18 nov. 2013

La vénus à la fourrure / Roman Polanski

Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser...

Avec cette adaptation d’une pièce à succès de David Ives, Roman Polanski retrouve le huis-clos, genre où il excelle (Répulsions, Carnage).

Au fil de la lecture de la pièce La vénus à la fourrure, les échanges entre les deux protagonistes se font plus intenses, les rapports de force changent, la relation domination/soumission s’inverse subtilement entre le metteur en scène pédant, misogyne et la comédienne excentrique, vulgaire.

Encadré par des travellings avant puis arrière sur le décor du théâtre, le récit a la forme d’une fable amusante sur les jeux de séduction doublée d’un hommage satirique au théâtre, au monde du spectacle et ses faux semblants. Entre tension psychologique et grotesque assumé, La vénus à la fourrure est porté par les compositions détonantes de Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner.

10 nov. 2013

Inside Llewyn Davis / Joel et Ethan Coen

Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu'un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu'il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l'aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n'importe quel petit boulot. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d'où il vient.

Habitués de la compétition cannoise les frères Coen, récompensés par la prestigieuse palme d’or pour Barton Fink en 1991, ont présentés cette année Inside Llewyn Davis, une comédie inspirée de l’oeuvre autobiographique de Dave von Ronk  sur un musicien de folk dont nous suivons quelques jours de sa vie dans l’univers musical de Greenwich Village au début des années 60.
 
On retrouve dans le personnage de Llewyn Davis, désargenté, en galère permanente pour trouver un canapé pour passer la nuit, à la vie amoureuse compliquée,  l’affection des Coen pour les personnages de loosers magnifiques et leur talent pour écrire des situations surréalistes marquées par un humour noir ou un sens de l’absurde jubilatoires.
 
LLewyn, dans cette mini odyssée  (New-York,  Chicago puis retour a la case départ) où il tente de décrocher des contrats pour vivre de son art quand il ne court après un chat espiègle va croiser une galerie de personnages savoureux comme le couple de musiciens Jim et Jean (Justin Timberlake/Carey Mulligan), un étrange duo d’automobilistes (John Goodman, Garret Hundlund) ou bien encore un certain Bob Dylan alors inconnu.

Dans la peau de LLewyn, l’acteur Oscar Isaac, vu dans Agora ou Drive, assure le show en interprétant en live les ballades folks de cette comédie emballante, un  hommage réussi à la scène folk des années 60 où les Coen se révèlent en très belle forme et pour lequel ils ont remporté le Grand Prix au dernier festival de Cannes.

9 nov. 2013

Blood ties / Guillaume Canet

New York, 1974. Chris, la cinquantaine, est libéré pour bonne conduite après plusieurs années de prison pour un règlement de compte meurtrier. Devant la prison, Frank, son jeune frère, un flic prometteur, est là, à contrecœur. Ce ne sont pas seulement des choix de « carrières » qui ont séparé Chris et Frank, mais bien des choix de vies et une rivalité depuis l’enfance. Leur père Léon, qui les a élevés seul, a toujours eu pour Chris une préférence affichée, malgré les casses, la prison… Pourtant, Frank espère que son frère a changé et veut lui donner sa chance : il le loge, lui trouve un travail, l’aide à renouer avec ses enfants et son ex-femme, Monica. Malgré ces tentatives, Chris est vite rattrapé par son passé et replonge. Pour Frank, c’est la dernière des trahisons, il ne fera plus rien pour Chris. Mais c'est déjà trop tard et le destin des deux frères restera lié à jamais.

Pour sa première aventure américaine en tant que réalisateur, Guillaume Canet a choisi d’adapter l’histoire de Les liens du sang, basée sur le  livre Deux frères flic et truand des frères Papet, dans laquelle il a joué aux côtés de François Cluzet en 2008.
Il a enrôlé  un beau cast composé de Clive Owen, Billy Cudrup, Mila Kunis, James Caan ou bien Marion Cotillard dans cette tragédie familiale transposée dans le New-York des années 70 avec l’aide de James Gray à l’écriture.

Si la re-création du New-York de ces années-là est réussi avec une patine bien 70′s, au niveau de l’image terne comme des costumes et voitures réalistes, en cela proche des films de Lumet ou de Schatzberg, Blood ties déçoit en développant trop d’intrigues secondaires comme les histoires d’amour des frères ou le personnage périphérique de prostituée jouée par Marion Cotillard au détriment de la relation entre frères qui manque du coup d’intensité dramatique. Des scènes de romance redondantes et l’utilisation pas toujours inspirée de la musique pour masquer des dialogues pas vraiment à la hauteur de ce qu’on pouvait attendre des scénaristes ont tendance à figer le film dans un rythme languissant. James Caan en patriarche rongé par les remords et Owen en voyou incontrôlable ont beau faire ce qu’ils peuvent pour apporter un souffle tragique au récit, il manque à ce film d’élève téméraire le sens de la tragédie d’un James Gray avec qui Canet ne peut inévitablement pas échapper à la comparaison.

Challenge professionnel de taille pour Guillaume Canet, Blood ties se révèle, à défaut d’être un polar crépusculaire marquant comme la somme des talents au générique le laissait espérer, un travail assez bien exécuté qui devrait attirer l’attention d’Hollywood sur son jeune réalisateur français.

NDLR : la présente chronique porte sur le montage présenté au dernier festival de Cannes, depuis sa présentation cannoise la durée du film a été raccourcie de 17′ pour sa sortie en salles le 30 octobre

Un château en Italie / Valéria Bruni Tedeshi

Louise rencontre Nathan, ses rêves ressurgissent. C’est aussi l’histoire de son frère malade et de leur mère, d’un destin : celui d’une grande famille de la bourgeoisie industrielle italienne. L’histoire d’une famille qui se désagrège, d’un monde qui se termine et d’un amour qui commence.

