, Isabelle Huppert a collaboré avec le réalisateur coréen Hong Sang-soo pour cette comédie légère où une même histoire est décliné en 3 variations. Elle y incarne peu ou prou la même femme face à une poignée d’acteurs reprenant à des modulations près leurs rôles du premier segment.  

Au final un sentiment de vacuité domine ce  In another country : Isabelle Huppert,  une Française frivole et insouciante en vacances en Corée pour retrouver son amant, passe son temps à chercher un phare et à draguer un maître nageur simplet, on y boit beaucoup de soju en disant des banalités, bref le tout est assez soporifique et laisse l’impression d’avoir été improvisé par Hong Sang-soo qui tout à son excitation de faire tourner notre plus grande actrice a oublier d'écrire un scénario.
Sinon à souligner une très bonne imitation de chèvre par Isabelle Huppert, décidément prête à relever tous les défis!

15 oct. 2012

Contrebande / Baltasar Kormakur

Chris Farraday a tiré un trait sur son passé criminel et s’est construit une vie paisible avec sa femme Kate et leurs deux fils, jusqu’au jour où son jeune et naïf beau-frère Andy manque à ses engagements dans une opération de trafic de drogues montée par l’inquiétant petit caïd local Tim Briggs. Pour aider Andy à s’acquitter de sa dette, Chris est forcé de reprendre du service et se tourne vers ce qu’il connaît le mieux : la contrebande.
Avec l’aide de son meilleur ami Sebastian, Chris s’assure la coopération de quelques relations éprouvées, dont son ami d’enfance Danny Rayner, et élabore un coup qui devra lui assurer des millions en faux billets, contre un simple aller-retour au Panama, ce sous l’oeil suspicieux du Capitaine Camp que des antécédents houleux avec le père de Chris rendent d’autant plus méfiant.
L’opération s’avère vite être une impasse. Chris n’a plus que quelques heures pour mettre la main sur le butin. Il va devoir faire appel à des talents auxquels il avait renoncé depuis longtemps et naviguer entre la pègre locale, la police et les douanes, avant que sa femme et leurs fils ne servent de dédommagement à Briggs.

Remake du film islandais Reykjavik-Rotterdam réalisé par un des acteurs de l'original, Contrebande cumule tous les ingrédients de la bonne série B d'action virile : une histoire de braquage impossible avec moults péripéties, de multiples personnages avec des profils parfois troubles, un casting jeune et sexy (Mark Wahlberg, Ben Foster, Giovanni Ribisi, Kate Beckinsale).

Si le déroulement de l'intrigue sent le réchauffé et est sans surprises, la réalisation nerveuse sans être tape-à-l'oeil assure le spectacle d'autant plus que les situations dramatiques souvent rocambolesques (la séquence à Panama) se multiplient jusqu'à un final assez tendu. La mise en scène de Baltasar Kormakur vise une certaine urgence, un réalisme brut à la Michael Mann auquel on pense beaucoup lors du prologue nocturne et de la scène musclée de braquage d'un fourgon blindé qui, sans atteindre la précision visuelle du réalisateur de Heat, s'avère assez redoutable. Cette recherche d'action réaliste va de pair avec le souci de présenter un environnement populaire authentique comme cadre de l'intrigue.
En effet la peinture du monde ouvrier dans lequel évolue le héros sonne juste, des détails dans les décors aux attitudes des personnages. A cet égard Mark Walhberg est une nouvelle fois à son aise dans la peau d'un prolo qui lutte pour s'en sortir. L'acteur de Fighter est bien entouré par de solides seconds couteaux (Ben Foster, Giovanni Ribisi) qui apportent une certaine subtilité et profondeur via un regard troublé, un comportement surprenant, à des rôles sur le papier stéréotypés.

Recyclage habile des figures narratives et stylistiques du genre avec un casting solide qui a fait ses preuves dans cet univers musclé, Contrebande assume visiblement, en toute décontraction, son statut de série B d'action efficace et divertissante, généreuse dans son empilement de situations dramatiques, stylée et cool dans son exécution jusqu'à un générique final au son du jubilatoire Boom Boom de John Lee Hooker.


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Test blu-ray

Technique


Contrebande présente de nombreuses scènes nocturnes avec un grain jamais envahissant et qui n'est pas incompatible avec une précision affirmée. Le reste du métrage notamment la séquence au Panama, avec une belle lumière et des couleurs marquées, est exemplaire en terme de piqué.

Pas d'effets sonores démesurés mais une efficacité certaine lors de la fusillade liée à un braquage de fourgon. La piste anglaise en DTS HD Master audio a plus d'ampleur que son homogue française.

Bonus

Au programme des bonus de cette édition blu-ray Universal figure le traditionnel commentaire audio, le réalisateur Baltasar Kormakur étant accompagné pour l'exercice par le producteur Evan Hayes.

Un making-of (13') classique avec extraits du tournage à la Nouvelle-Orléans et interviews du casting est proposé aux côtés d'un module axé sur les cascades et l'action de Contrebande (8') d'où ressort une recherche de réalisme dans les scènes de combats effectués en grande partie par les acteurs très volontaires et motivés.

7 scènes coupées sont également proposées (7') : dans le lot de ces scènes additionnelles et prolongées on retiendra une bonne scène coupée mettant en scène la famille du personnage de Mark Walhberg visitant au parloir le père de ce dernier.

Enfin la copie numérique du film est offerte.

2 oct. 2012

Bellflower / Evan Glodell

Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment "la Medusa". Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire. 

Réalisé par Evan Glodell qui multiplie les casquettes (acteur, scénariste, moteur, producteur) pour son premier long métrage, Bellflower a fait sensation au Festival de Sundance 2011.

