2 oct. 2012

Bellflower / Evan Glodell

Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment "la Medusa". Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire. 

Réalisé par Evan Glodell qui multiplie les casquettes (acteur, scénariste, moteur, producteur) pour son premier long métrage, Bellflower a fait sensation au Festival de Sundance 2011.

Le sujet de l’apocalypse court pendant tout le film : deux amis fans de Mad Max construisent un lance-flamme et retapent une voiture, une muscle car en l’occurence une Buick Skylark de 1972 pour être prêts à affronter un monde hostile et dangereux, par opposition à leur univers de geeks désoeuvrés et glandeurs où l’alcool et la défonce anesthésient. Cette obsession, se préparer pour un futur apocalyptique, va de pair, le film se déroulant, avec le cataclysme qui éclate dans la tête du personnage principal joué par Evan Glodell : une rupture sentimentale donne lieu à une déchéance physique (corps progressivement meurtri) et une psyché perturbée qui va conduire à un brutal déferlement de violence dans le dernier tiers. 

L’étude comportementale menée par le réalisateur est juste, les deux personnages envisagés au départ comme des glandeurs superficiels deviennent attachants, plus profonds et sensibles que prévus, leur sens de l'amitié étant un atout pour faire face à un avenir incertain. Si le film peine à décoller, à l’image des personnages qui passent leurs journées à ne rien faire d’essentiel et de sérieux, l’engagement touchant de notre anti-héros dans une histoire d’amour et la déchirure liée à sa sortie brutale sonnent juste; cette authenticité dans les relations humaines est à mettre au crédit du film. Une rupture sentimentale fait glisser le récit vers la violence psychologique et physique. Le rythme s’emballe, le film palpite nerveusement (chronologie temporairement perturbée, comportement suicidaire, jusqu’au-boutiste du personnage principal à la tension nerveuse exacerbée) jusqu’à la sensation d’incandescence des derniers plans, un point de non retour est alors atteint.

Si le postulat de départ est mince et les enjeux narratifs limités, comment faire face à une déception sentimentale et survivre à une passion amoureuse destructrice, d’où quelques baisses de rythme, la réalisation est habile à traduire le glissement d’un quotidien insouciant marqué par l’oisiveté et la frivolité à la folie rampante. Pour un long métrage au budget ridicule (17000$) le travail sur l’image et le son s’avère remarquable et l’expérience sensorielle pour le spectateur assurée. Ce portrait sombre d’une jeunesse oisive, sentimentalement déconnectée (famille absente,  relations amoureuses jetables) s’accompagne d’une image sale, de couleurs altérées, à l’image des cœurs, des sentiments, brisés, contaminés.

Derrière la réalisation maniériste (ralentis, couleurs bidouillées, séquence onirique dantesque) la mélancolie affleure et le point de vue sur une jeunesse immature et désabusée se révèle intéressant, relayé par une bonne interprétation, Glodell en tête. Le jeune réalisateur de Bellflower a assurément du talent à revendre, à suivre donc pour un nouveau projet dont on espère l’histoire plus solide que celle de ce premier film néanmoins assez marquant pour un tel budget.

Le DVD du film est disponible depuis le 4 septembre chez Zylo: http://www.zylo.net/?and=front/product/838

Critique en partenariat avec Cinetrafic.fr 

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