27 oct. 2013

Le 49ème parallèle / Michael Powell (test blu-ray)

1940. Un sous-marin allemand qui vient de torpiller un navire marchand anglais arrive dans les eaux territoriales canadiennes. Six de ses hommes, commandés par l'officier nazi Hirt, réussissent à mettre pied sur la côte, quand la Canadian Royal Air Force repère le submersible et le coule...

Le cinéaste britannique Michael Powell, auteur entre autres chefs d'oeuvre de Le voyeur et Les chaussons rouges, est régulièrement cité par Martin Scorsese comme l'une de ses sources d'inspiration. Son film de guerre Le 49ème parallèle, Oscar du meilleur scénario en 1943, est proposé par Carlotta en copie restaurée, après l'excellent travail éditorial effectué sur Colonel Blimp, Le narcisse noir et Les chaussons rouges.

Début des années 40 : Churchill donne d'importants moyens logistiques, matériels et financiers au milieu du cinéma pour doper la fréquentation des salles. Le 49ème parallèle est le parfait exemple de ce que la mobilisation du monde du 7 ème art à l'effort de guerre peut produire de meilleur. Michael Powell et son collaborateur Emeric Pressburger ont en effet tourné ce film pour provoquer l'entrée en guerre des USA.
L'idée de ce 49ème parallèle qui géographiquement séparent USA et Canada s'impose pour Powell à la lecture d'un journal canadien exposant la difficulté du Canada à affronter Hitler. Ainsi Powell explique avoir voulu "faire un film au Canada pour flanquer la frousse aux ricains et les faire rentrer en guerre le plus vite".

Ce film à vocation propagandiste adopte une construction narrative et un point de vue audacieux : on suit en effet des nazis, les personnages principaux, dans leur traversée du Canada. Powell parvient à éviter caricature et manichéisme en nuançant le portrait des ennemis, non stigmatisés en bloc. Sont opposées au danger de l'idéologie nazie la fraternité et la générosité des habitants du Canada tels les personnages haut en couleur de Laurence Olivier en réjouissant trappeur français à l'accent impayable et de Leslie Howard en ethnologue amateur d'art indifférent aux bruissements du monde.
Après une entrée directe au coeur de l'action le récit à épisode avance au rythme de ce groupe singulier, au fil de rencontres inattendues et savoureuses dans des paysages sublimes, entre suspense et pause contemplative, avec lyrisme et inspiration visuelle .

Test blu-ray

Technique
De la remasterisation qui fait la part belle aux contrastes solides subsistent quelques scories (petites tâches) et parfois une instabilité pour une image hd qui s'avère convenable vu l'âge du film. Unique piste audio, une piste anglaise mono originelle proposée en DTS HD Master Audio avec un résultat frontal et clair.

Bonus :
Le seul supplément de cette édition Carlotta est un court métrage propagandiste réalisé par Powell, The Volounteer (1944 - 45'), pour inciter les jeunes à devenir des héros de guerre.

Le blu-ray de Le 49ème parallèle est disponible depuis le 24 octobre chez Carlotta.
Chronique en partenariat avec Cinetrafic.fr

7 oct. 2013

Trance / Danny Boyle

Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon… 

L'éclectique Danny Boyle, après les Oscars de Slumdog Mililionaire et la mise en scène des derniers JO, revient au cinéma de ses débuts, celui nerveux, violent et trash de Petits meurtres entre amis et Trainspotting, avec le thriller psychologique Trance.

L'aspect puzzle de l'intrigue qui navigue entre film de casse, thriller paranoïaque et film noir au gré de cette plongée trouble dans les méandres de l'esprit d'un sujet torturé (le personnage de Simon comme bien d'autres dévoile son vrai visage peu à peu) procure une sensation jubilatoire. Danny Boyle s'amuse en effet à jouer avec les facettes de ses personnages, les différents niveaux de lecture où les souvenirs se confondent avec la réalité, les retournements de situation jusqu'à un final particulièrement violent. Sa mise en scène très stylisée illustre avec des filtres colorés, des images au bords déformés et son jeu de reflets le trouble d'une personnalité à la mémoire fracturée et une réalité étrange où les faux-semblants sont légion.

Dans le rôle de ce commissaire priseur peut-être pas aussi irréprochable qu'il paraît, l'écossais James McAvoy s'avère très convaincant face à Vincent Cassel en truand à la classe française et Rosario Dawson sexy en diable dans un rôle complexe de thérapeute.

Avec sa mise en scène viscérale et très élaborée au service d'un scénario malin, Danny Boyle réussit à hypnotiser et égarer le spectateur dans l'écheveau narratif et l'inquiétante réalité de ce Trance qui au final se révèle surprenant et jubilatoire.

DVD et blu-ray de Trance sont édités par FPE avec en bonus making of, scènes coupées, rétrospective de la carrière de Danny Boyle, conférence de presse à Paris en avril 2013.

5 oct. 2013

Mama / Andres Muschietti

Il y a cinq ans, deux sœurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas et sa petite amie Annabel les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux sœurs sont suivies par une présence maléfique… 

Auteur d’un remarquable court-métrage horrifique tourné en 2008 (présent sur le disque blu-ray), Andres Muschietti s’est vu confier l’adaptation en long-métrage de ce film court Mamá par le réalisateur et producteur Guillermo Del Toro.

