9 mai 2013

L'étrangleur de Boston / Richard Fleischer

Boston, 1962. Une vieille femme est retrouvée étranglée à son domicile. Les mobiles du crime sont inexplicables. Au cours des deux années suivantes, douze autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires. Le procureur général Bottomly est désigné pour prendre l'affaire en main. Un jour, Alberto DiSalvo, un modeste ouvrier, est arrêté par la police pour avoir pénétré dans un appartement par effraction...


Le prolifique Richard Fleischer se fait connaître à la fin des années 40 avec des films à suspense et des polars comme Bodyguard (1948) et L'assassin sans visage (1949). Après la série B devenue un classique L'Enigme du Chicago Express réalisé en 1952, Fleischer se voit confier par les studios Disney la réalisation d'un film d'aventure à gros budget, 20.000 lieues sous les mers. Autre film d'action, un genre où Fleischer s'illustrera tout au long de sa longue carrière de Barabbas (1962) à Conan le destructeur (1984), Les Vikings (1958) le voit collaborer pour la première fois avec Tony Curtis qu'il retrouvera 10 ans plus tard pour L'étrangleur de Boston.
Sorti en 1968 la même année que L'affaire Thomas Cown de Norman Jewison, L'étrangleur de Boston demeure l'une des plus belles réussites de la carrière de Richard Fleischer, avec Soleil vert dans un genre différent, pour son superbe utilisation du split-screen et la composition bluffante de Tony Curtis dans un rôle de tueur schizophrène.
Basé sur des faits réels, l'intrigue de L'étrangleur de Boston voit les forces de police échouer pendant la première heure du métrage à coincer le tueur qui sévit dans Boston, 13 meurtres au compteur dont une partie est orchestrée de manière clinique à l'aide du split-screen, procédé narratif utilisé ici à des fins dramatiques, à l'inverse de Thomas Crown où l'écran partagé relève plus d'un effet stylistique pour faire moderne qu'un choix de mise en scène à des fins dramatiques. Quelques séquences d'enquête avec interpellations de suspects potentiels mais surtout les séquences de meurtre utilisent judicieusement le split screen pour faire monter la tension dramatique : par exemple lors d'une séquence type où deux action sont montrés en simultané dans le même plan, l'étrangleur dans sa voiture et sa future victime cohabitent dans le même cadre avant l'acte barbare, souvent montré hors-champ. Les meurtres sont ainsi disséqués de manière clinique dans une recherche de réalisme documentaire assez glaçant. La fragmentation de la scène en plusieurs images est ainsi la métaphore visuelle de la personnalité dérangée, éclatée de Alberto DiSalvo interprété par Tony Curtis qui n'apparait à l'écran qu'au bout d'une heure pour se faire arrêter par négligence. Le dernier quart est consacré à l'interrogatoire de l'étrangleur par l'adjoint du procureur du Massachusets,  responsable  du bureau de l'Etrangleur, incarné solidement par Henry Fonda. Fleischer utilise pendant ces scènes en huis-clos un fond blanc angoissant pour isoler peu à peu le tueur en proie à des troubles mentaux dont l'illustration se fait via des images subliminales où ses meurtres sont rejoués avec des détails anatomiques (mains, visages) pour accroître l'horreur.
L'ambiance malsaine et noire de L'étrangleur doit beaucoup à l'utilisation du split-screen qui accentue la tension dramatique en découpant de manière chirurgicale les séquences de meurtre et la composition surprenante de Tony Curtis en schizo flippant. Ce polar de Fleischer est à re(découvrir) d'urgence.

Test blu-ray

Le master restauré avec son grain bien 70's dans l'esprit documentaire recherché par le réalisateur est très correct; malgré la présence de nombreux points blancs à l'image et un piqué parfois perfectible, le rendu argentique est satisfaisant pour un film de cet âge. 
Les pistes sonores française (en mono) et anglaise (en stéréo) signées DTS-HD Master Audio sont de bonne qualité stéréo, la vf est accompagnée d'un peu de souffle.

