22 oct. 2012

Amour / Michael Haneke

Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l’étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d’une petite attaque cérébrale. Lorsqu’elle sort de l’hôpital et revient chez elle, elle est paralysée d’un côté. L’amour qui unit ce vieux couple va être mis à rude épreuve.

Chronique cannoise

Trois ans après sa Palme d’or pour le Ruban Blanc l’autrichien Michael Haneke est de retour en compétition avec Amour, film plus modeste centré sur un couple de personnages âgées devant faire face à la maladie de l’épouse.
Haneke a choisit de raconter l’histoire simple et tragiquement ordinaire mais assez rare au cinéma d’un couple dont l’un des membres s’éteint peu à peu devant l’autre, condamné par la maladie.

Le quotidien du couple avant et après le drame est détaillé de manière clinique : le début du film nous montre le bonheur d’assister à un concert de musique, la complicité à la table du petit déjeuner puis, après l’hospitalisation, la répétition des soins médicaux, des gestes et des mots apaisants pour faire oublier la douleur qui va croissant.
Le sujet de la fin de vie comme la forme dictée par le huis clos avait de quoi inquiéter. Pourtant l’apparente sécheresse de ton liée au choix d’un dispositif cinématographique (absence de musique, plans fixes) qui bannit le chantage à l’émotion ou une dramatisation spectaculaire n’empêche pas le film d’être très émouvant grâce au travail des deux acteurs principaux, sans oublier la fidèle Isabelle Huppert.

Le grand Jean-Lous Trintignant qui n’avait pas tourné depuis de nombreuses années et la formidable Emmanuelle Riva forment ce couple attachant dont l’histoire dramatique, montrée frontalement par Haneke qui s’autorise une poignée de scènes rêvées bien intégrées au récit, sonne douloureusement juste.

Amour et son histoire universelle est le film le plus accessible de son auteur, un de ses plus réussis où la forme épurée, sans artifices est au service d’une interprétation magistrale et renversante.


MAJ : Amour a remporté la Palme d'Or du 65ème festival de Cannes

18 oct. 2012

In another country / Hong Sang-soo

Dans un pays qui n’est pas le sien, une femme qui n’est à la fois ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, a rencontré, rencontre et rencontrera au même endroit les mêmes personnes qui lui feront vivre à chaque fois une expérience inédite...

Poursuivant ses expériences de cinéma à l'étranger, Isabelle Huppert a collaboré avec le réalisateur coréen Hong Sang-soo pour cette comédie légère où une même histoire est décliné en 3 variations. Elle y incarne peu ou prou la même femme face à une poignée d’acteurs reprenant à des modulations près leurs rôles du premier segment.  

Au final un sentiment de vacuité domine ce  In another country : Isabelle Huppert,  une Française frivole et insouciante en vacances en Corée pour retrouver son amant, passe son temps à chercher un phare et à draguer un maître nageur simplet, on y boit beaucoup de soju en disant des banalités, bref le tout est assez soporifique et laisse l’impression d’avoir été improvisé par Hong Sang-soo qui tout à son excitation de faire tourner notre plus grande actrice a oublier d'écrire un scénario.
Sinon à souligner une très bonne imitation de chèvre par Isabelle Huppert, décidément prête à relever tous les défis!

15 oct. 2012

Contrebande / Baltasar Kormakur

Chris Farraday a tiré un trait sur son passé criminel et s’est construit une vie paisible avec sa femme Kate et leurs deux fils, jusqu’au jour où son jeune et naïf beau-frère Andy manque à ses engagements dans une opération de trafic de drogues montée par l’inquiétant petit caïd local Tim Briggs. Pour aider Andy à s’acquitter de sa dette, Chris est forcé de reprendre du service et se tourne vers ce qu’il connaît le mieux : la contrebande.
Avec l’aide de son meilleur ami Sebastian, Chris s’assure la coopération de quelques relations éprouvées, dont son ami d’enfance Danny Rayner, et élabore un coup qui devra lui assurer des millions en faux billets, contre un simple aller-retour au Panama, ce sous l’oeil suspicieux du Capitaine Camp que des antécédents houleux avec le père de Chris rendent d’autant plus méfiant.
L’opération s’avère vite être une impasse. Chris n’a plus que quelques heures pour mettre la main sur le butin. Il va devoir faire appel à des talents auxquels il avait renoncé depuis longtemps et naviguer entre la pègre locale, la police et les douanes, avant que sa femme et leurs fils ne servent de dédommagement à Briggs.

Remake du film islandais Reykjavik-Rotterdam réalisé par un des acteurs de l'original, Contrebande cumule tous les ingrédients de la bonne série B d'action virile : une histoire de braquage impossible avec moults péripéties, de multiples personnages avec des profils parfois troubles, un casting jeune et sexy (Mark Wahlberg, Ben Foster, Giovanni Ribisi, Kate Beckinsale).

Si le déroulement de l'intrigue sent le réchauffé et est sans surprises, la réalisation nerveuse sans être tape-à-l'oeil assure le spectacle d'autant plus que les situations dramatiques souvent rocambolesques (la séquence à Panama) se multiplient jusqu'à un final assez tendu. La mise en scène de Baltasar Kormakur vise une certaine urgence, un réalisme brut à la Michael Mann auquel on pense beaucoup lors du prologue nocturne et de la scène musclée de braquage d'un fourgon blindé qui, sans atteindre la précision visuelle du réalisateur de Heat, s'avère assez redoutable. Cette recherche d'action réaliste va de pair avec le souci de présenter un environnement populaire authentique comme cadre de l'intrigue.
En effet la peinture du monde ouvrier dans lequel évolue le héros sonne juste, des détails dans les décors aux attitudes des personnages. A cet égard Mark Walhberg est une nouvelle fois à son aise dans la peau d'un prolo qui lutte pour s'en sortir. L'acteur de Fighter est bien entouré par de solides seconds couteaux (Ben Foster, Giovanni Ribisi) qui apportent une certaine subtilité et profondeur via un regard troublé, un comportement surprenant, à des rôles sur le papier stéréotypés.