Le sujet de l’apocalypse court pendant tout le film : deux amis fans de Mad Max construisent un lance-flamme et retapent une voiture, une muscle car en l’occurence une Buick Skylark de 1972 pour être prêts à affronter un monde hostile et dangereux, par opposition à leur univers de geeks désoeuvrés et glandeurs où l’alcool et la défonce anesthésient. Cette obsession, se préparer pour un futur apocalyptique, va de pair, le film se déroulant, avec le cataclysme qui éclate dans la tête du personnage principal joué par Evan Glodell : une rupture sentimentale donne lieu à une déchéance physique (corps progressivement meurtri) et une psyché perturbée qui va conduire à un brutal déferlement de violence dans le dernier tiers. 

L’étude comportementale menée par le réalisateur est juste, les deux personnages envisagés au départ comme des glandeurs superficiels deviennent attachants, plus profonds et sensibles que prévus, leur sens de l'amitié étant un atout pour faire face à un avenir incertain. Si le film peine à décoller, à l’image des personnages qui passent leurs journées à ne rien faire d’essentiel et de sérieux, l’engagement touchant de notre anti-héros dans une histoire d’amour et la déchirure liée à sa sortie brutale sonnent juste; cette authenticité dans les relations humaines est à mettre au crédit du film. Une rupture sentimentale fait glisser le récit vers la violence psychologique et physique. Le rythme s’emballe, le film palpite nerveusement (chronologie temporairement perturbée, comportement suicidaire, jusqu’au-boutiste du personnage principal à la tension nerveuse exacerbée) jusqu’à la sensation d’incandescence des derniers plans, un point de non retour est alors atteint.

Si le postulat de départ est mince et les enjeux narratifs limités, comment faire face à une déception sentimentale et survivre à une passion amoureuse destructrice, d’où quelques baisses de rythme, la réalisation est habile à traduire le glissement d’un quotidien insouciant marqué par l’oisiveté et la frivolité à la folie rampante. Pour un long métrage au budget ridicule (17000$) le travail sur l’image et le son s’avère remarquable et l’expérience sensorielle pour le spectateur assurée. Ce portrait sombre d’une jeunesse oisive, sentimentalement déconnectée (famille absente,  relations amoureuses jetables) s’accompagne d’une image sale, de couleurs altérées, à l’image des cœurs, des sentiments, brisés, contaminés.

Derrière la réalisation maniériste (ralentis, couleurs bidouillées, séquence onirique dantesque) la mélancolie affleure et le point de vue sur une jeunesse immature et désabusée se révèle intéressant, relayé par une bonne interprétation, Glodell en tête. Le jeune réalisateur de Bellflower a assurément du talent à revendre, à suivre donc pour un nouveau projet dont on espère l’histoire plus solide que celle de ce premier film néanmoins assez marquant pour un tel budget.

Le DVD du film est disponible depuis le 4 septembre chez Zylo: http://www.zylo.net/?and=front/product/838

Critique en partenariat avec Cinetrafic.fr 

29 sept. 2012

Vous n'avez encore rien vu / Alain Resnais

Après sa mort, Antoine, homme de théâtre, fait convoquer chez lui tous ses amis comédiens ayant joué dans différentes versions de sa pièce Eurydice. Il a enregistré, avant de mourir, une déclaration dans laquelle il leur demande de visionner une captation des répétitions de cette pièce : une jeune troupe lui a en effet demandé l'autorisation de la monter et il a besoin de leur avis...

Après Les herbes folles Alain Resnais a choisi d’adapter deux pièces de Jean Anouilh, Eurydice et Cher Antoine pour une histoire avec différents niveaux de réalité où la langue de théâtre assure les correspondances entre ce que les personnages, tous interprétés par un groupe d’acteurs fétiches interprétant leur propre rôle, voient sur l’écran (les répétitions filmées d’une jeune troupe) et rejouent envahis par leurs souvenirs.

La construction du récit de Vous n'avez encore rien vu, allers-retours entre l’interprétation des amis du défunt joué avec malice par Denis Podalydès et celle des comédiens de la captation, relève quelque part de l’onirisme, d’un plaisir ludique à plonger ses acteurs (Lambert, Arditi, Azéma, Amalric et co) dans des situations de jeu où ils recréent, revivent des émotions dans des rôles qu’ils auraient tenus par le passé sur les planches, dans des décors se démultipliant pour établir des correspondances entre les différentes aires de jeu.

Accompagnée de la musique atmosphérique de Mark Snow (X-Files) la mise en scène multipliant les mouvements de caméra et les trucages (décors prolongés par les images de synthèse, effacement subit d’un personnage pour lui faire quitter la scène) témoigne d’un réel art de conteur, une jubilation sans doute ressenti par le spectateur qui s’abandonnera devant cet objet filmique innervé par un amour nostalgique du verbe et des comédiens.
Néanmoins le concept du film pourrait s’avérer pompeux pour ceux qui n’entreront pas dans l’univers décalé de Alain Resnais.

La cabane dans les bois / Drew Goddard

Cinq amis partent passer le week-end dans une cabane perdue au fond des bois. Ils n’ont aucune idée du cauchemar qui les y attend, ni de ce que cache vraiment la cabane dans les bois…


Pur film de geek, scénarisé par Joss Whedon (Avengers) et Drew Goddard (Cloverfield), La cabane dans les bois avait de quoi intriguer avec son duo de scénaristes dans le vent et son accroche teaser percutante « Vous croyez connaître l'histoire, vous pensez déjà connaître la fin » couplée à une affiche mystérieuse.

Divisé en 3 actes, le récit est clairement un hommage aux films de terreur et d'horreur qui ont nourri la cinéphilie et le travail des deux hommes. Avec ce groupe de jeunes gens partis s'éclater dans une demeure perdue dans les bois, Drew Goddard, pour sa première réalisation, arpente les sentiers balisés du slasher avec ses codes narratifs (succession de disparitions et de meurtres, de la blonde écervelée à l' intello outisder), ses codes esthétiques (noirs, brumes profonds et inquiétants) avec lesquels il s'amuse. Les références à Raimi, Romero, Roth se multiplient avec jubilation dans ce film malin qui paie tribut à ces maîtres du genre tout en essayant de proposer une alternative au récit classique d'horreur.

