25 juil. 2012

The Dark Kight Rises / Christopher Nolan



Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S'accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l'arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c'est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l'arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l'exil qu'il s'est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n'est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Après un second opus en forme de chef d'oeuvre, Christopher Nolan était forcément attendu au tournant pour la conclusion de sa trilogie consacrée au dark knight créé par Bob Kane qu'il a ressuscité au cinéma avec Batman begins en 2005.
Avec The dark knight rises Nolan hausse le ton en terme narratif avec de multiples intrigues soutenues par une mise en scène toujours aussi virtuose.
Cette volonté d'offrir un spectacle épique se déploie dans un Gotham en ébullition suite à un acte terroriste qui n'est pas sans évoquer par son architecture meurtrie et ses habitants choqués au New-York de 2001. La représentation fantastique d'un Gotham  expressionniste dans les Batman de Burton a  laissé la place à une mégalopole moderne cousine de la Grande Pomme où s'insinue avec perversité le colosse Bane dont le plan diabolique est de semer le chaos dans la ville de Bruce Wayne pour la faire renaître sur de nouvelles bases. Dans ce blockbuster sérieux et puissant Gotham est ainsi envisagé comme une métaphore de  notre monde en crise. Attaque boursière, destruction de l'environnement urbain, procés révolutionnaires expéditifs, Bane entend provoquer la panique et faire règner la peur et la haine dans Gotham avant de la brûler, desseins diaboliques proches de ceux du Ra's al Ghul du premier opus auquel Nolan multiplie les références habilement pour le bonheur des fans du cape cruiser.

De renaissance il est beaucoup question dans ce dernier volet où Batman vit en reclus dans son manoir à la Howard Hugues huit ans après avoir endossé les crimes de Harvey Dent pour assurer la prospérité de Gotham. Dénigré, affaibli, Batman va devoir se relever pour sauver sa ville; cette renaissance du personnage iconique est illustrée par  un passage de décors sombres, des égoûts de Gotham à une prison souterraine, vers une conclusion  diurne où Bruce Wayne/Batman s'élève au-dessus de la ville pour affronter son destin.

Aussi à l'aise dans les scènes intimistes (émouvants échanges entre Bruce Wayne et Alfred) que dans l'orchestration de grosses scènes d'action avec véhicules high-tech et milliers de figurants, Nolan imprime à son récit une tension dramatique qui ne se relâche jamais en dépit de la multiplicité des personnages secondaires et des sous-intrigues développées avec une générosité un peu frénétique. La direction artistique de très haut niveau privilégie les décors naturels et les effets mécaniques aux images de synthèse. D'un réalisme spectaculaire la mise en scène est attentive à capter dans l'agitation permanente l'implication manifeste de très bons acteurs. 
Les habitués Christian Bale et Michael Caine vont plus loin dans l'émotion. Dans cette succession de portraits nouveaux Joseph Gordon Levitt tire avec brio son épingle de jeu,  Anne Hathaway composant une envoûtante Selina Kyle alias Catwoman (le nom de ce double mythique ne sera jamais évoqué) qu'on aurait aimé quand même plus présente au regard de la durée fleuve du long-métrage. Tom Hardy en némésis de Batman s'avère convaincant même si, redoutable physiquement, son Bane impressionne moins que le Joker du Dark knight, agent du chaos à la folie incandescente incarné par un inoubliable Heath Ledger.

Sans doute moins fiévreuse que dans The dark knight l'ambiance sombre qui recouvre ce dernier volet est emmenée avec une telle maestria narrative et visuelle, une telle puissance dramatique, aisance déconcertante à traduire les tourments de ces personnages comme à orchestrer un chaos urbain, que l'on ne voit pas à l'avenir quel réalisateur pourrait espérer  faire mieux ou au moins essayer se rapprocher du degré d'excellence  de cette trilogie immense consacrée au plus intrigant des super-héros qui n'a sans doute pas fini de s'éléver sur les écrans du monde entier.

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