Après Il est plus facile pour un chameau (2003) et Actrices (2006) qui étaient nourris de la vie de sa réalisatrice, Un Château en Italie est aussi une histoire de famille, la fin d’un monde bourgeois où évoluent une mère (celle de Valéria Bruni Tedeshi), une soeur et un frère complices qui vont être séparés par la mort de ce dernier sur fond de liquidation des biens mobiliers de la famille italienne. Mais il s’agit également d’une histoire d’amour entre l’héroïne (Bruni Tedeshi), une actrice retirée des affaires qui prie Dieu pour avoir un enfant et un jeune acteur (le gouailleur Louis Garrel) qui lui aussi est gagné par des doutes sur son métier.

Le ton cettre tragi-comédie franco-italienne, aux dialogues directs, oscille ainsi entre la tristesse (la maladie incurable du frère) et le comique (beaucoup de scènes cocasses liées à la religion catholique), un équilibre bien réussi par Valéria Bruni-Tedeshi au fil des saisons de cette jolie chronique familiale.

27 oct. 2013

Le 49ème parallèle / Michael Powell (test blu-ray)

1940. Un sous-marin allemand qui vient de torpiller un navire marchand anglais arrive dans les eaux territoriales canadiennes. Six de ses hommes, commandés par l'officier nazi Hirt, réussissent à mettre pied sur la côte, quand la Canadian Royal Air Force repère le submersible et le coule...

Le cinéaste britannique Michael Powell, auteur entre autres chefs d'oeuvre de Le voyeur et Les chaussons rouges, est régulièrement cité par Martin Scorsese comme l'une de ses sources d'inspiration. Son film de guerre Le 49ème parallèle, Oscar du meilleur scénario en 1943, est proposé par Carlotta en copie restaurée, après l'excellent travail éditorial effectué sur Colonel Blimp, Le narcisse noir et Les chaussons rouges.

Début des années 40 : Churchill donne d'importants moyens logistiques, matériels et financiers au milieu du cinéma pour doper la fréquentation des salles. Le 49ème parallèle est le parfait exemple de ce que la mobilisation du monde du 7 ème art à l'effort de guerre peut produire de meilleur. Michael Powell et son collaborateur Emeric Pressburger ont en effet tourné ce film pour provoquer l'entrée en guerre des USA.
L'idée de ce 49ème parallèle qui géographiquement séparent USA et Canada s'impose pour Powell à la lecture d'un journal canadien exposant la difficulté du Canada à affronter Hitler. Ainsi Powell explique avoir voulu "faire un film au Canada pour flanquer la frousse aux ricains et les faire rentrer en guerre le plus vite".

Ce film à vocation propagandiste adopte une construction narrative et un point de vue audacieux : on suit en effet des nazis, les personnages principaux, dans leur traversée du Canada. Powell parvient à éviter caricature et manichéisme en nuançant le portrait des ennemis, non stigmatisés en bloc. Sont opposées au danger de l'idéologie nazie la fraternité et la générosité des habitants du Canada tels les personnages haut en couleur de Laurence Olivier en réjouissant trappeur français à l'accent impayable et de Leslie Howard en ethnologue amateur d'art indifférent aux bruissements du monde.
Après une entrée directe au coeur de l'action le récit à épisode avance au rythme de ce groupe singulier, au fil de rencontres inattendues et savoureuses dans des paysages sublimes, entre suspense et pause contemplative, avec lyrisme et inspiration visuelle .

Test blu-ray

Technique
De la remasterisation qui fait la part belle aux contrastes solides subsistent quelques scories (petites tâches) et parfois une instabilité pour une image hd qui s'avère convenable vu l'âge du film. Unique piste audio, une piste anglaise mono originelle proposée en DTS HD Master Audio avec un résultat frontal et clair.

Bonus :
Le seul supplément de cette édition Carlotta est un court métrage propagandiste réalisé par Powell, The Volounteer (1944 - 45'), pour inciter les jeunes à devenir des héros de guerre.

Le blu-ray de Le 49ème parallèle est disponible depuis le 24 octobre chez Carlotta.
Chronique en partenariat avec Cinetrafic.fr

7 oct. 2013

Trance / Danny Boyle

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon… 

L'éclectique Danny Boyle, après les Oscars de Slumdog Mililionaire et la mise en scène des derniers JO, revient au cinéma de ses débuts, celui nerveux, violent et trash de Petits meurtres entre amis et Trainspotting, avec le thriller psychologique Trance.

L'aspect puzzle de l'intrigue qui navigue entre film de casse, thriller paranoïaque et film noir au gré de cette plongée trouble dans les méandres de l'esprit d'un sujet torturé (le personnage de Simon comme bien d'autres dévoile son vrai visage peu à peu) procure une sensation jubilatoire. Danny Boyle s'amuse en effet à jouer avec les facettes de ses personnages, les différents niveaux de lecture où les souvenirs se confondent avec la réalité, les retournements de situation jusqu'à un final particulièrement violent. Sa mise en scène très stylisée illustre avec des filtres colorés, des images au bords déformés et son jeu de reflets le trouble d'une personnalité à la mémoire fracturée et une réalité étrange où les faux-semblants sont légion.

Dans le rôle de ce commissaire priseur peut-être pas aussi irréprochable qu'il paraît, l'écossais James McAvoy s'avère très convaincant face à Vincent Cassel en truand à la classe française et Rosario Dawson sexy en diable dans un rôle complexe de thérapeute.