La nature de la menace, originale (je n'en dirai pas plus par respect pour le travail des auteurs), se révèle en deux temps : très vite les scénaristes dévoilent l'identité des traqueurs, bien plus organisés et retors qu'à l'accoutumée!Puis dans le dernier acte est exposé le sens d'une telle entreprise sanguinaire : le film bascule alors dans le fantastique au risque de déséquilibrer les fondations échafaudées méticuleusement dans les deux premiers tiers. Ce virage fantastique s'accompagne malheureusement de scènes grand-guignolesques, d'effets numériques cheap dans ce qui ressemble à un pur fantasme de geek maladroitement plaqué sur une intrigue jusque là surprenante et bien tenue. Si le dernier tiers tient difficilement la route force est de reconnaitre la tentative bienvenue du duo Whedon/Goddard de renouveler le genre.

Malgré un dernier acte raté sur le plan narratif comme visuel, La cabane dans les bois demeure une proposition cinématographique recommandable, ses auteurs biberonnés aux films d'horreur ayant un discours frais à la fois plein de respect et d'audace sur le genre.

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Test DVD

Technique
Dans les limites du support, l'image SD est très convenable vu le nombre de scènes problématiques : le film présente beaucoup de scènes en basse lumière où le piqué est un peu en retrait et les contrastes moins marqués que dans le reste du métrage se déroulant en lumière artificielle ou en extérieurs (les premières minutes). Le grain cinéma présent (tournage en Super 35 mm) n'est nullement une gêne, bien dans l'esprit des classiques du film d'horreur (Evil dead, La Nuit des Morts-Vivants) auquel cette Cabane dans les bois rend hommage.
Les deux pistes Anglais Dolby Digital 5.1, Français Dolby Digital 5.1 offre un bon mixage avec musique, bruitages et voix.


Bonus


Débutons la section bonus, bien agencée, de cette édition DVD Metropolitan, par Les coulisses du tournage (27')
Ecrit à quatre mains par Joss Whedon et Drew Goddard, des collaborateurs depuis 10 ans, La cabane dans les bois est présenté par son réalisateur comme "une lettre d'amour aux films d'horreur".
Le réalisateur de ce film, Drew Goddard, révèle dans ce documentaire ses intentions : "Il ne faut pas corrompre un genre mais l'adopter tout en essayant de faire quelque chose de nouveau". Il ajoute avoir voulu "faire du neuf et faire honneur à ses prédecesseurs".
Joss Whedon, réalisateur heureux de Avengers,  a cumulé deux casquettes sur ce film tourné au Canada : scénariste et réalisateur de seconde équipe. L'homme nous apprend que le tournage de la séquence finale dans un centre d'entrainement aéronautique a été plus difficile à mettre en boîte que tout le reste du film.
 

Sont ensuite proposés deux modules de making-of :
Maquillage (11')
La volonté de Drew Goddard pour sa première réalisation était d'utiliser le moins possible d'effets numériques et images de synthèse. Ainsi un gros travail de maquillage et de création d'animatroniques a été effectué, en un temps limité apprend-on.
Les effets visuels (11')
Les effets numériques ont été utilisés en dernier recours, pour ce qui était irréalisable avec les effets traditionnels. La dernière séquence a notamment mobilisé fonds verts et vidéos de pré-visualisation dans le but de proposer un mélange convaincant entre éléments du monde réel et infographie.
Dans le module La planque secrète, découpé en 2 brèves parties, des visites du plateau vous sont proposés par respectivement l'interprète de Marty, Fran Kranz et Joss Whedon dans La planque de Marty et Mon nom est Joss (5').

Supplément sympathique, Wonder-con : rencontre avec Joss et Drew (26') est la rencontre animée entre toute décontraction par un journaliste du L.A Times entre les deux architectes du film et le public.

17 sept. 2012

Des hommes sans loi / John Hillcoat

1931. Au cœur de l’Amérique en pleine prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.


Signataire d'une adaptation réussie du chef d’œuvre littéraire de Cormac Mac Carthy La route et d'un superbe western The proposition sortis en 2009, l’australien John Hillcoat a les honneurs de la sélection cannoise avec un film de gangsters à la facture hollywoodienne, Lawless.
D’après le livre Pour quelques gouttes d’alcool  de Matt Bondurant sur l’histoire de son grand-père et de ses grands-oncles, l’intrigue de Des hommes sans loi est située en 1931 au cœur de l’Amérique en pleine prohibition, une période qui a beaucoup inspiré le cinéma avec récemment Public enemies et à la TV Boardwalk empire.


Situé en milieu rural, dans un comté reculé de Virginie, le décor principal évoque le cadre du western, hommage d’autant plus manifeste que toutes les figures de ce genre fondateur du cinéma hollywoodien sont réunis : fratrie soudée luttant pour sauver leur commerce tout en perpétuant leur légende, belle inconnue accrochant l’intérêt du frère cadet, représentant de la loi corrompu et sadique obsédé par la chute des frères, violents affrontements finissant par un règlement de compte très sanglant.

Dans la tradition d’un cinéma classique, Lawless déroule une intrigue solide où il est question d’affirmation de soi (le jeune frère effacé devient un homme visionnaire), de recherche de prospérité (le sentiment d’immortalité de cette famille plutôt attachante de distillateurs d’alcool de contrebande dont le commerce grossit).

