25 juil. 2012

Sécurité rapprochée / Daniel Espinosa

Tobin Frost est le traître le plus haï et le plus redouté de la CIA. Après avoir échappé au contre-espionnage pendant près de dix ans, il refait surface en Afrique du Sud. Lorsque sa cachette d’un faubourg du Cap est attaquée par un mystérieux commando, un jeune "bleu", Matt Weston, est obligé d’assurer seul sa fuite et de le conduire dans une nouvelle résidence sécurisée. "Ange gardien" malgré lui, Matt voit dans cette mission une chance inespérée de faire ses preuves aux yeux de l’Agence. Une relation précaire s’établit entre le débutant et le renégat endurci. Mais Frost, manipulateur né, réserve quelques surprises à son candide protecteur…

Après Jason Bourne et Evelyn Salt la CIA a nouveau un super-agent rebelle dans la nature en la personne de Tobin Frost dans Sécurité rapprochée.

Le film d’espionnage de Daniel Espinosa, réalisateur du remarqué Easy Money (2010), compense son manque d’originalité au niveau du script par une grande efficacité en terme de mise en scène énergique et de rythme trépidant, avec en point de mire la trilogie Bourne.
Sécurité rapprochée surpasse largement en terme de cascades réalistes et étude de caractères le film d’action avec Angelina Jolie et se situe presque à niveau de La vengeance dans la peau.
La mise en scène des nombreux combats rapprochés est très soignée : les acteurs, visiblement bien impliqués dans leurs personnages,  s’échangent des coups furieux entre autres poursuites automobiles ou à pied très cinétiques.
Le choix de décors naturels variés dans la périphérie de Cap Town en Afrique du Sud (du centre-ville du Cap à la campagne en passant par un vieux township) et une frénésie d’action toujours lisible qui n’oublie pas  les pauses dialoguées pour approfondir la relation entre le gardien et son prisonnier assurent un spectacle très agréable et divertissant.

Dans les rôles respectifs du jeune gardien idéaliste et du légendaire agent cynique, Ryan Reynolds et Denzel Whashington sont très convaincants, bien entourés par une pléiade de bons seconds couteaux (Vera Farmiga, Brendan Gleeson, Sam Shepard).

En terme d’action survitaminée, Sécurité rapprochée frappe un grand coup; situé dans le haut du panier du genre, il s'avère très recommandable.
 

 
Test blu-ray

Technique
Le transfert très précis, avec un grain cinéma-vérité et des contrastes marqués, respecte les partis-pris artistiques du réalisateur et du directeur de la photo. L'image affiche une belle colorimétrie dans les nombreux extérieurs.
Ce film d'action propose de nombreux effets spectaculaires (coups de feu, explosions...)  pour une bande-son explosive qui sollicite toutes les enceintes.

Bonus
Cette édition hd Universal Pictures International France est garnie de nombreux mini-documentaires bien conçus pour prolonger l'expérience du film.

Making-of (11’)
Ce documentaire donne notamment la parole au réalisateur suédois de Easy Money dont Sécurité rapprochée est le premier film hollywoodien. Pour lui, le récit est avant tout basé sur la relation entre les personnages de Denzel Washington et Ryan Reynolds. 
L'ensemble du  casting est passé en revue : un Denzel Washington très impliqué dans son personnage aux côtés de Ryan Reynolds, de  la française Nora Arznezeder et de grands acteurs comme Brendan Gleeson, Sam Shepard, Vera Farmiga dans des rôles secondaires.

Action au corps à corps (8’)
Olivier Schneider, le coordinateur des combats du film, nous parle des répétitions des combats des acteurs principaux des semaines avant le tournage. L'implication des acteurs Reynolds et Washington dans des combats rapprochés bruts est manifeste.

Le tournage de l’attaque au Safe house (5’)
Ce court module est consacré au tournage d'une séquence située dans la safe house, morceau d'action filmé comme une scène de guerre selon les souhaits du réalisateur. Sur le tournage étaient présents un conseiller technique et un ancien vétéran en Irak pour donner au film un aspect réaliste.