Avec sa mise en scène viscérale et très élaborée au service d'un scénario malin, Danny Boyle réussit à hypnotiser et égarer le spectateur dans l'écheveau narratif et l'inquiétante réalité de ce Trance qui au final se révèle surprenant et jubilatoire.

DVD et blu-ray de Trance sont édités par FPE avec en bonus making of, scènes coupées, rétrospective de la carrière de Danny Boyle, conférence de presse à Paris en avril 2013.

5 oct. 2013

Mama / Andres Muschietti

Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique… 

Auteur d’un remarquable court-métrage horrifique tourné en 2008 (présent sur le disque blu-ray), Andres Muschietti s’est vu confier l’adaptation en long-métrage de ce film court Mamá par le réalisateur et producteur Guillermo Del Toro.

Andres Muschietti reprend la thématique de la maternité contrariée dans son long métrage pour lequel il a bénéficié d’un budget confortable (15M$) et la présence au casting de la très hype et talentueuse Jessica Chastain.

La première demi-heure placée sous le sceau de la tragédie familiale surprend agréablement en mélangeant des références à L’enfant sauvage et des films classiques de fantôme comme La dame en noir. On y retrouve aussi un décor récurrent dans ce genre de film, la fameuse cabane au fond des bois avec présence inquiétante tapie dans l’obscurité.
Puis l’action du reste du long métrage est circonscrite à une demeure familiale à l’apparence chaleureuse où le fantôme d’une mère possessive rôde autour de deux jeunes orphelines placée dans leur famille d’accueil, un couple bohème composé de leur oncle dessinateur et son amie musicienne. La bonne idée des scénaristes, le réalisateur et sa soeur Barbara Muschietti également productrice, est d’éliminer de l’équation le personnage masculin (Nikolaj Coster-Waldau) pour se concentrer sur la relation complexe faite de méfiance puis d’affection entre les deux jeunes filles longtemps privées d’amour maternel et leur mère d’adoption (Jessica Chastain) qui dès le début du film refuse l’idée de maternité pour vivre en toute insouciance une adolescence prolongée.

Le récit alterne alors des moments intimes où le trio féminin tente de s’apprivoiser et des moments de tension dramatique avec les apparitions angoissantes de la créature Mamá. De plus se déroule en parallèle l’enquête d’un docteur chargé du dossier des deux fillettes sur l’histoire de Mamá. En résulte quelques longueurs rattrapées par une mise en scène efficace à défaut d’être mémorable qui utilise le pouvoir suggestif de l’obscurité avec monstre tapi dans le placard et parvient à composer des images fortes comme ce plan où la paroi entre deux pièces créée un split screen où se déroulent deux actions en simultané dont la convergence pourrait être source de drame.

L’excellente interprétation du trio féminin, Jessica Chastain une fois de plus éblouissante aux côtés des deux fillettes Megan Charpentier et Isabelle Nélisse vraiment bluffantes dans des rôles difficiles, est vecteur d’une émotion qui fait généralement défaut au genre et permet de s’attacher au sort des protagonistes de ce drame fantastique.

Le dernier tiers, plus tendu, culmine dans une séquence de poésie macabre dont la réussite plastique et la force dramatique n’est pas sans rappeler celle du formidable Le labyrinthe de Pan d’un certain Guillermo Del Toro qui a trouvé en Andres Muschietti un disciple doué.

Le DVD et blu-ray sont édités chez Universal avec en bonus le très réussi court métrage original de Andrés Muschietti, avec introduction de Guillermo del Toro et commentaire de Andrés Muschietti, 6 scènes coupées commentées et deux making of.

Evil dead / Fede Alvarez

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux… 

Il aura fallu un court-métrage de science-fiction réalisé en 2009 pour que l’uruguayen Fede Alvarez se voit confier par Sam Raimi le remake de son film culte Evil dead sorti en 1981. Avec un budget réduit le jeune réalisateur a signé ce court efficace dans lequel une horde de robots géants venus de l’espace saccagent Montevideo. Ce mini Independance day  fauché (budget estimé à seulement 300 dollars !) mais au résultat bluffant a été vu sept millions de fois sur YouTube puis lui a ouvert les portes d’Hollywood avec ce remake à 17M$.
En jouant la carte du premier degré avec des effets bien sanguinolents réalisés à l’ancienne, cette version 2013 d’Evil dead ne dément pas les promesses de l’affiche du teaser du film vendu comme « le film le plus terrifiant que vous ayez jamais vu ».

L’intrigue se démarque de l’original dès l’ouverture où le groupe de jeunes se rend dans la fameuse cabane au fond des bois pour désintoxiquer l’un d’entre eux et non pour un week-end de festivités; le ton dramatique est donné dès le premier quart d’heure. Les effets splastick et le personnage iconique cartoonesque de l’original, Ash, sont abandonnés au profit d’une noirceur que l’on retrouve dans l’écriture où le personnage principal est une junkie qui devra faire beaucoup de sacrifices pour survivre et l’aspect visuel avec un décor sombre où s’enchaînent les  séquences  violentes. Les fans de l’original apprécieront les multiples références au classique de Raimi : un plan sur une tronçonneuse, un caméo de Bruce Campbell dans le générique de fin ou des séquences marquantes comme celle du viol de la forêt.

Cette nouvelle version d’Evil dead pousse en effet assez loin le curseur du gore : auto-amputations, lacérations, pénétrations par objets tranchants…Le choix de trucages à l’ancienne avec latex et effets en live, préférés à des images de synthèse, apporte un surcroît de tension dramatique, bien maintenue jusqu’à un final dantesque.