Niveau mise en scène, John Hillcoat délivre un bon travail de faiseur sans vraiment emballer.  
Mélange de blues et de folk, la  bo composé par Nick Cave qui signe également le scénario et les dialogues est l’atout majeur de ce bon film de gangsters avec son casting quatre étoiles où l’on retrouve la star montante Tom Hardy, l’étonnant Shia LaBeouf et l’excellent Guy Pearce dans un rôle de méchant survolté. La belle Jessica Chastain apporte un peu de douceur dans ce monde violent de gangsters qui a toujours fasciné le cinéma et le public.

16 sept. 2012

The proposition / John Hillcoat

Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif... Le Capitaine Stanley s'est juré de "civiliser" le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mike. Les bandits ont été jugés responsables de l'attaque de la ferme Hopkins et de l'assassinat de toute une famille.
Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, s'est réfugié dans la montagne. Le Capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n'a que neuf jours pour s'exécuter...


Scénarisé par le musicien Nick Cave également auteur des noires complaintes qui parsèment le récit, The proposition est un western peu commun de par son cadre tout d’abord l’outback du 19ème siècle et son traitement : loin d’une chasse à l’homme classique il propose de suivre le parcours intérieur de deux hommes en plein crise de conscience. L’un (Guy Pearce méconnaissable) doit trahir son frère recherché pour meurtre, l’autre (formidable Ray Winstone) doute progressivement sur le bien-fondé de ses actions placées sous l’insigne de la loi. 

Encadré par deux déchainements de violence très brutale le récit navigue entre chant crépusculaire qui dit la barbarie des hommes condamné à se trahir, tuer son prochain et rêverie mystique où la beauté de la nature est magnifiée par des plans sublimes dont se délecte le bandit joué avec fièvre par Danny Huston. Hillcoat rend paradoxalement ce méchant mythologique, très attaché aux valeurs familiales, plus attachant que les représentants de la loi ou les villageois envenimés par une haine raciste et une soif d’auto justice. C’est le seul personnage à comprendre cette nature majestueuse mais sauvage et aride qui constitue pour les colons anglais, dépeints comme des barbares sanguinaires envers les aborigènes, un enfer. 

Le film multiplie les contrastes entre ces paysages désertiques emplis de quiétude et les tourments des personnages principaux dévorés par la culpabilité qui s’exprime chez le capitaine Stanley venu civiliser le pays par de récurrents maux de tête, entre l’espace ouvert de l’outback et la prison ou bien encore la maison victorienne où se réfugie Stanley et sa femme, l’intérieur et l’apparence de ces derniers avec la saleté et les mines patibulaires des bandits.

La rigueur de la mise en scène alliée à un ton élégiaque fait de ce western australien une très bonne surprise.

The proposition est disponible en DVD chez SPHE avec en bonus un making-of

14 sept. 2012

Radiostars / Romain Lévy

En plein échec professionnel et sentimental, Ben, qui se rêvait comique à New York, est de retour à Paris. Il rencontre Alex, présentateur-vedette du Breakfast-club, le Morning star de la radio. Avec Cyril, un quadra mal assumé, et Arnold, le leader charismatique de la bande, ils font la pluie et le beau temps sur Blast FM. Très vite Ben est engagé : Il écrira pour eux. Alors qu’il a à peine rejoint l’équipe, un raz de marée frappe de plein fouet la station : l’audience du breakfast est en chute libre. C’est en bus qu’ils sillonneront les routes de France pour rencontrer et reconquérir leur public. Pour ces Parisiens arrogants, de ce road trip radiophonique naîtra un véritable parcours initiatique qui bousculera leurs certitudes.

Dans le genre du film radiophonique la comédie pop Good morning england réalisé par l'anglais Richard Curtis en 2009 est une récente référence où la qualité de la bande-son (The Who, The Beach boys...) et son incroyable casting de gueules (Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Bill Nighy, Kenneth Branagh) ont enthousiasmé la planète cinéma. Désormais il faudra compter avec le français Radiostars de Romain Lévy qui réunit de nombreux atouts pour pour vous embarquer dans l'aventure : un rythme bondissant, un  formidable groupe d'acteurs et un humour potache qui fait mouche à chaque réplique de ce road movie.


Emmené par l'irrésistible duo Manu Payet/Clovis Cornillac, la bande du Breakfast club est en effet contraint, suite à une perte d'audience, de partir sur les routes pour rencontrer leur public. Les numéros comiques (parmi les séquences mémorables citons une partie de golf partant en live, la performance  inattendue d'un rappeur sensible dans un fast-food, l'impro d'une chanson absurde dans le bus de la tournée)  s'enchainent alors avec générosité sans oublier des scènes plus posées offrant à chaque acteur le loisir d'approfondir son personnage derrière le masque de l'amuseur.

Attachant film de potes où la somme des individualités créée la force du groupe, Radiostars allie l'humour d'une comédie à la Judd Apatow avec ces funny people maîtres dans l"art de la répartie comique à une énergie rock dans la construction du récit typique des meilleurs road-movie mettant en scène des artistes (de la vanne, de la musique) comme Presque célèbre ou Good morning england

Drôle et euphorisant, Radiostars est une des plus réussies propositions comiques françaises de cette année.
Radiostars est disponible en DVD et blu-ray chez TF1 Vidéo. Au programme des bonus des 2 éditions : making of et scènes coupées.

31 août 2012

Nouveau départ / Cameron Crowe

Père célibataire, Benjamin Mee (Matt Damon) a bien du mal à élever ses deux jeunes enfants. Espérant resserrer les liens familiaux,il décide de prendre un nouveau départ,plaque son travail et achète une vieillemaison sur une immense propriété, qui ala particularité d’abriter un zoo délabré.
Plusieurs dizaines d’animaux, ours, tigres et bien d’autres, vivent en effet au Rosemoor Animal Park, où la gardienne Kelly Foster (Scarlett Johansson) et son équipe dévouée tentent de maintenir les installations tant bien que mal. Sans la moindre expérience, avec très peu de temps et d’argent, Benjamin Mee et les siens vont tout mettre en oeuvre pour réhabiliter le zoo et vivre ainsi leur plus grande aventure…

7 ans après des rencontres à Elizabethtown guère convaincantes, le réalisateur  Cameron Crowe est de retour avec Nouveau départ (We bought a zoo), adaptation du livre de Benjamin Mee intitulé "We Bought a Zoo : The Amazing True Story of a Broken-Down Zoo and the 200 Animals That Changed a Family Forever".