En bonus deux intéressants modules avec tout d'abord "L'écran schizophrène" (21'), une interview passionnante de William Friedkin qui rend un hommage sincère au réalisateur et au film, une source d'inspiration pour son travail notamment L'exorciste. Puis dans "Faux nez, vrai tueur" (30') le fils de Richard Fleischer, le chef opérateur Richard H.Kline et l'actrice Sally Kellerman reviennent sur le tournage du film, le replacent dans l'oeuvre du réalisateur de Soleil vert et évoquent le procédé du split screen.

L'étrangleur de Boston est disponible chez Carlotta depuis le 17 avril 2013.
Chronique en partenariat avec Cinetrafic.fr


8 mai 2013

Jurassic Park 3D / Steven Spielberg

Ne pas réveiller le chat qui dort… C’est ce que le milliardaire John Hammond aurait dû se rappeler avant de se lancer dans le « clonage » de dinosaures. C’est à partir d’une goutte de sang absorbée par un moustique fossilisé que John Hammond et son équipe ont réussi à faire renaître une dizaine d’espèces de dinosaures. Il s’apprête maintenant avec la complicité du docteur Alan Grant, paléontologue de renom, et de son amie Ellie, à ouvrir le plus grand parc à thème du monde. Mais c’était sans compter la cupidité et la malveillance de l’informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l’île…

Sorti en 1993, Jurassic Park réalisé par Steven Spielberg, en plus d’être un énorme succès au box-office avec près de 1 milliards de recettes mondiales, a été une étape marquante dans l’utilisation des images de synthèse pour animer des créatures, prouesse  technique récompensée par un Oscar des meilleurs effets visuels auquel s’ajoutent ceux du meilleur son et du meilleur montage sonore.
Pour célébrer les 20 ans du film, Jurassic Park ressort en salles dans une 3D relief époustouflante, une conversion très réussie, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

Pur divertissement, Jurassic Park fascine toujours autant après deux décennies, le génie de Spielberg, conteur hors pair et technicien virtuose, allié au spectaculaire travail de ILM provoquent toujours autant de jubilation devant les morceaux de bravoure où hommes et dinosaures se font face. Avec le recul, on passera outre les réserves liées à un scénario mécanique qui à défaut d’être surprenant s’avère efficace en alignant de manière métronomique les séquences d’émerveillement ou de terreur avec un type de dinosaure différent, des invraisemblances à la pelle et un jeu d’acteur inégal (Laura Dern en sur-jeu régulier, les gamins surdoués) pour se laisser emporter par la magie de l’aventure où la capacité unique de Spielberg à ré-enchanter le monde fonctionne à nouveau à merveille. Nous faire croire à l’impossible, une constante dans la démarche cinématographique de Spielberg, ou du moins dans une grosse partie de sa filmo, ici illustrée avec un indéniable savoir-faire.

Visuellement, le film passe très bien le cap des 20 ans, Spielberg et son équipe technique ayant choisi judicieusement un mélange pour les trucages entre images de synthèse pour les plans larges et effets animatroniques pour les plans plus serrés sur une partie du corps des dinosaures. La 3D relief est vraiment bluffante pour les séquences faisant intervenir le monstre phare, le T-Rex, pour une attaque nocturne au découpage de génie puis les vélociraptors lors de la traque haletante dans les cuisines vers la fin du film. Les cadrages et mouvements de caméra savants voulus par Spielberg donnent une incontestable valeur ajoutée à la 3D relief : plongées vertigineuses pour la scène culte de la voiture dans l’arbre, plans serrés terrifiants sur la gueule béante du T-Rex qui parait sortir de l’écran, succession de contre-plongée lors d’une escalade périlleuse d’une clôture…La tension dramatique se trouve ainsi décuplée par le procédé.

Après Titanic, Jurassic Park bénéficie lui aussi d’une superbe 3D relief pour sa ressortie en salles. Poussez (à nouveau) les portes de Jurassic Park, sensations fortes garanties!