On passera outre les défauts inhérents au genre, dialogues pauvres et personnages stéréotypés même si la jeune Jane Levy est particulièrement convaincante dans le rôle principal pour apprécier ce survival intense et sec redoutablement exécuté. Evil dead 2013 est une belle réussite horrifique, un film marquant dans ce genre après La cabane dans les bois (2011).

Le film est édité en dvd et blu-ray par Metropolitan avec comme bonus Le tournage (7'26")/La renaissance (9'49")/Une expérience difficile (8'12")/Le Livre des Morts (5'06")/Moi, Mia (9'13")/L'avant-première parisienne : Masterclass avec le réalisateur Fede Alvarez (10'32")

9 mai 2013

L'étrangleur de Boston / Richard Fleischer

Boston, 1962. Une vieille femme est retrouvée étranglée à son domicile. Les mobiles du crime sont inexplicables. Au cours des deux années suivantes, douze autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires. Le procureur général Bottomly est désigné pour prendre l'affaire en main. Un jour, Alberto DiSalvo, un modeste ouvrier, est arrêté par la police pour avoir pénétré dans un appartement par effraction...


Le prolifique Richard Fleischer se fait connaître à la fin des années 40 avec des films à suspense et des polars comme Bodyguard (1948) et L'assassin sans visage (1949). Après la série B devenue un classique L'Enigme du Chicago Express réalisé en 1952, Fleischer se voit confier par les studios Disney la réalisation d'un film d'aventure à gros budget, 20.000 lieues sous les mers. Autre film d'action, un genre où Fleischer s'illustrera tout au long de sa longue carrière de Barabbas (1962) à Conan le destructeur (1984), Les Vikings (1958) le voit collaborer pour la première fois avec Tony Curtis qu'il retrouvera 10 ans plus tard pour L'étrangleur de Boston.
Sorti en 1968 la même année que L'affaire Thomas Cown de Norman Jewison, L'étrangleur de Boston demeure l'une des plus belles réussites de la carrière de Richard Fleischer, avec Soleil vert dans un genre différent, pour son superbe utilisation du split-screen et la composition bluffante de Tony Curtis dans un rôle de tueur schizophrène.
Basé sur des faits réels, l'intrigue de L'étrangleur de Boston voit les forces de police échouer pendant la première heure du métrage à coincer le tueur qui sévit dans Boston, 13 meurtres au compteur dont une partie est orchestrée de manière clinique à l'aide du split-screen, procédé narratif utilisé ici à des fins dramatiques, à l'inverse de Thomas Crown où l'écran partagé relève plus d'un effet stylistique pour faire moderne qu'un choix de mise en scène à des fins dramatiques. Quelques séquences d'enquête avec interpellations de suspects potentiels mais surtout les séquences de meurtre utilisent judicieusement le split screen pour faire monter la tension dramatique : par exemple lors d'une séquence type où deux action sont montrés en simultané dans le même plan, l'étrangleur dans sa voiture et sa future victime cohabitent dans le même cadre avant l'acte barbare, souvent montré hors-champ. Les meurtres sont ainsi disséqués de manière clinique dans une recherche de réalisme documentaire assez glaçant. La fragmentation de la scène en plusieurs images est ainsi la métaphore visuelle de la personnalité dérangée, éclatée de Alberto DiSalvo interprété par Tony Curtis qui n'apparait à l'écran qu'au bout d'une heure pour se faire arrêter par négligence. Le dernier quart est consacré à l'interrogatoire de l'étrangleur par l'adjoint du procureur du Massachusets,  responsable  du bureau de l'Etrangleur, incarné solidement par Henry Fonda. Fleischer utilise pendant ces scènes en huis-clos un fond blanc angoissant pour isoler peu à peu le tueur en proie à des troubles mentaux dont l'illustration se fait via des images subliminales où ses meurtres sont rejoués avec des détails anatomiques (mains, visages) pour accroître l'horreur.
L'ambiance malsaine et noire de L'étrangleur doit beaucoup à l'utilisation du split-screen qui accentue la tension dramatique en découpant de manière chirurgicale les séquences de meurtre et la composition surprenante de Tony Curtis en schizo flippant. Ce polar de Fleischer est à re(découvrir) d'urgence.

Test blu-ray

Le master restauré avec son grain bien 70's dans l'esprit documentaire recherché par le réalisateur est très correct; malgré la présence de nombreux points blancs à l'image et un piqué parfois perfectible, le rendu argentique est satisfaisant pour un film de cet âge. 
Les pistes sonores française (en mono) et anglaise (en stéréo) signées DTS-HD Master Audio sont de bonne qualité stéréo, la vf est accompagnée d'un peu de souffle.

En bonus deux intéressants modules avec tout d'abord "L'écran schizophrène" (21'), une interview passionnante de William Friedkin qui rend un hommage sincère au réalisateur et au film, une source d'inspiration pour son travail notamment L'exorciste. Puis dans "Faux nez, vrai tueur" (30') le fils de Richard Fleischer, le chef opérateur Richard H.Kline et l'actrice Sally Kellerman reviennent sur le tournage du film, le replacent dans l'oeuvre du réalisateur de Soleil vert et évoquent le procédé du split screen.

