16 avr. 2013

Cogan : Killing Them Softly / Andrew Dominik

Lorsqu’une partie de poker illégale est braquée, c’est tout le monde des bas-fonds de la pègre qui est menacé. Les caïds de la Mafia font appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais entre des commanditaires indécis, des escrocs à la petite semaine, des assassins fatigués et ceux qui ont fomenté le coup, Cogan va avoir du mal à garder le contrôle d’une situation qui dégénère… 

Du réalisateur du western mélancolique L’assassinat de Jesse James le choix d’un polar mafieux avec Brad Pitt, Ray Liotta et James Gandolfini suscitait pas mal de curiosités vu son traitement personnel du genre western dans son superbe précédent film.

Au delà de son pitch classique de polar, adaptation du roman L'Art et la manière paru en 1974 et écrit par George V. Higgins, un homme de main doit exécuter un contrat pour rétablir le contrôle du business de ses employeurs, Cogan : Killing Them Softly superpose avec réussite l’histoire de la crise économique des bas-fonds de la pègre à l’histoire de la crise financière d’un pays : on y croise ainsi un duo de petits gangsters paumés enchaînant les maladresses,  un tueur à gage alcoolique et fatigué en instance de divorce, un tenancier de tripot imaginant le braque de son commerce pour survivre, un col blanc achetant des billets éco pour les tueurs qu'il a engagé. Quant au personnage de Brad Pitt, un tueur froid mais cultivé et lucide sur le sort de son pays, il doit insister pour obtenir le juste salaire alors que son employeur négocie invoquant la crise généralisée !

Andrew Dominik aborde le polar sous un angle intéressant en mettant en scène le malaise existentiel que ces personnages trimballent dans un monde en crise. Dans ces conversations triviales que l’on croiraient écrites par Tarantino, un sentiment de solitude émerge, la dépression gagne, la palme revenant à James Gandolfini, énorme en gangster sur le retour ne voulant plus sortir de sa chambre et exécuter son contrat.

Parfois trop maniériste (la séquence d’une virtuosité vaine d’un flingage avec effet bullet time) la mise en scène stylisée de Dominik est plus efficace quand elle s’attache à développer son drame policier capitaliste, à révéler la détresse ou l’humour à froid de ses personnages, en faisant déclarer par exemple à Brad Pitt sur un ton cynique et désabusé que « l’Amérique ce n’est pas un pays, c'est un business ».

Cogan : Killing Them Softly  est disponible en dvd & blu-ray chez Metropolitan depuis le 05 avril 2013.

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