La préparation de la poursuite sur les toits (4’)
Nous assistons au tournage de la course de Tobin Frost (Washington) sur les toits à Langa, plus vieux township du Cap. L'équipe déco a reconstruit 1 partie du township pour le tournage, un décor de la taille d’un terrain de foot. Pour le réalisateur les décors naturels confèrent au film une indéniable authenticité : « Toujours filmer en extérieur pour qu’en regardant à l’horizon on voie la réalité ».

Dans les coulisses de l’action (8’)
Greg Powell, coordinateur des cascades, est à la manoeuvre pour orchestrer les nombreuses scènes d'action (fusillades, poursuites en voitures,  corps à corps).

Au sein de la CIA (6’)
L'accent est mis sur la précieuse collaboration avec Luis Falcon, un agent de la CIA qui a travaillé en Irak et Afghanistan pour des inflitrations.

La sphère de sécurité : le Cap (9’)
Cette featurette se focalise sur le choix du décor somptueux de Cap Town, une ville cosmopolite avec des paysages divers (quartiers très urbains, plages, montagnes).
On y apprend notamment que la production a bloqué des rues entières pour le tournage et utilisé les décors du stade de la Coupe du monde et du plus vieux township du Cap.

Fonction U-Control
Des options interactives sont proposées pendant le visionnage : incrustations à l’écran d’interviews, vues du plateau, storyboards.

Enfin la copie digitale du film est inclus dans le boitier.

The Dark Kight Rises / Christopher Nolan



Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c'est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Après un second opus en forme de chef d'oeuvre, Christopher Nolan était forcément attendu au tournant pour la conclusion de sa trilogie consacrée au dark knight créé par Bob Kane qu'il a ressuscité au cinéma avec Batman begins en 2005.
Avec The dark knight rises Nolan hausse le ton en terme narratif avec de multiples intrigues soutenues par une mise en scène toujours aussi virtuose.
Cette volonté d'offrir un spectacle épique se déploie dans un Gotham en ébullition suite à un acte terroriste qui n'est pas sans évoquer par son architecture meurtrie et ses habitants choqués au New-York de 2001. La représentation fantastique d'un Gotham  expressionniste dans les Batman de Burton a  laissé la place à une mégalopole moderne cousine de la Grande Pomme où s'insinue avec perversité le colosse Bane dont le plan diabolique est de semer le chaos dans la ville de Bruce Wayne pour la faire renaître sur de nouvelles bases. Dans ce blockbuster sérieux et puissant Gotham est ainsi envisagé comme une métaphore de  notre monde en crise. Attaque boursière, destruction de l'environnement urbain, procés révolutionnaires expéditifs, Bane entend provoquer la panique et faire règner la peur et la haine dans Gotham avant de la brûler, desseins diaboliques proches de ceux du Ra's al Ghul du premier opus auquel Nolan multiplie les références habilement pour le bonheur des fans du cape cruiser.

De renaissance il est beaucoup question dans ce dernier volet où Batman vit en reclus dans son manoir à la Howard Hugues huit ans après avoir endossé les crimes de Harvey Dent pour assurer la prospérité de Gotham. Dénigré, affaibli, Batman va devoir se relever pour sauver sa ville; cette renaissance du personnage iconique est illustrée par  un passage de décors sombres, des égoûts de Gotham à une prison souterraine, vers une conclusion  diurne où Bruce Wayne/Batman s'élève au-dessus de la ville pour affronter son destin.

Aussi à l'aise dans les scènes intimistes (émouvants échanges entre Bruce Wayne et Alfred) que dans l'orchestration de grosses scènes d'action avec véhicules high-tech et milliers de figurants, Nolan imprime à son récit une tension dramatique qui ne se relâche jamais en dépit de la multiplicité des personnages secondaires et des sous-intrigues développées avec une générosité un peu frénétique. La direction artistique de très haut niveau privilégie les décors naturels et les effets mécaniques aux images de synthèse. D'un réalisme spectaculaire la mise en scène est attentive à capter dans l'agitation permanente l'implication manifeste de très bons acteurs. 
Les habitués Christian Bale et Michael Caine vont plus loin dans l'émotion. Dans cette succession de portraits nouveaux Joseph Gordon Levitt tire avec brio son épingle de jeu,  Anne Hathaway composant une envoûtante Selina Kyle alias Catwoman (le nom de ce double mythique ne sera jamais évoqué) qu'on aurait aimé quand même plus présente au regard de la durée fleuve du long-métrage. Tom Hardy en némésis de Batman s'avère convaincant même si, redoutable physiquement, son Bane impressionne moins que le Joker du Dark knight, agent du chaos à la folie incandescente incarné par un inoubliable Heath Ledger.