L'étrangleur de Boston est disponible chez Carlotta depuis le 17 avril 2013.
Chronique en partenariat avec Cinetrafic.fr


8 mai 2013

Jurassic Park 3D / Steven Spielberg

Ne pas réveiller le chat qui dort… C’est ce que le milliardaire John Hammond aurait dû se rappeler avant de se lancer dans le « clonage » de dinosaures. C’est à partir d’une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d’espèces de dinosaures. Il s’apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c’était sans compter la cupidité et la malveillance de l’informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l’île…

Sorti en 1993, Jurassic Park réalisé par Steven Spielberg, en plus d’être un énorme succès au box-office avec près de 1 milliards de recettes mondiales, a été une étape marquante dans l’utilisation des images de synthèse pour animer des créatures, prouesse  technique récompensée par un Oscar des meilleurs effets visuels auquel s’ajoutent ceux du meilleur son et du meilleur montage sonore.
Pour célébrer les 20 ans du film, Jurassic Park ressort en salles dans une 3D relief époustouflante, une conversion très réussie, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Pur divertissement, Jurassic Park fascine toujours autant après deux décennies, le génie de Spielberg, conteur hors pair et technicien virtuose, allié au spectaculaire travail de ILM provoquent toujours autant de jubilation devant les morceaux de bravoure où hommes et dinosaures se font face. Avec le recul, on passera outre les réserves liées à un scénario mécanique qui à défaut d’être surprenant s’avère efficace en alignant de manière métronomique les séquences d’émerveillement ou de terreur avec un type de dinosaure différent, des invraisemblances à la pelle et un jeu d’acteur inégal (Laura Dern en sur-jeu régulier, les gamins surdoués) pour se laisser emporter par la magie de l’aventure où la capacité unique de Spielberg à ré-enchanter le monde fonctionne à nouveau à merveille. Nous faire croire à l’impossible, une constante dans la démarche cinématographique de Spielberg, ou du moins dans une grosse partie de sa filmo, ici illustrée avec un indéniable savoir-faire.

Visuellement, le film passe très bien le cap des 20 ans, Spielberg et son équipe technique ayant choisi judicieusement un mélange pour les trucages entre images de synthèse pour les plans larges et effets animatroniques pour les plans plus serrés sur une partie du corps des dinosaures. La 3D relief est vraiment bluffante pour les séquences faisant intervenir le monstre phare, le T-Rex, pour une attaque nocturne au découpage de génie puis les vélociraptors lors de la traque haletante dans les cuisines vers la fin du film. Les cadrages et mouvements de caméra savants voulus par Spielberg donnent une incontestable valeur ajoutée à la 3D relief : plongées vertigineuses pour la scène culte de la voiture dans l’arbre, plans serrés terrifiants sur la gueule béante du T-Rex qui parait sortir de l’écran, succession de contre-plongée lors d’une escalade périlleuse d’une clôture…La tension dramatique se trouve ainsi décuplée par le procédé.

Après Titanic, Jurassic Park bénéficie lui aussi d’une superbe 3D relief pour sa ressortie en salles. Poussez (à nouveau) les portes de Jurassic Park, sensations fortes garanties!


30 avr. 2013

Mud / Jeff Nichols

Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : une dent en moins, un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur. Mud, c’est aussi un homme qui croit en l’amour, une croyance à laquelle Ellis a désespérément besoin de se raccrocher pour tenter d’oublier les tensions quotidiennes entre ses parents. Très vite, Mud met les 2 adolescents à contribution pour réparer un bateau qui lui permettra de quitter l’île. Difficile cependant pour les garçons de déceler le vrai du faux dans les paroles de Mud. A-t-il vraiment tué un homme, est-il poursuivi par la justice, par des chasseurs de primes ? Et qui est donc cette fille mystérieuse qui vient de débarquer dans leur petite ville de l’Arkansas ?

Film en compétition dans la Sélection Officielle du 65ème Festival de Cannes 2012

Après le remarquable Take shelter présenté en 2011 dans la section Un certain regard, l’américain Jeff Nichols a eu les honneurs de la compétition avec Mud interprété par Matthew McConaughey, Reese Witherspoon et Tye Sheridan.
Avec ses jeunes héros se liant d’amitié avec un vagabond en fuite réfugié sur une île au milieu du Mississipi, Mud évoque aussi bien le roman d’apprentissage à la Mark Twain que Badlands de Terrence Malick avec cette ode élégiaque à la beauté du Sud recueillant un individu en fuite.
Il se dégage du film une vraie sincérité à raconter le parcours iniatique d’un jeune garçon, la perte de ses illusions sur l’amour, un sentiment volatile auquel s’accroche également en romantique acharné Mud. A cette histoire d’amitié autour de laquelle gravite une poignée de personnages attachants incarnés par Sam Shepard ou l’acteur fétiche de Nichols Michael Shannon s’ajoute une vision sensible qui respire l’authenticité de la culture du Sud, ses gens modestes, ses paysages sauvages.
En vrai conteur, Jeff Nichols développe une intrigue solide où chaque scène trouve sa place, sa respiration dans l’ensemble, entre pauses contemplatives et accélérations tragiques, entre beaux moments d’émotion et intensité de l’action, la tension dramatique culminant dans une fusillade grandiose.
Très bien interprété notamment par le jeune Tye Sheridan vu dans Tree of life et Matthew McConaughey surprenant en fugitif au grand coeur, Mud est du grand cinéma alliant écriture solide, mise en scène fluide, photographie superbe et interprétation majeure.

Signé par un jeune réalisateur prodigieux ayant signé à 33 ans trois mémorables films, Mud est mon coup de coeur du dernier festival de Cannes.

Sortie en salles le 01/05/2013

16 avr. 2013

Cogan : Killing Them Softly / Andrew Dominik

Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère… 

Du réalisateur du western mélancolique L’assassinat de Jesse James le choix d’un polar mafieux avec Brad Pitt, Ray Liotta et James Gandolfini suscitait pas mal de curiosités vu son traitement personnel du genre western dans son superbe précédent film.