S'il ne retrouve pas la force dramatique de Jerry Maguire ou l'énergie euphorisante de Presque célèbre, Crowe réussit à rendre captivante voire touchante cette aventure familiale plutôt originale.
Tous les ingrédients d'un spectacle tout public sont réunis pour assurer la réussite de ce film basé sur une histoire vraie : une expérience humaine où il est question de surmonter un deuil grâce à la solidarité et l'amour, des animaux partout à l'image, un duo glamour Damon/Johansson autour duquel gravitent des personnages attachants, une musique envoûtante. Crowe lie tout cela avec des dialogues bien sentis lors de situations amusantes (les scènes liées aux problèmes d'intendance et d'aménagement du zoo) et d'autres plus grave où la sensibilité du réalisateur est manifeste lors d'échanges familiaux parfois très intenses (l'affrontement verbal père/fils). Comme souvent chez le réalisateur la musique est judicieusement choisie : additionnée à la superbe photo de Rodrigo Pietro, la bo composée par Jonsi, le leader de Sigur Ros, offre de beaux moments lyriques.
Si le scénario n'offre aucune surprise jusqu'à la fin archi-prévisible l'ensemble dégage une vraie sincérité et authenticité (le vrai Benjamin Mee et sa famille apparaissent dans la dernière séquence) très appréciables, Crowe se tenant à distance respectable des sirènes de la sensiblerie larmoyante qu'un tel sujet peut appeler.
Même si à deux reprises le trait est un peu trop appuyé niveau émotion, le film sonne juste et s'avère attachant grâce à ses comédiens en premier lieu Matt Damon, irréprochable en père de famille courage.
Son duo avec Scarlett Johansson, craquante en girl next door, est un atout fort pour ce feel good movie qui est une belle leçon de vie doublé d’un hommage sincère au personnel passionné des zoos du monde entier.

Test blu-ray
Technique
La qualité de l'encodage et du master est optimale. Principale bénéficiaire : la colorimétrie, riche et nuancée dans le respect du travail parfait du chef op Rodrigo Prieto.
Direction la piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 pour apprécier le jeu des comédiens évidemment et se délecter du très bon travail sonore effectué sur ce film où la musique de Jonsi et les ambiances naturelles avec de multiples interventions d'animaux se déploient sur toutes les enceintes.
Bonus

Le beau menu animé vous propose tout d'abord le commentaire audio (sous-titré) du réalisateur Cameron Crowe, du monteur Mark Livolsi et du comédien J.B. Smoove.


Puis un copieux making-of (76') revient dans le détail sur l'aventure du film : de la rencontre avec Benjamin Dee dont l'histoire personnelle a servie de base au film au tournage à l'été 2011 en passant par la construction du décor principal et les répétitions des acteurs. Le travail en équipe dans la bonne humeur y est manifeste. Une bonne partie de l'équipe intervient pour souligner notamment le plaisir à travailler avec Cameron Crowe, l'un des rares réalisateurs hollywoodiens à diffuser de la musique pendant les prises et évoluer à proximité de nombeux animaux (lion, tigres, singe capucin, ours, binturong...) dont le travail de dressage est assez incroyable.

Un florilège de scènes inédites et intégrales (37') est également au programme. On retiendra une scène prolongée d'évasion d'un ours et de sympathiques scènes avec les personnages secondaires mettant en valeur l'effort collectif.

La featurette Parce qu'ils sont heureux (17') est consacrée à l'enregistrement de la musique composée par Jonsi, le leader du groupe Sigur Ros. Cameron Crowe a collaboré étroitement avec l'artiste islandais afin de faire de la musique "un personnage aux côtés de Damon et Johansson".

Le vrai Mee est la rencontre très intéressante avec Benjamin Dee qui relate son aventure incroyable à la base du film.

Le bétisier (7') avec ses blagues, ses fous rires témoigne de la bonne ambiance du plateau.

Enfin la galerie photo du photographe de plateau Neal Preston et une bande-annonce complètent cette riche galerie de bonus.

Le DVD du film est inclus dans cette édition FPE très réussie.


26 août 2012

Total Recall Mémoires Programmées / Len Wiseman



Modeste ouvrier, Douglas Quaid rêve de s’évader de sa vie frustrante. L’implantation de souvenirs que propose la société Rekall lui paraît l’échappatoire idéale. S’offrir des souvenirs d’agent secret serait parfait… Mais lorsque la procédure d’implantation tourne mal, Quaid se retrouve traqué par la police. Il ne peut plus faire confiance à personne, sauf peut-être à une inconnue qui travaille pour une mystérieuse résistance clandestine. Très vite, la frontière entre l’imagination et la réalité se brouille. Qui est réellement Quaid, et quel est son destin ?

22 ans après la version culte réalisée par Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger, la nouvelle "Souvenirs à vendre" du romancier américain Philip K.Dick a fait l'objet d'une nouvelle adaptation avec derrnière la caméra Len Wiseman et Colin Farrell dans le rôle double de Douglas Quaid / Hauser.

Dans ce Total Recall version 2012 il n'est plus question de Mars comme terrain de jeu, pas plus que dans la nouvelle de K.Dick soit dit en passant mais de la Terre, dirigée par deux états-mondes bien distincts : la Fédération Unie de Grande-Bretagne et la Colonie. L'ironie et la paranoïa qui faisaient le sel de la version Verhoeven ont laissé place à un esprit de sérieux où il est question de machination politique à grande échelle que le héros doit faire échouer au fil de nombreuses péripéties empilées avec exaltation.

