20 janv. 2013

Jason Bourne : l'héritage / Tony Gilroy

On croyait tout connaître de l'histoire de Jason Bourne et de son passé d’agent tueur malgré lui. Mais l’essentiel restait à découvrir. Le programme Treadstone dont Jason était le cobaye n’était que la partie émergée d’une conspiration plus ténébreuse, ourdie par d’autres branches du gouvernement et mettant en jeu d’autres agences de renseignement, d’autres programmes militaires, d’autres laboratoires secrets…
De Treadstone est né "Outcome", dont Aaron Cross est un des six agents. Sa finalité n’est plus de fabriquer des tueurs, mais des hommes capables d’assurer isolément des missions à haut risque. En dévoilant une partie de cette organisation, Jason laissait derrière lui un "héritage" explosif : compromis, les agents "Outcome" sont désormais promis à une liquidation brutale. Effacés à jamais pour que le "père" du programme, le Colonel Byer puisse poursuivre ses sinistres activités.
Une gigantesque chasse à l’homme commence, et Cross, devenue sa première cible, n’a d’autre recours que de retrouver et gagner la confiance de la biochimiste d’"Outcome", Marta Shearing, elle-même menacée de mort… 


Après une trilogie acclamée dans le monde entier avec en point d’orgue un troisième volet aux séquences d’action réaliste parmi les plus trépidantes de la décennie précédente (la poursuite à pied sur les toits de Tanger, une chasse à l’homme dans New-York), le défi était grand pour les producteurs et le réalisateur/co-scénariste Tony Gilroy de reprendre une franchise à succès sans son personnage phare et son acteur vedette Matt Damon.

Plutôt malin, le scénario de Jason Bourne : l’héritage déroule des évènements en parallèle à la fin de La vengeance dans la peau : des actions de Jason Bourne à la fin du troisième opus découlent les péripéties de ce nouvel épisode qui voit un nouvel agent, en fait un super-soldat, cobaye d’un programme annexe à celui qu’à fait imploser Bourne, lutter pour sa survie. A ce nouvel agent les scénaristes ont adjoint dans sa fuite en avant un personnage féminin, une bio-chimiste interprétée avec conviction par Rachel Weisz. Charismatique, Jeremy Renner est tout à fait crédible en héros de film d’action; si l’acteur de Démineurs ne parvient pas à effacer le souvenir de Matt Damon, très attachant en espion amnésique au physique d’étudiant,  il compose un Aaron Cross au parcours personnel intéressant soit retrouver sa part d’humanité.

Excepté une amusante séquence d’action avec des loups, le premier tiers s’avère très bavard, le récit étant chargé d’établir la filiation avec les épisodes précédents (du premier plan aquatique renvoyant à la dernière image de La vengeance à la chanson de générique de Moby)  comme d’introduire de nouveaux personnages comme celui assez solide de Rachel Weisz et un colonel retors joué par Edward Norton, l’acteur, trop rare sur les écrans, se voyant malheureusement cantonné tout le film dans des salles de commandement. La narration met en effet en opposition, dans la tradition des Bourne, les forces des services secrets intriguant devant des écrans de contrôle, leurs atouts tentant d’arrêter sur le terrain les fugitifs, ici le duo Cross/Shearing lancé dans une fuite débridée pour leur survie jusqu’aux Philippines.

Si le rythme est émollient dans son premier tiers, la rencontre entre le super-agent et la biochimiste qui pourrait le sauver est le point de départ de séquences mouvementées dont l’orchestration qui, si elle ne fait pas preuve d’originalité (la dernière demi-heure avec succession de poursuite à pied sur des toits et véhicules lancés à toute allure dans le flux de circulation d’une grande ville rappelle beaucoup dans sa conception celle de La vengeance dans la peau), s’avère efficace grâce à un montage moins frénétique que dans les Bourne. Du coup si l’action s’avère moins immersive  elle demeure plus lisible qu’avant, témoin deux mémorables séquences à la fin du métrage, la poursuite sur les toits à Manille qui se conclut par une glissade dans une fosse étroite et surtout l’incroyable séquence à moto à la violente conclusion où les acteurs on été visiblement impliqués. Les amateurs d’action peuvent en effet compter sur le réalisateur de seconde équipe Dan Bradley qui officiait sur les films précédents pour assister à de l’action réaliste brute de décoffrage.

Suite réussie, Jason Bourne : l’héritage reprend avec efficacité les ingrédients de la saga Bourne (action réaliste, intrigue à teneur géo-politique, conspirations complexes ) sans toutefois retrouver la qualité incontestable des deux derniers films, plus nerveux et redoutables, portés par un remarquable acteur. Mais en l’état le spectacle est très recommandable et devrait lancer une nouvelle trilogie.

Le combo blu-ray, DVD et copie numérique est disponible chez Universal Pictures.