Sans doute moins fiévreuse que dans The dark knight l'ambiance sombre qui recouvre ce dernier volet est emmenée avec une telle maestria narrative et visuelle, une telle puissance dramatique, aisance déconcertante à traduire les tourments de ces personnages comme à orchestrer un chaos urbain, que l'on ne voit pas à l'avenir quel réalisateur pourrait espérer  faire mieux ou au moins essayer se rapprocher du degré d'excellence  de cette trilogie immense consacrée au plus intrigant des super-héros qui n'a sans doute pas fini de s'éléver sur les écrans du monde entier.

20 juil. 2012

Blue velvet / David Lynch

Épaulée par son amie Sandy, Jeffrey, un jeune homme, mène son enquête concernant une oreille humaine trouvée dans un terrain vague. Il croise sur son chemin Dorothy Vallens, une mystérieuse chanteuse de cabaret.


Après l'expérience déroutante de Dune liée aux contraintes d'un film à gros budget, marquée par l'interventionnisme du producteur De Laurentiis, le réalisateur de Elephant man David Lynch a vu dans le projet de Blue Velvet l'occasion de se ressourcer.

Avec Blue Velvet Lynch voulait  "un thriller en surface et qu'il y ait à l'arrière-plan une plus grande densité psychologique".

Une fois l'exposition déroulée, cadre ripoliné de l'Amérique moyenne et  personnages principaux allant d'un couple de jeunes gens bien sous tous rapports à une chanteuse mystérieuse victime d'un maître chanteur, Lynch plonge son petit monde dans les ténèbres et l'horreur. Le héros du film  interprété par Kyle MacLahan, jeune homme innocent curieux de découvrir un autre monde que le sien, est entrainé dans un maelström de violences et de perversions après avoir fait la connaissance du personnage mystérieux de Dorothy (Isabela Rossellini).

L'idée de passage dans un autre univers, plus sombre et torturé que leur environnement immédiat est clairement annoncé à maintes reprises par le duo d'apprentis enquêteurs qui parle  de la découverte d'"un monde étrange". Ce basculement narratif s'accompagne d'un changement esthétique : les scènes chez Dorothy ou faisant intervenir son personnage mêlent sensualité et danger dans une esthétique plus stylisée que celles dialoguées entre Jeffrey et Sandy (la muse du réalisateur,  Laura Dern). Le personnage de Dennis Hopper, bandit obsédé par Dorothy, est à cet égard outré, à la limité du grand-guignol. Le caractère sulfureux du film est lié à Dorothy,  incarnation de la femme fatale selon Lynch : une brune énigmatique associée à la nuit par opposition à la blonde liée à une normalité apaisante (Dorothy).

On notera de menus défauts, eu égard à la qualité de la proposition d'un cinéma non conventionnel et étrange : quelques baisses de rythme dans une intrigue linéaire où l'intensité des scènes avec Dorothy contraste avec la banalité des scènes entre Jeffrey et Sandy même si l'on a conscience qu' un tel agencement est mûrement réfléchi, un personnage de méchant too much.

Blue velvet demeure très intéressant en ce qu'il pose les bases d'un envoûtant univers développé dans les chefs d'oeuvre Lost highway et Mulholland drive : un cadre idéal en surface révélant au fil de l'intrigue des abîmes de noirceur, figures féminines complexes autour d'un duo brune/blonde qui sont en fait les 2 faces d'un même monde, scénario sinueux plein de bizarreries.