Aux thèmes porteurs en terme dramatique de la double identité et des dérives du pouvoir politique, le récit préfère la frénésie de courses-poursuites ininterrompues dont l'orchestration et la toile de fond rappellent de nombreux références du cinéma d'action hollywoodien. L'esthétique de ce Total Recall Mémoires Programmées est certes soignée, des effets spéciaux très réussis en premier lieu mais le résultat à l'image sent trop le réchauffé pour emballer. Dans le souci de plaire au plus grand nombre, le film rassemble alors, dans une démarche syncrétique certes efficace, pour masquer l'absence d'un véritable point de vue, des idées à des films comme Blade runner (l'aspect architectural de la Colonie renvoie à la mégalopole pluvieuse du film de Ridley Scott), La vengeance dans la peau (une poursuite effrénée sur les toits), l'incontournable Minority Report pour le look des véhicules et de la technologie du futur ou bien encore L'attaque des clones avec la production en masse de soldats synthétiques.

Dans le rôle de l'agent double jadis tenu par Arnold Schwarzenegger, Colin Farrell assure en action man face à la redoutable Kate Beckinsale en ex-femme peau de vache. Les excellents Bryan Cranston et Bill Nighy sont malheureusement sous-exploités, victimes du rythme infernal imposé par Len Wiseman dans ce remake divertissant mais sans personnalité et sans saveur.

25 juil. 2012

Sécurité rapprochée / Daniel Espinosa

Tobin Frost est le traître le plus haï et le plus redouté de la CIA. Après avoir échappé au contre-espionnage pendant près de dix ans, il refait surface en Afrique du Sud. Lorsque sa cachette d’un faubourg du Cap est attaquée par un mystérieux commando, un jeune "bleu", Matt Weston, est obligé d’assurer seul sa fuite et de le conduire dans une nouvelle résidence sécurisée. "Ange gardien" malgré lui, Matt voit dans cette mission une chance inespérée de faire ses preuves aux yeux de l’Agence. Une relation précaire s’établit entre le débutant et le renégat endurci. Mais Frost, manipulateur né, réserve quelques surprises à son candide protecteur…

Après Jason Bourne et Evelyn Salt la CIA a nouveau un super-agent rebelle dans la nature en la personne de Tobin Frost dans Sécurité rapprochée.

Le film d’espionnage de Daniel Espinosa, réalisateur du remarqué Easy Money (2010), compense son manque d’originalité au niveau du script par une grande efficacité en terme de mise en scène énergique et de rythme trépidant, avec en point de mire la trilogie Bourne.
Sécurité rapprochée surpasse largement en terme de cascades réalistes et étude de caractères le film d’action avec Angelina Jolie et se situe presque à niveau de La vengeance dans la peau.
La mise en scène des nombreux combats rapprochés est très soignée : les acteurs, visiblement bien impliqués dans leurs personnages,  s’échangent des coups furieux entre autres poursuites automobiles ou à pied très cinétiques.
Le choix de décors naturels variés dans la périphérie de Cap Town en Afrique du Sud (du centre-ville du Cap à la campagne en passant par un vieux township) et une frénésie d’action toujours lisible qui n’oublie pas  les pauses dialoguées pour approfondir la relation entre le gardien et son prisonnier assurent un spectacle très agréable et divertissant.

Dans les rôles respectifs du jeune gardien idéaliste et du légendaire agent cynique, Ryan Reynolds et Denzel Whashington sont très convaincants, bien entourés par une pléiade de bons seconds couteaux (Vera Farmiga, Brendan Gleeson, Sam Shepard).

En terme d’action survitaminée, Sécurité rapprochée frappe un grand coup; situé dans le haut du panier du genre, il s'avère très recommandable.
 

 
Test blu-ray

Technique
Le transfert très précis, avec un grain cinéma-vérité et des contrastes marqués, respecte les partis-pris artistiques du réalisateur et du directeur de la photo. L'image affiche une belle colorimétrie dans les nombreux extérieurs.
Ce film d'action propose de nombreux effets spectaculaires (coups de feu, explosions...)  pour une bande-son explosive qui sollicite toutes les enceintes.

Bonus
Cette édition hd Universal Pictures International France est garnie de nombreux mini-documentaires bien conçus pour prolonger l'expérience du film.

Making-of (11’)
Ce documentaire donne notamment la parole au réalisateur suédois de Easy Money dont Sécurité rapprochée est le premier film hollywoodien. Pour lui, le récit est avant tout basé sur la relation entre les personnages de Denzel Washington et Ryan Reynolds. 
L'ensemble du  casting est passé en revue : un Denzel Washington très impliqué dans son personnage aux côtés de Ryan Reynolds, de  la française Nora Arznezeder et de grands acteurs comme Brendan Gleeson, Sam Shepard, Vera Farmiga dans des rôles secondaires.

Action au corps à corps (8’)
Olivier Schneider, le coordinateur des combats du film, nous parle des répétitions des combats des acteurs principaux des semaines avant le tournage. L'implication des acteurs Reynolds et Washington dans des combats rapprochés bruts est manifeste.

Le tournage de l’attaque au Safe house (5’)
Ce court module est consacré au tournage d'une séquence située dans la safe house, morceau d'action filmé comme une scène de guerre selon les souhaits du réalisateur. Sur le tournage étaient présents un conseiller technique et un ancien vétéran en Irak pour donner au film un aspect réaliste.

La préparation de la poursuite sur les toits (4’)
Nous assistons au tournage de la course de Tobin Frost (Washington) sur les toits à Langa, plus vieux township du Cap. L'équipe déco a reconstruit 1 partie du township pour le tournage, un décor de la taille d’un terrain de foot. Pour le réalisateur les décors naturels confèrent au film une indéniable authenticité : « Toujours filmer en extérieur pour qu’en regardant à l’horizon on voie la réalité ».