Au delà de son pitch classique de polar, adaptation du roman L'Art et la manière paru en 1974 et écrit par George V. Higgins, un homme de main doit exécuter un contrat pour rétablir le contrôle du business de ses employeurs, Cogan : Killing Them Softly superpose avec réussite l’histoire de la crise économique des bas-fonds de la pègre à l’histoire de la crise financière d’un pays : on y croise ainsi un duo de petits gangsters paumés enchaînant les maladresses,  un tueur à gage alcoolique et fatigué en instance de divorce, un tenancier de tripot imaginant le braque de son commerce pour survivre, un col blanc achetant des billets éco pour les tueurs qu'il a engagé. Quant au personnage de Brad Pitt, un tueur froid mais cultivé et lucide sur le sort de son pays, il doit insister pour obtenir le juste salaire alors que son employeur négocie invoquant la crise généralisée !

Andrew Dominik aborde le polar sous un angle intéressant en mettant en scène le malaise existentiel que ces personnages trimballent dans un monde en crise. Dans ces conversations triviales que l’on croiraient écrites par Tarantino, un sentiment de solitude émerge, la dépression gagne, la palme revenant à James Gandolfini, énorme en gangster sur le retour ne voulant plus sortir de sa chambre et exécuter son contrat.

Parfois trop maniériste (la séquence d’une virtuosité vaine d’un flingage avec effet bullet time) la mise en scène stylisée de Dominik est plus efficace quand elle s’attache à développer son drame policier capitaliste, à révéler la détresse ou l’humour à froid de ses personnages, en faisant déclarer par exemple à Brad Pitt sur un ton cynique et désabusé que « l’Amérique ce n’est pas un pays, c'est un business ».

Cogan : Killing Them Softly  est disponible en dvd & blu-ray chez Metropolitan depuis le 05 avril 2013.

The Place Beyond the Pines / Derek Cianfrance

Cascadeur à moto, Luke est réputé pour son spectaculaire numéro du «globe de la mort». Quand son spectacle itinérant revient à Schenectady, dans l’État de New York, il découvre que Romina, avec qui il avait eu une aventure, vient de donner naissance à son fils… Pour subvenir aux besoins de ceux qui sont désormais sa famille, Luke quitte le spectacle et commet une série de braquages. Chaque fois, ses talents de pilote hors pair lui permettent de s’échapper. Mais Luke va bientôt croiser la route d’un policier ambitieux, Avery Cross, décidé à s’élever rapidement dans sa hiérarchie gangrenée par la corruption. Quinze ans plus tard, le fils de Luke et celui d’Avery se retrouvent face à face, hantés par un passé mystérieux dont ils sont loin de tout savoir… 

Après Blue Valentine (2010), chronique déchirante sur le délitement d’un couple avec Ryan Gosling et Michelle Williams, Derek Cianfrance fait montre d’ambition romanesque avec The place beyond the pines, saga familiale étalée sur 15 ans portée par un casting très hype avec l’incontournable Ryan Gosling, Bradley Cooper et Eva Mendes.

Tragédie familiale divisée en 3 chapitres The place beyond the pines s’ouvre, de manière scotchante avec une caméra mobile façon Dardenne, sur les exploits motorisés d’un motorcycle boy torturé interprété par Ryan Gosling, écorché vif mutique qui rappelle forcément le Driver du cultissime Drive de Nicolas Winding Refn. Ce personnage de rebelle tatoué à la recherche du bonheur pour lui et sa nouvelle famille disparaît brutalement dès le premier chapitre mais son souvenir hantera tout le film, les personnages interprétés par Bradley Cooper et Dane DeHaan dans les parties suivantes comme le spectateur intrigué par cette figure charismatique tragique. Les hasards de la vie vont rapprocher tous ses êtres dans un tableau sensible en clair-obscur d’une humanité qui se débat pour se faire une place au soleil.

Porté par une rigoureuse intensité dramatique, interprétés par des acteurs magnifiques (Gosling, Cooper et Mendes livrent des prestations mémorables), The place beyond the pines est une tragédie puissante et marquante sur les relations père/fils, dans la lignée du travail de James Gray (La nuit nous appartient). Derek Cianfrance livre un très bon film qui devrait le faire rentrer dans la cour des grands.

15 avr. 2013

End of Watch / David Ayer

Chaque jour, Brian Taylor et Mike Zavala, jeunes officiers de police, patrouillent dans les rues les plus dangereuses de Los Angeles. À travers les images filmées sur le vif, on découvre leur quotidien sous un angle jamais vu. Du danger partagé qui forge la fraternité à la peur et aux montées d’adrénaline, c’est une fascinante plongée au cœur de leur vie et d’un quartier, une histoire puissante sur l’amitié, la famille, l’honneur et le courage. 

Réalisateur de deux polars fiévreux, Bad times (2005) et Au bout de la nuit (2008) et scénariste entre autres du nerveux Training day (2001), David Ayer récidive dans le polar hard boiled avec End of watch, probablement son meilleur film derrière la caméra.

Afin de traduire la tension du quotidien de deux flics de la division la plus dangereuse de L.A et catapulter le spectateur dans le feu de l’action, David Ayer a opté, comme processus filmique, pour l’utilisation de multiples caméras numériques provenant de sources différentes : enregistrements en provenance de la voiture de patrouille, appareil numérique utilisé par les gangsters pour immortaliser leurs méfaits, petites caméras achetées par le personnage joué par Jake Gyllenhaal dans le cadre d’un projet personnel (le scénario ne dévoile rien de la nature de ce projet obscur, soit, admettons!). Entre outre dans cette recherche de réalisme, Ayer, ancien marine dont l’enfance s’est déroulée dans le quartier chaud de South central dépeint dans le film, a engagé un ancien officier de police en tant que conseiller technique, Jaime Fitzimons par ailleurs interprète du Capitaine Reese.