Andres Muschietti reprend la thématique de la maternité contrariée dans son long métrage pour lequel il a bénéficié d’un budget confortable (15M$) et la présence au casting de la très hype et talentueuse Jessica Chastain.

La première demi-heure placée sous le sceau de la tragédie familiale surprend agréablement en mélangeant des références à L’enfant sauvage et des films classiques de fantôme comme La dame en noir. On y retrouve aussi un décor récurrent dans ce genre de film, la fameuse cabane au fond des bois avec présence inquiétante tapie dans l’obscurité.
Puis l’action du reste du long métrage est circonscrite à une demeure familiale à l’apparence chaleureuse où le fantôme d’une mère possessive rôde autour de deux jeunes orphelines placée dans leur famille d’accueil, un couple bohème composé de leur oncle dessinateur et son amie musicienne. La bonne idée des scénaristes, le réalisateur et sa soeur Barbara Muschietti également productrice, est d’éliminer de l’équation le personnage masculin (Nikolaj Coster-Waldau) pour se concentrer sur la relation complexe faite de méfiance puis d’affection entre les deux jeunes filles longtemps privées d’amour maternel et leur mère d’adoption (Jessica Chastain) qui dès le début du film refuse l’idée de maternité pour vivre en toute insouciance une adolescence prolongée.

Le récit alterne alors des moments intimes où le trio féminin tente de s’apprivoiser et des moments de tension dramatique avec les apparitions angoissantes de la créature Mamá. De plus se déroule en parallèle l’enquête d’un docteur chargé du dossier des deux fillettes sur l’histoire de Mamá. En résulte quelques longueurs rattrapées par une mise en scène efficace à défaut d’être mémorable qui utilise le pouvoir suggestif de l’obscurité avec monstre tapi dans le placard et parvient à composer des images fortes comme ce plan où la paroi entre deux pièces créée un split screen où se déroulent deux actions en simultané dont la convergence pourrait être source de drame.

L’excellente interprétation du trio féminin, Jessica Chastain une fois de plus éblouissante aux côtés des deux fillettes Megan Charpentier et Isabelle Nélisse vraiment bluffantes dans des rôles difficiles, est vecteur d’une émotion qui fait généralement défaut au genre et permet de s’attacher au sort des protagonistes de ce drame fantastique.

Le dernier tiers, plus tendu, culmine dans une séquence de poésie macabre dont la réussite plastique et la force dramatique n’est pas sans rappeler celle du formidable Le labyrinthe de Pan d’un certain Guillermo Del Toro qui a trouvé en Andres Muschietti un disciple doué.

Le DVD et blu-ray sont édités chez Universal avec en bonus le très réussi court métrage original de Andrés Muschietti, avec introduction de Guillermo del Toro et commentaire de Andrés Muschietti, 6 scènes coupées commentées et deux making of.

Evil dead / Fede Alvarez

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux… 

Il aura fallu un court-métrage de science-fiction réalisé en 2009 pour que l’uruguayen Fede Alvarez se voit confier par Sam Raimi le remake de son film culte Evil dead sorti en 1981. Avec un budget réduit le jeune réalisateur a signé ce court efficace dans lequel une horde de robots géants venus de l’espace saccagent Montevideo. Ce mini Independance day  fauché (budget estimé à seulement 300 dollars !) mais au résultat bluffant a été vu sept millions de fois sur YouTube puis lui a ouvert les portes d’Hollywood avec ce remake à 17M$.
En jouant la carte du premier degré avec des effets bien sanguinolents réalisés à l’ancienne, cette version 2013 d’Evil dead ne dément pas les promesses de l’affiche du teaser du film vendu comme « le film le plus terrifiant que vous ayez jamais vu ».

L’intrigue se démarque de l’original dès l’ouverture où le groupe de jeunes se rend dans la fameuse cabane au fond des bois pour désintoxiquer l’un d’entre eux et non pour un week-end de festivités; le ton dramatique est donné dès le premier quart d’heure. Les effets splastick et le personnage iconique cartoonesque de l’original, Ash, sont abandonnés au profit d’une noirceur que l’on retrouve dans l’écriture où le personnage principal est une junkie qui devra faire beaucoup de sacrifices pour survivre et l’aspect visuel avec un décor sombre où s’enchaînent les  séquences  violentes. Les fans de l’original apprécieront les multiples références au classique de Raimi : un plan sur une tronçonneuse, un caméo de Bruce Campbell dans le générique de fin ou des séquences marquantes comme celle du viol de la forêt.

Cette nouvelle version d’Evil dead pousse en effet assez loin le curseur du gore : auto-amputations, lacérations, pénétrations par objets tranchants…Le choix de trucages à l’ancienne avec latex et effets en live, préférés à des images de synthèse, apporte un surcroît de tension dramatique, bien maintenue jusqu’à un final dantesque.

On passera outre les défauts inhérents au genre, dialogues pauvres et personnages stéréotypés même si la jeune Jane Levy est particulièrement convaincante dans le rôle principal pour apprécier ce survival intense et sec redoutablement exécuté. Evil dead 2013 est une belle réussite horrifique, un film marquant dans ce genre après La cabane dans les bois (2011).

Le film est édité en dvd et blu-ray par Metropolitan avec comme bonus Le tournage (7'26")/La renaissance (9'49")/Une expérience difficile (8'12")/Le Livre des Morts (5'06")/Moi, Mia (9'13")/L'avant-première parisienne : Masterclass avec le réalisateur Fede Alvarez (10'32")