29 sept. 2012

Vous n'avez encore rien vu / Alain Resnais

Après sa mort, Antoine, homme de théâtre, fait convoquer chez lui tous ses amis comédiens ayant joué dans différentes versions de sa pièce Eurydice. Il a enregistré, avant de mourir, une déclaration dans laquelle il leur demande de visionner une captation des répétitions de cette pièce : une jeune troupe lui a en effet demandé l'autorisation de la monter et il a besoin de leur avis...

Après Les herbes folles Alain Resnais a choisi d’adapter deux pièces de Jean Anouilh, Eurydice et Cher Antoine pour une histoire avec différents niveaux de réalité où la langue de théâtre assure les correspondances entre ce que les personnages, tous interprétés par un groupe d’acteurs fétiches interprétant leur propre rôle, voient sur l’écran (les répétitions filmées d’une jeune troupe) et rejouent envahis par leurs souvenirs.

La construction du récit de Vous n'avez encore rien vu, allers-retours entre l’interprétation des amis du défunt joué avec malice par Denis Podalydès et celle des comédiens de la captation, relève quelque part de l’onirisme, d’un plaisir ludique à plonger ses acteurs (Lambert, Arditi, Azéma, Amalric et co) dans des situations de jeu où ils recréent, revivent des émotions dans des rôles qu’ils auraient tenus par le passé sur les planches, dans des décors se démultipliant pour établir des correspondances entre les différentes aires de jeu.

Accompagnée de la musique atmosphérique de Mark Snow (X-Files) la mise en scène multipliant les mouvements de caméra et les trucages (décors prolongés par les images de synthèse, effacement subit d’un personnage pour lui faire quitter la scène) témoigne d’un réel art de conteur, une jubilation sans doute ressenti par le spectateur qui s’abandonnera devant cet objet filmique innervé par un amour nostalgique du verbe et des comédiens.
Néanmoins le concept du film pourrait s’avérer pompeux pour ceux qui n’entreront pas dans l’univers décalé de Alain Resnais.

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