Si le film abandonne par moments, surtout dans le dernier tiers, les prises de vues subjectives pour une mise en scène classique, End of watch s’avère passionnant, tendu, avec une tension dramatique allant crescendo jusqu’au guet-apens violent qui clôt l’histoire et attachant, le duo de flics campé par Jake Gyllenhall et Michael Pena fonctionnant à merveille.

Le récit alterne scènes conjugales, causeries lors des patrouilles avec le traitement d’affaires sordides (traite d’être humains) puis morbides (cadavres démembrés dans une cave) qui vont conduire les deux policiers à figurer dans le collimateur d’un cartel mexicain. L’aspect noir et glauque des cas traités par le duo est contrebalancé par la tendresse des scènes de leur vie conjugale respective et  les manifestations d’amitié qui cimente cette équipe.

En ressort un hommage sincère au travail difficile de flic où la solidarité entre collègues permet d’atténuer la violence quotidienne de la rue (incroyable dernière séquence d’action où les rues d’un bloc de LA sont filmées comme un labyrinthe mortel) mais surtout un très bon film policier en immersion, appliquant avec inspiration les codes du found fountage au polar.

Percutant et fort, d’un réalisme viscéral, End of watch est un des meilleurs cop movie de ces dernières années.

End of watch est disponible en DVD & blu-ray chez Metropolitan depuis le 25 mars dernier.

13 avr. 2013

Savages / Oliver Stone

Laguna Beach, Californie : Ben, botaniste bohème, Chon, ancien Navy Seal, et la belle O partagent tout. Ben et Chon sont à la tête d’un business florissant. Les graines ramenées par Chon de ses missions et le génie de Ben ont donné naissance au meilleur cannabis qui soit. Même s’il est officiellement produit pour des raisons thérapeutiques, ils en dealent partout avec la complicité de Dennis, un agent des stups. Leur affaire marche tellement bien qu’elle attire l’attention du cartel mexicain de Baja, dirigé d’une main de fer par Elena. Face à leur proposition d’"association", Chon est partisan de résister par la force, mais Ben préfère tout abandonner. Pour les contraindre à coopérer, le cartel kidnappe O. Elena a eu raison d’utiliser les liens très forts du trio, mais elle a aussi sous-estimé leur capacité à réagir… C’est le début d’une guerre entre l’organisation du crime dont le bras armé, Lado, ne fait aucun cadeau et le trio. Qu’il s’agisse de pouvoir, d’innocence, ou de la vie de ceux qu’ils aiment, tout le monde a quelque chose à perdre. 

Après une série de films décevants depuis le début des années 2000 (World trade center, W, Wall Street 2), Oliver Stone est de retour en grande forme avec Savages, adaptation du roman de Don Winslow, avec un casting très convaincant.

Armé d'un excellent matériau d'un départ et d'un casting malin mêlant la nouvelle génération (Taylor Kitsch, Aaron Taylor-Johnson, Blake Lively) à des acteurs confirmés (Salma Hayek, John Travolta, Benicio Del Toro), Oliver Stone retrouve le mordant et l'acidité qu'on lui connaissait dans ses films contemporains (Wall Street, L'enfer du dimanche) et son sens du cast vecteur de  prestations mémorables (JFK, Né un quatre juillet).

Le coeur de Savages est un triangle amoureux contrarié par la reine Hayek et ses sbires chicanos dont Benicio Del Toro dans un numéro de dingue : Stone oppose avec cynisme l'entreprise artisanale de marijuana thérapeutique des petits jeunes au business implacable du cartel mexicain de Baja dirigé d'une main de fer par Elena.

Tout le monde a l'air de bien s'amuser (Travolta et Del Toro ont des dialogues ciselés), Stone en tête jouant avec la narration, les filtres colorés dans un montage où coulent à flot humour noir et violence stylisée comme dans une bonne série B.

Thriller nerveux et sexy, sorte de Jules et Jim au pays des narcotrafiquants vendu en l'état par Stone, Savages remplit largement son office, divertir tout en glissant en contre-bande dans un film commercial un avis sur la vente de marijuana thérapeutique,  remettant au passage en selle un réalisateur attachant.

Savages est disponible en dvd & blu-ray chez FPE depuis le 13 février 2013.

12 avr. 2013

Ted / Seth MacFarlane

À 8 ans, le petit John Bennett fit le voeu que son ours en peluche de Noël s’anime et devienne son meilleur ami pour la vie, et il vit son voeu exaucé. Presque 30 ans plus tard, l’histoire n’a plus vraiment les allures d’un conte de Noël. L’omniprésence de Ted aux côtés de John pèse lourdement sur sa relation amoureuse avec Lori. Bien que patiente, Lori voit en cette amitié exclusive, consistant principalement à boire des bières et fumer de l’herbe devant des programmes télé plus ringards les uns que les autres, un handicap pour John qui le confine à l’enfance, l’empêche de réussir professionnellement et de réellement s’investir dans leur couple. Déchiré entre son amour pour Lori et sa loyauté envers Ted, John lutte pour devenir enfin un homme, un vrai ! 

Carton surprise au box-office us avec 216M$, Ted est une des plus originales propositions comiques de ces dernières années en mélangeant l'humour trash de Judd Apatow et le conte à la Spielberg avec une efficacité redoutable.