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Test blu-ray

Technique

Le master proposé offre une riche colorimétrie et une netteté très appréciable notamment sur les gros plans des acteurs. Vu les contraintes techniques à relever (nombreuses scènes nocturnes, couleurs allant du rouge au marron) cet image HD constitue clairement un bon qualitatif par rapport à l'édition sd.
La VO a été retravaillé en DTS-HD MA 5.1 : sans être spectaculaire elle met bien valeur les voix et la formidable musique de Angelo Badalamenti. La VF est comme souvent inférieure.

Bonus

Un long making-of intitulé "Les mystères de l'amour" (60') et un florilège de scènes coupées combleront les amateurs de bonus consistants pour prolonger l'expérience du film.
Bandes-annonces et spots TV sont également au programme de cette édition collector digibook avec livret exclusif.
Enfin le DVD du film est inclus dans cette belle édition FPE.

19 juil. 2012

Martha Marcy May Marlene / Sean Durkin

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu...

Primé à Sundance pour sa mise en scène, Martha Marcy May Marlene est l'exemple de ce que peut nous offrir de mieux le cinéma indépendant américain : histoire intéressante au fort potentiel dramatique, réalisation soignée et casting bien pensé.

Sur le sujet sérieux des sectes, le jeune réalisateur Sean Durkin préfère livrer un récit réaliste et intime, centré sur le bouleversement intérieur des personnages qu'un film à thèse dénonçant les méfaits de ce genre de communauté. L'histoire est en effet celle d'une jeune femme qui, après avoir fui une secte, tente de se réadapter à la vie. Mais alors qu'elle essaie de se remémorer les évènements passés et de s'adapter à un présent déstabilisant (le confort  et la stabilité d'une vie bourgeoise auprès de sa soeur vs la vie bohème pleine de surprises de son ancienne communauté) tout se mélange, la paranoïa s'installe doucement. Certaines attitudes de ses proches deviennent ambigües pour la jeune femme à l'identité fracturée qui voit la secte dont elle s'est enfuit tenter de la rattraper.

La mise en scène éthérée du début installe peu à peu une angoisse sourde. Le rythme du film, langoureux, adopte le point de vue de son héroïne qui tente de reconstruire son identité éclatée. Des ellipses intrigantes et de judicieux raccords sur le mouvement ou le son participent de cette ambiance trouble où la frontière entre présent et passé est poreuse.

Elizabeth Olsen joue magnifiquement le trouble et la détresse que rencontrent son personnage dans son parcours chaotique pour trouver sa place dans un univers où évolue la rassurante  Sarah Paulson et un inquiétant John Hawkes qui compose avec subtilité un leader charismatique à la perfidie machiavéliquement dosée.

Porté par la superbe découverte Elizabeth Olsen, Martha Marcy May Marlene est un premier film attachant et hypnotique par l'ambiance instable et trouble qu'il maintient jusqu'à un dernier plan des plus déstabilisants.


Test blu-ray

Technique
L'édition HD bénéficie d'une superbe définition, une photographie réussie et une compression solide. On notera des noirs un peu bouchés. Le rendu avec un  respect du grain argentique originel est d'une belle précision.
Quelques ambiances naturelles au rendu frontal sont au programme de ce film intime et réaliste.

Bonus
Supplément le plus intéressant, le court métrage de Sean Durkin, Mary Last Seen (2010 - 14'), est l'embryon de Martha Marcy May Marlene avec ses ellipses intrigantes, ses plans fixes bien composés et son climat vaporeux peu à peu trouble.

Le reste des suppléments de cette édition combo (blu-ray + DVD) FPE est constitué de featurettes promo sur le casting emmené par une excellente Elizabeth Olsen (Pleins feux sur Elizabeth Olsen, 3'), l'intrigue (L'histoire, 4') et les coulisses du tournage (Le making of Martha Marcy May Marlene, 3').

Un peu plus consistants, deux courts documentaires complètent la section bonus :  l'entretien avec les cinéastes où le réalisateur et ses deux producteurs évoquent leur rencontre à l'université,  la genèse du film et les mérites de leur actrice principale puis le mini-documentaire le fonctionnement psychologique d'une secte (5') avec l'intervention de Rachel Bernstein, thérapeute et experte en secte.