Dans les coulisses de l’action (8’)
Greg Powell, coordinateur des cascades, est à la manoeuvre pour orchestrer les nombreuses scènes d'action (fusillades, poursuites en voitures,  corps à corps).

Au sein de la CIA (6’)
L'accent est mis sur la précieuse collaboration avec Luis Falcon, un agent de la CIA qui a travaillé en Irak et Afghanistan pour des inflitrations.

La sphère de sécurité : le Cap (9’)
Cette featurette se focalise sur le choix du décor somptueux de Cap Town, une ville cosmopolite avec des paysages divers (quartiers très urbains, plages, montagnes).
On y apprend notamment que la production a bloqué des rues entières pour le tournage et utilisé les décors du stade de la Coupe du monde et du plus vieux township du Cap.

Fonction U-Control
Des options interactives sont proposées pendant le visionnage : incrustations à l’écran d’interviews, vues du plateau, storyboards.

Enfin la copie digitale du film est inclus dans le boitier.

The Dark Kight Rises / Christopher Nolan



Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c'est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Après un second opus en forme de chef d'oeuvre, Christopher Nolan était forcément attendu au tournant pour la conclusion de sa trilogie consacrée au dark knight créé par Bob Kane qu'il a ressuscité au cinéma avec Batman begins en 2005.
Avec The dark knight rises Nolan hausse le ton en terme narratif avec de multiples intrigues soutenues par une mise en scène toujours aussi virtuose.
Cette volonté d'offrir un spectacle épique se déploie dans un Gotham en ébullition suite à un acte terroriste qui n'est pas sans évoquer par son architecture meurtrie et ses habitants choqués au New-York de 2001. La représentation fantastique d'un Gotham  expressionniste dans les Batman de Burton a  laissé la place à une mégalopole moderne cousine de la Grande Pomme où s'insinue avec perversité le colosse Bane dont le plan diabolique est de semer le chaos dans la ville de Bruce Wayne pour la faire renaître sur de nouvelles bases. Dans ce blockbuster sérieux et puissant Gotham est ainsi envisagé comme une métaphore de  notre monde en crise. Attaque boursière, destruction de l'environnement urbain, procés révolutionnaires expéditifs, Bane entend provoquer la panique et faire règner la peur et la haine dans Gotham avant de la brûler, desseins diaboliques proches de ceux du Ra's al Ghul du premier opus auquel Nolan multiplie les références habilement pour le bonheur des fans du cape cruiser.

De renaissance il est beaucoup question dans ce dernier volet où Batman vit en reclus dans son manoir à la Howard Hugues huit ans après avoir endossé les crimes de Harvey Dent pour assurer la prospérité de Gotham. Dénigré, affaibli, Batman va devoir se relever pour sauver sa ville; cette renaissance du personnage iconique est illustrée par  un passage de décors sombres, des égoûts de Gotham à une prison souterraine, vers une conclusion  diurne où Bruce Wayne/Batman s'élève au-dessus de la ville pour affronter son destin.

Aussi à l'aise dans les scènes intimistes (émouvants échanges entre Bruce Wayne et Alfred) que dans l'orchestration de grosses scènes d'action avec véhicules high-tech et milliers de figurants, Nolan imprime à son récit une tension dramatique qui ne se relâche jamais en dépit de la multiplicité des personnages secondaires et des sous-intrigues développées avec une générosité un peu frénétique. La direction artistique de très haut niveau privilégie les décors naturels et les effets mécaniques aux images de synthèse. D'un réalisme spectaculaire la mise en scène est attentive à capter dans l'agitation permanente l'implication manifeste de très bons acteurs. 
Les habitués Christian Bale et Michael Caine vont plus loin dans l'émotion. Dans cette succession de portraits nouveaux Joseph Gordon Levitt tire avec brio son épingle de jeu,  Anne Hathaway composant une envoûtante Selina Kyle alias Catwoman (le nom de ce double mythique ne sera jamais évoqué) qu'on aurait aimé quand même plus présente au regard de la durée fleuve du long-métrage. Tom Hardy en némésis de Batman s'avère convaincant même si, redoutable physiquement, son Bane impressionne moins que le Joker du Dark knight, agent du chaos à la folie incandescente incarné par un inoubliable Heath Ledger.

Sans doute moins fiévreuse que dans The dark knight l'ambiance sombre qui recouvre ce dernier volet est emmenée avec une telle maestria narrative et visuelle, une telle puissance dramatique, aisance déconcertante à traduire les tourments de ces personnages comme à orchestrer un chaos urbain, que l'on ne voit pas à l'avenir quel réalisateur pourrait espérer  faire mieux ou au moins essayer se rapprocher du degré d'excellence  de cette trilogie immense consacrée au plus intrigant des super-héros qui n'a sans doute pas fini de s'éléver sur les écrans du monde entier.

20 juil. 2012

Blue velvet / David Lynch

Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret.


Après l'expérience déroutante de Dune liée aux contraintes d'un film à gros budget, marquée par l'interventionnisme du producteur De Laurentiis, le réalisateur de Elephant man David Lynch a vu dans le projet de Blue Velvet l'occasion de se ressourcer.

Avec Blue Velvet Lynch voulait  "un thriller en surface et qu'il y ait à l'arrière-plan une plus grande densité psychologique".

Une fois l'exposition déroulée, cadre ripoliné de l'Amérique moyenne et  personnages principaux allant d'un couple de jeunes gens bien sous tous rapports à une chanteuse mystérieuse victime d'un maître chanteur, Lynch plonge son petit monde dans les ténèbres et l'horreur. Le héros du film  interprété par Kyle MacLahan, jeune homme innocent curieux de découvrir un autre monde que le sien, est entrainé dans un maelström de violences et de perversions après avoir fait la connaissance du personnage mystérieux de Dorothy (Isabela Rossellini).