Une fois acceptée la situation fantastique du début (un ours en peluche prend vie) difficile de ne pas rire devant les facéties déjantées de Ted et d'être touché par cette histoire hors norme d'amitié de 30 ans.
Très référencé, Ted rend hommage à Spielberg avec son pitch fantastique où un enfant solitaire se lie d'amitié avec une créature non humaine, avec des références visuelles au culte Indiana Jones mais aussi à tout un pan de la culture geek comme Flash Gordon avec intervention tordante de Sam J.Jones. Les références jubilatoires aux classiques du 7ème art, à la pop culture, s'enchaînent au gré de situations comiques qui ne manquent pas de morceaux d'anthologie : la séquence de bagarre dans une chambre de motel entre La vengeance dans la peau pour la furie des coups portés et Frangins malgré eux pour la conclusion déjantée des disputes est à sujet mémorable.

Avec le politiquement incorrect en principe comique, dans les dialogues salés et les situations irrévérencieuses où officie en MC incontrôlable l'ours Ted adepte de la fumette, des injures et obsédé sexuel,  le réalisateur Seth MacFarlane déroule irrésistiblement ce buddy movie vers une conclusion touchante. Comme souvent chez Apatow, référence actuelle incontournable du rire us, le héros, éternel jeune glandeur, est mis face à des choix d'adulte. Le personnage de John, Mark Wahlberg très à l'aise dans la comédie, doit ainsi définir les limites de son amitié avec Ted, pote légèrement envahissant, pour sauver son couple.  MacFarlane maîtrise lui aussi l'art de rendre attachants des personnages balançant à tout bout de champ les pires insanités ou se comportant comme des ados attardés.

Seth MacFarlane qui a roulé sa bosse dans l'animation avec la série déjantée Les Griffin réussit haut la main sa comédie, premier film au pitch malin et à l'exécution jubilatoire. Bonne nouvelle, Ted 2 est dans les tuyaux.

Ted est disponible en dvd & blu-ray chez Universal depuis le 11 février 2013.

20 janv. 2013

Jason Bourne : l'héritage / Tony Gilroy

On croyait tout connaître de l'histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets…
De Treadstone est né "Outcome", dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un "héritage" explosif : compromis, les agents "Outcome" sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le "père" du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités.
Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’"Outcome", Marta Shearing, elle-même menacée de mort… 


Après une trilogie acclamée dans le monde entier avec en point d’orgue un troisième volet aux séquences d’action réaliste parmi les plus trépidantes de la décennie précédente (la poursuite à pied sur les toits de Tanger, une chasse à l’homme dans New-York), le défi était grand pour les producteurs et le réalisateur/co-scénariste Tony Gilroy de reprendre une franchise à succès sans son personnage phare et son acteur vedette Matt Damon.

Plutôt malin, le scénario de Jason Bourne : l’héritage déroule des évènements en parallèle à la fin de La vengeance dans la peau : des actions de Jason Bourne à la fin du troisième opus découlent les péripéties de ce nouvel épisode qui voit un nouvel agent, en fait un super-soldat, cobaye d’un programme annexe à celui qu’à fait imploser Bourne, lutter pour sa survie. A ce nouvel agent les scénaristes ont adjoint dans sa fuite en avant un personnage féminin, une bio-chimiste interprétée avec conviction par Rachel Weisz. Charismatique, Jeremy Renner est tout à fait crédible en héros de film d’action; si l’acteur de Démineurs ne parvient pas à effacer le souvenir de Matt Damon, très attachant en espion amnésique au physique d’étudiant,  il compose un Aaron Cross au parcours personnel intéressant soit retrouver sa part d’humanité.

Excepté une amusante séquence d’action avec des loups, le premier tiers s’avère très bavard, le récit étant chargé d’établir la filiation avec les épisodes précédents (du premier plan aquatique renvoyant à la dernière image de La vengeance à la chanson de générique de Moby)  comme d’introduire de nouveaux personnages comme celui assez solide de Rachel Weisz et un colonel retors joué par Edward Norton, l’acteur, trop rare sur les écrans, se voyant malheureusement cantonné tout le film dans des salles de commandement. La narration met en effet en opposition, dans la tradition des Bourne, les forces des services secrets intriguant devant des écrans de contrôle, leurs atouts tentant d’arrêter sur le terrain les fugitifs, ici le duo Cross/Shearing lancé dans une fuite débridée pour leur survie jusqu’aux Philippines.

Si le rythme est émollient dans son premier tiers, la rencontre entre le super-agent et la biochimiste qui pourrait le sauver est le point de départ de séquences mouvementées dont l’orchestration qui, si elle ne fait pas preuve d’originalité (la dernière demi-heure avec succession de poursuite à pied sur des toits et véhicules lancés à toute allure dans le flux de circulation d’une grande ville rappelle beaucoup dans sa conception celle de La vengeance dans la peau), s’avère efficace grâce à un montage moins frénétique que dans les Bourne. Du coup si l’action s’avère moins immersive  elle demeure plus lisible qu’avant, témoin deux mémorables séquences à la fin du métrage, la poursuite sur les toits à Manille qui se conclut par une glissade dans une fosse étroite et surtout l’incroyable séquence à moto à la violente conclusion où les acteurs on été visiblement impliqués. Les amateurs d’action peuvent en effet compter sur le réalisateur de seconde équipe Dan Bradley qui officiait sur les films précédents pour assister à de l’action réaliste brute de décoffrage.

Suite réussie, Jason Bourne : l’héritage reprend avec efficacité les ingrédients de la saga Bourne (action réaliste, intrigue à teneur géo-politique, conspirations complexes ) sans toutefois retrouver la qualité incontestable des deux derniers films, plus nerveux et redoutables, portés par un remarquable acteur. Mais en l’état le spectacle est très recommandable et devrait lancer une nouvelle trilogie.

Le combo blu-ray, DVD et copie numérique est disponible chez Universal Pictures.