Recyclage habile des figures narratives et stylistiques du genre avec un casting solide qui a fait ses preuves dans cet univers musclé, Contrebande assume visiblement, en toute décontraction, son statut de série B d'action efficace et divertissante, généreuse dans son empilement de situations dramatiques, stylée et cool dans son exécution jusqu'à un générique final au son du jubilatoire Boom Boom de John Lee Hooker.


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Test blu-ray

Technique


Contrebande présente de nombreuses scènes nocturnes avec un grain jamais envahissant et qui n'est pas incompatible avec une précision affirmée. Le reste du métrage notamment la séquence au Panama, avec une belle lumière et des couleurs marquées, est exemplaire en terme de piqué.

Pas d'effets sonores démesurés mais une efficacité certaine lors de la fusillade liée à un braquage de fourgon. La piste anglaise en DTS HD Master audio a plus d'ampleur que son homogue française.

Bonus

Au programme des bonus de cette édition blu-ray Universal figure le traditionnel commentaire audio, le réalisateur Baltasar Kormakur étant accompagné pour l'exercice par le producteur Evan Hayes.

Un making-of (13') classique avec extraits du tournage à la Nouvelle-Orléans et interviews du casting est proposé aux côtés d'un module axé sur les cascades et l'action de Contrebande (8') d'où ressort une recherche de réalisme dans les scènes de combats effectués en grande partie par les acteurs très volontaires et motivés.

7 scènes coupées sont également proposées (7') : dans le lot de ces scènes additionnelles et prolongées on retiendra une bonne scène coupée mettant en scène la famille du personnage de Mark Walhberg visitant au parloir le père de ce dernier.

Enfin la copie numérique du film est offerte.

2 oct. 2012

Bellflower / Evan Glodell

Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment "la Medusa". Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire. 

Réalisé par Evan Glodell qui multiplie les casquettes (acteur, scénariste, moteur, producteur) pour son premier long métrage, Bellflower a fait sensation au Festival de Sundance 2011.

Le sujet de l’apocalypse court pendant tout le film : deux amis fans de Mad Max construisent un lance-flamme et retapent une voiture, une muscle car en l’occurence une Buick Skylark de 1972 pour être prêts à affronter un monde hostile et dangereux, par opposition à leur univers de geeks désoeuvrés et glandeurs où l’alcool et la défonce anesthésient. Cette obsession, se préparer pour un futur apocalyptique, va de pair, le film se déroulant, avec le cataclysme qui éclate dans la tête du personnage principal joué par Evan Glodell : une rupture sentimentale donne lieu à une déchéance physique (corps progressivement meurtri) et une psyché perturbée qui va conduire à un brutal déferlement de violence dans le dernier tiers. 

L’étude comportementale menée par le réalisateur est juste, les deux personnages envisagés au départ comme des glandeurs superficiels deviennent attachants, plus profonds et sensibles que prévus, leur sens de l'amitié étant un atout pour faire face à un avenir incertain. Si le film peine à décoller, à l’image des personnages qui passent leurs journées à ne rien faire d’essentiel et de sérieux, l’engagement touchant de notre anti-héros dans une histoire d’amour et la déchirure liée à sa sortie brutale sonnent juste; cette authenticité dans les relations humaines est à mettre au crédit du film. Une rupture sentimentale fait glisser le récit vers la violence psychologique et physique. Le rythme s’emballe, le film palpite nerveusement (chronologie temporairement perturbée, comportement suicidaire, jusqu’au-boutiste du personnage principal à la tension nerveuse exacerbée) jusqu’à la sensation d’incandescence des derniers plans, un point de non retour est alors atteint.

Si le postulat de départ est mince et les enjeux narratifs limités, comment faire face à une déception sentimentale et survivre à une passion amoureuse destructrice, d’où quelques baisses de rythme, la réalisation est habile à traduire le glissement d’un quotidien insouciant marqué par l’oisiveté et la frivolité à la folie rampante. Pour un long métrage au budget ridicule (17000$) le travail sur l’image et le son s’avère remarquable et l’expérience sensorielle pour le spectateur assurée. Ce portrait sombre d’une jeunesse oisive, sentimentalement déconnectée (famille absente,  relations amoureuses jetables) s’accompagne d’une image sale, de couleurs altérées, à l’image des cœurs, des sentiments, brisés, contaminés.

Derrière la réalisation maniériste (ralentis, couleurs bidouillées, séquence onirique dantesque) la mélancolie affleure et le point de vue sur une jeunesse immature et désabusée se révèle intéressant, relayé par une bonne interprétation, Glodell en tête. Le jeune réalisateur de Bellflower a assurément du talent à revendre, à suivre donc pour un nouveau projet dont on espère l’histoire plus solide que celle de ce premier film néanmoins assez marquant pour un tel budget.

Le DVD du film est disponible depuis le 4 septembre chez Zylo: http://www.zylo.net/?and=front/product/838

Critique en partenariat avec Cinetrafic.fr