L'idée de passage dans un autre univers, plus sombre et torturé que leur environnement immédiat est clairement annoncé à maintes reprises par le duo d'apprentis enquêteurs qui parle  de la découverte d'"un monde étrange". Ce basculement narratif s'accompagne d'un changement esthétique : les scènes chez Dorothy ou faisant intervenir son personnage mêlent sensualité et danger dans une esthétique plus stylisée que celles dialoguées entre Jeffrey et Sandy (la muse du réalisateur,  Laura Dern). Le personnage de Dennis Hopper, bandit obsédé par Dorothy, est à cet égard outré, à la limité du grand-guignol. Le caractère sulfureux du film est lié à Dorothy,  incarnation de la femme fatale selon Lynch : une brune énigmatique associée à la nuit par opposition à la blonde liée à une normalité apaisante (Dorothy).

On notera de menus défauts, eu égard à la qualité de la proposition d'un cinéma non conventionnel et étrange : quelques baisses de rythme dans une intrigue linéaire où l'intensité des scènes avec Dorothy contraste avec la banalité des scènes entre Jeffrey et Sandy même si l'on a conscience qu' un tel agencement est mûrement réfléchi, un personnage de méchant too much.

Blue velvet demeure très intéressant en ce qu'il pose les bases d'un envoûtant univers développé dans les chefs d'oeuvre Lost highway et Mulholland drive : un cadre idéal en surface révélant au fil de l'intrigue des abîmes de noirceur, figures féminines complexes autour d'un duo brune/blonde qui sont en fait les 2 faces d'un même monde, scénario sinueux plein de bizarreries.


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Test blu-ray

Technique

Le master proposé offre une riche colorimétrie et une netteté très appréciable notamment sur les gros plans des acteurs. Vu les contraintes techniques à relever (nombreuses scènes nocturnes, couleurs allant du rouge au marron) cet image HD constitue clairement un bon qualitatif par rapport à l'édition sd.
La VO a été retravaillé en DTS-HD MA 5.1 : sans être spectaculaire elle met bien valeur les voix et la formidable musique de Angelo Badalamenti. La VF est comme souvent inférieure.

Bonus

Un long making-of intitulé "Les mystères de l'amour" (60') et un florilège de scènes coupées combleront les amateurs de bonus consistants pour prolonger l'expérience du film.
Bandes-annonces et spots TV sont également au programme de cette édition collector digibook avec livret exclusif.
Enfin le DVD du film est inclus dans cette belle édition FPE.

19 juil. 2012

Martha Marcy May Marlene / Sean Durkin

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...

Primé à Sundance pour sa mise en scène, Martha Marcy May Marlene est l'exemple de ce que peut nous offrir de mieux le cinéma indépendant américain : histoire intéressante au fort potentiel dramatique, réalisation soignée et casting bien pensé.

Sur le sujet sérieux des sectes, le jeune réalisateur Sean Durkin préfère livrer un récit réaliste et intime, centré sur le bouleversement intérieur des personnages qu'un film à thèse dénonçant les méfaits de ce genre de communauté. L'histoire est en effet celle d'une jeune femme qui, après avoir fui une secte, tente de se réadapter à la vie. Mais alors qu'elle essaie de se remémorer les évènements passés et de s'adapter à un présent déstabilisant (le confort  et la stabilité d'une vie bourgeoise auprès de sa soeur vs la vie bohème pleine de surprises de son ancienne communauté) tout se mélange, la paranoïa s'installe doucement. Certaines attitudes de ses proches deviennent ambigües pour la jeune femme à l'identité fracturée qui voit la secte dont elle s'est enfuit tenter de la rattraper.

La mise en scène éthérée du début installe peu à peu une angoisse sourde. Le rythme du film, langoureux, adopte le point de vue de son héroïne qui tente de reconstruire son identité éclatée. Des ellipses intrigantes et de judicieux raccords sur le mouvement ou le son participent de cette ambiance trouble où la frontière entre présent et passé est poreuse.

Elizabeth Olsen joue magnifiquement le trouble et la détresse que rencontrent son personnage dans son parcours chaotique pour trouver sa place dans un univers où évolue la rassurante  Sarah Paulson et un inquiétant John Hawkes qui compose avec subtilité un leader charismatique à la perfidie machiavéliquement dosée.

Porté par la superbe découverte Elizabeth Olsen, Martha Marcy May Marlene est un premier film attachant et hypnotique par l'ambiance instable et trouble qu'il maintient jusqu'à un dernier plan des plus déstabilisants.


Test blu-ray

Technique
L'édition HD bénéficie d'une superbe définition, une photographie réussie et une compression solide. On notera des noirs un peu bouchés. Le rendu avec un  respect du grain argentique originel est d'une belle précision.
Quelques ambiances naturelles au rendu frontal sont au programme de ce film intime et réaliste.

Bonus
Supplément le plus intéressant, le court métrage de Sean Durkin, Mary Last Seen (2010 - 14'), est l'embryon de Martha Marcy May Marlene avec ses ellipses intrigantes, ses plans fixes bien composés et son climat vaporeux peu à peu trouble.

Le reste des suppléments de cette édition combo (blu-ray + DVD) FPE est constitué de featurettes promo sur le casting emmené par une excellente Elizabeth Olsen (Pleins feux sur Elizabeth Olsen, 3'), l'intrigue (L'histoire, 4') et les coulisses du tournage (Le making of Martha Marcy May Marlene, 3').

Un peu plus consistants, deux courts documentaires complètent la section bonus :  l'entretien avec les cinéastes où le réalisateur et ses deux producteurs évoquent leur rencontre à l'université,  la genèse du film et les mérites de leur actrice principale puis le mini-documentaire le fonctionnement psychologique d'une secte (5') avec l'intervention de Rachel Bernstein, thérapeute et experte en secte.